LDD solidaire : « Il faut que ce soit un choix délibéré de l’épargnant »

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François Hollande a indiqué qu'une partie de l'épargne déposée sur les Livrets de développement durable (LDD) serait prochainement affectée au financement d'entreprises solidaires. La directrice de l'association Finansol Sophie des Mazery nous explique l'impact d'une telle annonce sur la finance solidaire.

Sophie des Mazery de Finansol

 

 

Toutsurmesfinances.com : François Hollande a promis le 12 janvier « une affectation du Livret de développement durable (LDD), notamment du côté des banques, au financement de l'économie sociale et solidaire ». Cette annonce vous a-t-elle surprise à Finansol ?
Sophie des Mazery, directrice de l'association Finansol : Cela fait 3 ans que Finansol travaille à l'émergence d'un LDD solidaire, nous avons porté ce projet auprès de tous les décideurs politiques jusqu'au ministère des Finances à Bercy. Ce travail de plaidoyer, nous l'effectuons de façon soutenue depuis toutes ces années. Par ailleurs, un certain nombre de ces décideurs s'étaient montrés intéressés par ce projet, nous savions que le sujet n'était pas enterré.

Pour vous, comment se traduira dans les faits cette annonce ?
Le discours du président de la République ne permet pas de savoir précisément en quoi consistera le projet. Celui que nous, nous portons, c'est que l'épargnant ait la possibilité lorsqu'il va souscrire un LDD de choisir une option solidaire. A savoir, qu'il peut soit prendre un LDD « classique » soit cocher une case qui implique que 5 à 10% des sommes déposées sur le livret puissent financer des entreprises solidaires. On retrouve ce projet en filagrane dans ce qu'a dit François Hollande puisqu'il parle de la partie décentralisée de l'épargne règlementée, en évoquant « du côté des banques ».

« L'épargne solidaire, c'est reprendre la responsabilité sur son argent »

Pouvez-vous expliquer ce que signifie l'expression « du côté des banques » ?
Je la comprends de la façon suivante : les dépôts effectués sur les livrets réglementés sont en partie (65%) centralisés à la Caisses des dépôts et consignations (CDC), quand l'autre partie (35%) reste dans le bilan des banques, avec cet objectif de financer du développement durable.
C'est donc avec la partie décentralisée des dépôts que les réseaux bancaires vont financer des entreprises de l'économie sociale et solidaire (ESS). La démarche est vertueuse puisque concrètement, les épargnants vont déposer leurs économies sur un LDD solidaire et la banque aura ensuite l'obligation d'affecter une partie de ces dépôts au financement d'entreprises solidaires. C'était l'un de nos objectifs, que les entreprises solidaires bénéficient d'une ressource supplémentaire au travers de financements en provenance des banques.

Comment à votre avis cela va-t-il se passer : le choix d'épargner solidaire sera-t-il laissé à l'épargnant ou une partie des dépôts sera-t-elle directement affectée à l'économie sociale et solidaire ?
Nous militons pour cette première solution. Il faut que ce soit un choix délibéré de l'épargnant car l'épargne solidaire c'est ça, c'est reprendre la responsabilité sur son argent en choisissant l'affectation qui va en être faite par l'établissement financier qui gère les produits d'épargne que l'on a souscrits. Je pense qu'il est plus judicieux que ce produit solidaire soit choisi en toute conscience plutôt que ce soit un fléchage qui échappe à l'épargnant. L'intérêt est moindre s'il s'agit d'épargner solidaire sans le savoir.

Pour quoi le LDD et non le Livret A par exemple ?
Il me semble que le livret d'épargne qui est le plus légitime pour porter une option solidaire est le LDD, qui initialement avait pour but de financer les investissements de développement durable des entreprises, un objectif plus ou moins rempli. Redonner demain son véritable objectif à ce livret en faisant en sorte qu'une partie des dépôts réalisés par les épargnants aillent financer des entreprises solidaires, il me semble que c'est une bonne chose.

« C'est une véritable vitrine pour démocratiser la finance solidaire »

Le fait que le LDD devienne solidaire, en quoi cela va-t-il aider la finance solidaire ?
François Hollande l'a rappelé, il y a 60 millions de livrets réglementés ouverts aujourd'hui ; on voit bien que c'est le produit le plus facilement accessible et compréhensible à tout épargnant. Le fait qu'il y ait un LDD solidaire au guichet de toutes les banques, c'est une grande promotion. Nous pensons à Finansol que si cette vitrine est effective dans les banques, elle va mobiliser un certain nombre d'épargnants et permettre une démocratisation de l'épargne solidaire.

Pensez-vous qu'avec un tel geste, le 1% solidaire se rapproche ?
Incontestablement ! Aujourd'hui, 100 milliards d'euros sont en dépôt sur des LDD. A terme, on va évidemment faire un bond d'encours d'épargne solidaire et donc se rapprocher du 1% solidaire.

Alors même que les taux de rendement des livrets bancaires sont au plus bas et que la décollecte augmente au fil des mois ?
Je pense que la transformation du LDD en un produit solidaire est un projet de long terme. Effectivement, les taux bas ne constituent pas les éléments les plus positifs pour booster la collecte. Ceci dit quand on regarde la collecte des livrets d'épargne de partage, dont le taux est aligné sur celui des livrets réglementés, on voit que la collecte ne diminue pas. Au contraire, 10.000 souscripteurs sont venus s'ajouter en 2014 alors que les taux étaient déjà très bas. Nous ne sommes pas inquiets lorsque nous voyons l'évolution des livrets de partage, qui se portent très bien.
Ce que nous constatons, c'est que lorsque l'on présente aux Français un produit d'épargne solidaire dont la rentabilité est proche de ce qu'ils pourraient obtenir sur un autre produit, l'argument de « l'épargne utile » prend le dessus. Les souscripteurs de livrets solidaires y restent fidèles, y compris quand les taux sont bas. Par ailleurs, l'épargne réglementée a aussi une fonction d'épargne de précaution, le taux est un élément pris en considération mais ce n'est pas le seul.

« Prochaine étape, l'assurance vie »

La prochaine étape, le Livret A ?
L'assurance vie surtout, c'est un sujet important pour Finansol qui a avancé sur le dossier. Il existe aujourd'hui le contrat « Vie génération », qui permet d'investir dans des actifs de l'ESS ce qui est une nouveauté, et c'est bien. Ce que nous souhaiterions, c'est que demain toutes les compagnies d'assurance vie proposent au moins un contrat solidaire.

Quelle différence entre un livret de partage et un LDD solidaire ?

Ce sont deux mécanismes d’épargne solidaire distincts. Quand on parle d’épargne de partage, cela sous-entend qu’un produit d’épargne va générer une performance financière et que c’est cette dernière qui va être partagée avec l’association de son choix. C’est le don d’une partie des intérêts dégagés sur un an. Dans le cas d’un LDD solidaire, le principe n’est pas le partage des intérêts mais qu’une partie des dépôts placés sur ces livrets aille financer des entreprises solidaires. Ces deux mécanismes sont complémentaires.

 

 

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