« Le Bitcoin est l’antithèse d’un placement d’épargne »

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INTERVIEW - Après une année forte en rebondissement, le Bitcoin a vu son cours s'envoler de plus de 300% en moins d'un mois, avant de redescendre à nouveau le 5 décembre 2013. Pour Philippe Béchade, analyste des marchés financiers et également rédacteur en chef des Chroniques d'Agora, cette volatilité décrédibilise la devise virtuelle en tant que monnaie de réserve.

 

Toutsurmesfinances.com : Le cours du Bitcoin a été multiplié par 7 depuis janvier, par 4 en un mois et par 2 entre le 28 et le 29 novembre 2013. Comment expliquez-vous ce succès?

Philippe Béchade : Tout d'abord cette envolée extraordinaire est liée au fait que les administrations économiques et juridiques américaines se sont penchées sur le sujet. Tout le monde pensait qu'elles allaient prononcer l'arrêt de mort du Bitcoin, notamment au vu des possibilités que cela ouvre en terme de transactions illégales et de blanchiment d'argent, et finalement non. Elles ont déclaré que c'était peut-être une alternative intéressante pour des échanges commerciaux internationaux. On aurait donné un feu vert aux spéculateurs pour se ruer sur le Bitcoin, cela n'aurait pas été différent. Au final, cette formidable épopée est l'illustration de ce que l'on appelle l'exubérance irrationnelle. Certains sont très joueurs et pensent qu'ils sont capables de rentrer et de sortir avant les autres.


Avez-vous souvenir d'un pareil exemple de boom ?

Le comportement du Bitcoin n'est comparable qu'à la bulle des bulbes de tulipes en Hollande de 1635 à 1637. Et encore : à l'époque, le prix du bulbe avait été multiplié par 100 en deux ans. Le Bitcoin a eu la même évolution en seulement un an ! C'est juste fou. le BTC a même réussi à dépasser l'once d'or la semaine dernière avant de retomber un peu. Mais derrière cela, il y a un jeu spéculatif énorme.


Néanmoins, il faut relativiser l'événement au regard des volumes de transactions sur le Bitcoin, qui ne sont finalement pas si impressionnants. Il y a eu un pic de transactions le 29 novembre. Environ 100.000 unités ont été échangées, ce qui peut paraître important mais qui, en réalité, n'est rien en comparaison de ce qui se passe entre dollars et euros ou entre euros et yens par exemple.


Selon vous, le Bitcoin peut-il devenir un placement alternatif intéressant ?

Si je me risquais à donner un conseil, je m'empresserais de « shorter » (vendre à découvert, ndlr) en vendant à environ 1.000 ou 1.100 dollars et en espérant les racheter à 300 voire à 2,5 dollar (*). Il y a peut-être de l'argent à faire mais il faut aimer les sensations fortes. Qui peut savoir jusqu'où ça peut baisser ? D'autant que le Bitcoin ne repose sur rien, donc c'est vraiment difficile de parier dessus. Soyons réaliste, une valeur si volatile ne peut en aucun cas servir de placement d'épargne. En outre, par définition, le Bitcoin ne fournit pas de rendement. En réalité, le BTC est l'antithèse d'un placement d'épargne.


Ce qui peut arriver, en revanche, c'est qu'une autre monnaie numérique mieux conçue prenne la place du BTC. On peut imaginer une sorte de Bitcoin 2.0, beaucoup plus large en terme d'unités et avec un minimum de garantie, qui pourrait être plus intéressante.


*Interview réalisée avant la chute du cours du Bitcoin du jeudi 5 décembre 2013.

 

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