Le comportement d’épargne en contradiction avec les besoins de financement de l’économie


Alors que le taux d'épargne des Français a atteint son apogée en 2011 depuis 1983, les acteurs du monde de l'épargne se sont réunis mardi 27 mars 2012 à la Maison de la chimie à Paris, à l'occasion des 21e Rencontres parlementaires sur l'épargne et la fiscalité. Ils ont notamment débattu des spécificités de l'épargne en France, du contexte réglementaire international, de la nécessité d'une épargne de long terme.

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Président des deux tables rondes organisées dans le cadre de ces Rencontres, Philippe Marini, sénateur UMP de l’Oise, a souligné en préambule le caractère atypique de la France en matière d‘épargne domestique. « L’épargne en France se porte bien », a affirmé le président de la commission des finances du Sénat, ajoutant qu’elle représentait un montant de 3300 milliards d’euros en 2011 et qu’elle était notamment composée pour 25% de liquidités et pour 40% d’assurance vie. Il a été rejoint par plusieurs intervenants qui ont eux aussi rappelé les spécificités des comportements d’épargne des Français. « Au plus fort de la crise, le taux d’épargne continuait à monter » a ainsi rappelé René Ricol, commissaire général à l’investissement, un pic de 17% ayant été atteint au troisième trimestre 2011.

Philippe Wahl, président du directoire de la Banque postale, a pour sa part énuméré les motifs d’épargner constatés par le baromètre de l’épargne de la Banque postale : la volonté d’être propriétaire, le financement des études des enfants, le complément de retraite et la prise en charge de la dépendance. « Il s’agit de données fondamentales de notre économie » a-t-il précisé. Fort de ce constat, il a aussitôt souligné un paradoxe, celui d’une épargne forte mais de flux d’épargne inadaptés. « L’épargne de précaution caractérise le comportement des ménages avec le Livret A et les comptes sur livret. L’assurance vie souffre, les OPCVM plongent (…) Nous avons une épargne puissante mais dont la structure ne convient pas aux objectifs macro-économiques », a expliqué Philippe Wahl.

L’attractivité du Livret A, a également été mise en exergue par Michel Bouvard, député UMP de Savoie et vice-président de la commission des finances de l’Assemblée, pour sa stabilité et son rôle protecteur vis-à-vis de l’inflation « même si les ajustements ne sont pas automatiques ». Selon lui, le couple rendement/risque de cette épargne se révèle « imbattable ». Bertrand Corbeau, directeur général de la Fédération nationale du Crédit agricole, a même estimé qu’il ne fallait « pas se faire trop d’illusions » sur une éventuelle modification des comportements, compte tenu de « la préférence culturelle des Français pour les produits liquides et sécurisés ». Enfin, Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes a évoqué « un problème d’aversion au risque, donc à l’épargne de long terme » de la société française.

Un contexte réglementaire contraignant

Ce contexte posé, les intervenants n’ont pas manqué d’aborder la réglementation internationale contraignante et pénalisante pour les banquiers et les assureurs français, avec Bâle 3 et Solvabilité 2 qui doivent entrer en vigueur en 2013. Pierre de Lauzun, directeur général délégué de la Fédération bancaire française (FBF) a ainsi expliqué que Solvabilité 2 avait « durci les conditions d’actions des banques », ce qui a entraîné « un effet de contraction de l’activité ». Quant à la réglementation sur les liquidités, il a jugé qu’elle frappait « la France davantage que les pays voisins à cause de ses particularités : les liquidités en dehors des banques et la centralisation à la CDC (Caisse des dépôts et consignation, ndlr) ». « L’évolution globale, la crise de la dette souveraine, le contexte européen avec davantage de régulation sont des coups de boutoir portés au paysage franco-français. (…) Il y a une contradiction entre l’ordre interne et l’ordre externe. Comment adapter les règles de la France à un cadre plus général ? » a résumé Philippe Marini.

Invité pour l’occasion, Michel Barnier, commissaire européen en charge du marché intérieur a souligné que l’épargne de long terme avait un rôle de premier plan. « Nous en avons besoin pour la reprise, pour consolider l’économie, nous en avons besoin pour financer la dette des Etats. Nous avons besoin de cette attractivité, mais il faut trois conditions : un environnement économique et budgétaire stable en Europe, un vrai marché unique des services financiers, un véhicule d’investissement pertinent pour diriger l’économie vers des secteurs porteurs (…). Il faut que les banques, les assurances et les fonds de pension ne soient pas pénalisés par le calibrage de la réglementation », a-t-il reconnu, avant d’annoncer qu’il souhaitait ouvrir un débat public européen sur l’investissement de long terme.

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