« Le cours de l’or reste un indice cyclique avec des hauts et des bas »


Interview – Depuis le début de l'année, le cours de l'or est à la peine. Daniel Blin, courtier en métaux précieux chez Joubert Change, maison centenaire de la rue Vivienne à Paris, reste cependant optimiste sur la valeur à long terme de ce placement. Il conseille aux épargnants de privilégier les pièces d'or.

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 Toutsurlesplacements : Pourquoi le cours de l’or baisse-t-il ?

Daniel Blin : Il faut tout d’abord se souvenir que le cours de l’or a beaucoup progressé en 2010 et 2011, en raison des incertitudes sur le circuit financier mondial et européen en particulier. Beaucoup d’épargnants ont alors acheté de l’or, valeur refuge par excellence. En 2012 le cours s’est tassé avant de marquer le pas depuis le début de l’année. Il a atteint un point bas à 37.700 euros le kilogramme au début du mois de mars, alors qu’il culminait à 42.000 euros il a encore six mois. De grands acheteurs mondiaux, fonds de pension américains ou investisseurs reconnus comme George Soros, ont vendu de fortes quantités de matières premières, ce qui explique une partie de cette baisse. Cela augure-t-il d’un rebond de l’économie mondiale ? Je ne le pense pas, même si les dernières annonces italiennes ont permis de faire légèrement remonter le cours. En tout état de cause, ces évolutions sont normales : le cours de l’or reste un indice cyclique avec des hauts et des bas.

Cette tendance augure-t-elle d’une mauvaise année 2013 pour l’or ?

Pour l’instant, le cours s’est stabilisé autour de 38.900 euros le kilogramme. Vous savez, l’année dernière, nous avions connu une diminution identique au premier trimestre avant que le cours ne remonte. Cette baisse ne présage donc en rien de l’évolution future du cours qui apparaît difficile à anticiper aujourd’hui.
A titre personnel, je pense que l’or pourrait encore de se tasser quelques temps mais son cours peut repartir à la hausse à tout moment. Les injonctions monétaires massives en Europe et aux Etats-Unis qui interviennent pour résoudre la crise de la dette mondiale risquent en effet selon moi d’entraîner une inflation importante. Conséquence de ce phénomène : les particuliers devraient alors se tourner à nouveau vers le métal jaune. Par ailleurs, l’explosion de la demande des pays émergents comma la Chine, l’Inde et le Brésil et les achats des banques centrales pour leurs réserves devraient soutenir cette tendance.

Quels sont les avantages de l’or par rapport aux autres placements classiques ?

En achetant de l’or, les épargnants préservent leur patrimoine. Ils ne le font pas par spéculation. Beaucoup sont attachés à la dimension physique de leur investissement, c’est pourquoi les supports comme les lingots, les pièces et les bijoux remportent autant de succès. L’or physique rassure.
Le contexte actuel joue également en sa faveur. La baisse généralisée des taux de rendement du Livret A, des livrets bancaires ou même de l’assurance vie incitent de nombreux particuliers à se réfugier dans la pierre ou l’or. Beaucoup de nos clients proviennent par exemple de l’assurance vie.

Quels supports les épargnants doivent-ils privilégier ?

Le premier critère d’achat concerne évidemment le montant que l’épargnant souhaite investir. A 40.000 euros, un lingot n’est pas à la portée de tous ! Mais les pièces constituent également de bons supports d’investissement d’or physique, dans des marchés plus liquides. Je recommande les pièces de 50 pesos mexicains ou le Krugerrand sud-africain qui peuvent être facilement négociés dans le monde entier, en particulier ce dernier puisqu’il pèse exactement une once d’or, une unité mondiale. En France, le Napoléon reste cependant préféré aux monnaies étrangères car il s’agit de la pièce nationale.

Les lingotins méritent-ils leur récent succès ?

Les lingotins constituent une alternative assez attractive pour ceux qui ne peuvent acquérir un lingot. Leurs ventes ont été bonnes au départ. Cependant la prime, c’est-à-dire la différence entre la valeur réelle au poids et la valeur de marché, s’avère assez élevée. Il est par exemple beaucoup plus cher d’acheter deux lingotins de 500 grammes qu’un kilo d’or. Ces écarts tendent toutefois à se réduire.

A quel horizon considérez-vous que l’or reste un investissement pertinent ?

Les épargnants qui achètent de l’or doivent avoir conscience que ce placement, comme tout type d’investissement, comporte des risques. On voit ainsi peu d’acheteurs de court-terme qui visent une plus-value rapide en six mois ou un an. L’or permet surtout de sauvegarder son capital. Il est donc préférable de le conserver sur des durées plus longues de cinq ans minimum, voire dix ans ou plus. Mais tout est une question de disponibilité de trésorerie. Ces comportements ne sont possibles que si l’on n’a pas besoin de cet argent. Le risque de moins-values intervient en effet souvent lorsque l’épargnant se voit obligé de se reconstituer une trésorerie en vendant son or dans l’urgence, sans liberté de choix du cours au moment de la transaction.
L’autre élément à prendre en compte est évidemment la valeur du cours : nous avons par exemple observé un certain nombre de ventes lorsque le cours oscillait entre 40 et 44.000 euros l’année dernière, afin de sécuriser les plus-values latentes.