Le Livret A et son nouveau plafond est-il plus intéressant que l’assurance vie ?


COMPARATIF - L'assurance vie a une place à part dans l'épargne des Français tout comme le Livret A dont le plafond de dépôts a bénéficié d'une augmentation d'un quart, de 15.300 à 19.125 euros, au 1er octobre. Toutsurlesplacements.com a procédé à la comparaison des avantages et inconvénients de chacun.

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Conditions d’ouverture

Le Livret A est un livret d’épargne réglementée. Autrement dit, il est soumis à des règles strictes qui limitent le nombre d’ouvertures à un livret par personne. Cette interdiction prévue dans le Code monétaire et financier (article L221-3) bannit la détention de plusieurs Livrets A ou bleus même si ceux-ci sont ouvert dans différentes banques. Exemple : si vous êtes titulaire d’un Livret A à la Banque Postale et que vous venez d’ouvrir un compte courant dans une banque en ligne comme ING Direct ou Boursorama Banque, vous n’aurez pas le droit d’y ouvrir un second Livret A, a moins bien sûr de fermer celui détenu dans la filiale bancaire de La Poste.

A l’opposé, il est parfaitement autorisé de détenir autant de contrats d’assurance vie que nécessaire, auprès d’une seule ou de plusieurs compagnies. Pourquoi détenir plusieurs assurances vie chez différents assureurs ? D’abord pour répartir ses risques et bénéficier de la garantie – théorique – des dépôts de 70.000 euros par compagnie en cas de défaillance de l’assureur, opérée par le Fonds de garantie des assurances de personnes (FGAP). Ensuite pour bénéficier d’un contrat plus performant si le premier, ancien, affiche de piètres performances et des frais élevés. Enfin pour faciliter la transmission du patrimoine à plusieurs bénéficiaires, à raison d’une clause bénéficiaire par contrat.

Le montant minimal exigé à l’ouverture est très bas pour un Livret A : 10 euros dans tous les cas, exception faite de la Banque Postale (1,5 euro) qui offre un service public d’accessibilité bancaire pour les Français les plus démunis. Pour une assurance vie, c’est très variable : de quelques euros ou dizaines d’euros pour les contrats les plus accessibles à plusieurs milliers ou dizaines de milliers d’euros pour des contrats haut de gamme. Sans parler des contrats sur mesure à plusieurs millions d’euros élaborés par des banques privées ou des family office pour des grandes fortunes.

Plafond

Un épargnant peut déposer autant d’argent qu’il le souhaite sur une assurance vie : les versements ne sont soumis à aucun plafond. Seuls les versements sur certains types de supports en unités de compte peuvent être plafonnés en raison d’enveloppes de souscription limitées. C’est par exemple le cas de supports de type SCPI (Société civile de placement immobilier).

A l’opposé, le Livret A est, là encore, soumis à des règles auxquelles il n’est pas possible de déroger. Les dépôts sur un Livret A font l’objet d’un plafonnement dont le montant vient d’être augmenté de 25% par décret gouvernemental au 1er octobre à 19.125 euros. Ce nouveau plafond est provisoire : un autre relèvement du même montant (3.825 euros) a été annoncé par le ministre de l’Economie Pierre Moscovici avant la fin de l’année 2012. Le plafond serait alors porté à 22.950 euros. A raison d’un Livret A ou bleu par personne pour un couple avec deux enfants, le plafond global de dépôts pour un foyer pourra atteindre 91.800 euros (22.950 euros x 4) début 2013.

Coût

Détenir un Livret A, c’est bénéficier d’une gratuité totale : zéro frais de dossier, pas de frais sur les versements ni de frais de gestion, retraits gratuits, absence de frais de clôture de compte. En revanche, les contrats d’assurance vie sont soumis à des frais. Ces chargements sont très variables d’un contrat à un autre : il y a autant de grilles tarifaires que de contrats d’assurance vie, ou presque. Dans le cadre d’un contrat collectif, l’adhésion (payante) à une association est requise. Et certains établissements facturent des frais de dossier. En outre, une grande majorité de contrats opère une ponction sur les sommes versées avant leur inscription en compte. C’est que l’on appelle les droits d’entrée ou frais sur versements, pouvant aller jusqu’à 5% pour les contrats les plus chers. Ces frais sont généralement plus élevés dans les banques qu’ailleurs, mais négociables. Depuis le début des années 2000, des contrats sans frais de versements, commercialisés uniquement sur Internet, sont apparus. Il en existe près d’une cinquantaine sur le marché.

De même, des frais de gestion sont prélevés tant sur les fonds en euros que sur les supports en unités de compte. Variables d’un contrat à l’autre selon les politiques tarifaires, ils sont compris entre 0,50 et 1% de l’épargne gérée.

D’autres frais peuvent être prélevés en cours de vie du contrat, comme les frais d’arbitrage, c’est-à-dire de transfert d’un support à un autre. De plus en plus souvent, le premier arbitrage réalisé dans l’année est gratuit.

De manière générale, les contrats d’assurance vie en ligne bénéficient de frais allégés par rapport à la moyenne du marché.

Performances

La rémunération servie sur un Livret A est théoriquement supérieure à l’inflation grâce à sa formule de calcul. Son taux actuel est de 2,25%. Mais l’histoire récente montre que le taux d’intérêt réel du Livret A, net d’inflation, a été négatif durant plusieurs mois. Au 1er février 2012, la rémunération du Livret A aurait dû être portée à 2,75%, si le gouvernement avait décidé d’appliquer la règle à la lettre. Mais sur recommandation de la Banque de France, son taux a été maintenu à 2,25% pour une inflation annuelle qui atteignait alors 2,50%. Motif invoqué pour expliquer ce statu quo : la perspective d’une baisse à venir de l’inflation. De plus, le calcul des intérêts du Livret A étant effectué par quinzaine entière, l’épargnant peut perdre plusieurs jours de rémunération s’il effectue des retraits ou des dépôts au mauvais moment. Ainsi, une somme d’argent retirée le 14 du mois cesse de produire des intérêts dès le 1er de ce même mois ; par ailleurs un dépôt effectué le 2 du mois ne produira des intérêts qu’à partir de la deuxième quinzaine, soit à partir du 16. Pour l’assurance vie, la valorisation de l’épargne est quotidienne sur un fonds en euros. En revanche, les délais de créditement sont variables d’un contrat à l’autre, d’une opération à l’autre (souscription, versement libre ou programmé, arbitrage) et d’un moyen de paiement à l’autre (virement, chèque). Pour résumer, un arbitrage effectué en ligne sur un contrat performant peut être pris en compte le jour même alors qu’en cas de versement libre par chèque, il faut attendre plusieurs jours.

Pour faire mieux que le taux actuel du Livret A, une assurance vie en euros doit servir un rendement d’au moins 2,70% (soit 2,28% net de prélèvements sociaux). Or la moyenne, qui baisse depuis plusieurs années, s’est établie à 3% en 2011, sachant que les meilleurs ont servi des rentabilités annuelles de plus de 3,70%. Des fonds en euros dynamiques permettent même de faire mieux en contrepartie d’une volatilité plus importante des performances.

Mais résumer l’assurance vie aux seuls contrats/fonds en euros serait un tort. Les contrats multisupports permettent comme leur nom l’indiquent d’investir sur une large palette de supports : supports financiers (actions, obligations, produits structurés à protection partielle ou totale du capital au terme, trackers) tous secteurs et zones géographiques confondus et plus récemment supports immobiliers (SCI, OPCI, SCPI, fonds immobiliers). Bref une diversification et une possibilité d’être mieux rémunéré à condition d’être bien conseillé et/ou de faire les bons choix d’investissements.

Niveau de risque

Livret A et assurance vie en euros bénéficient d’une garantie du capital et d’une capitalisation des intérêts qui sont définitivement acquis dans les deux cas. Cependant, dans un contrat multisupports, les supports en unités de compte exposent l’investisseur à un risque de perte de son capital. Il est toutefois possible de minimiser ce risque soit au travers d’OPCVM (Organisme de placement collectif en valeurs mobilières) à vocation patrimoniale qui visent à préserver le capital investi, soit au travers d’options de gestion automatiques disponibles sur les contrats modernes, telles que les options de sécurisation des plus-values.

Imposition des gains

Le Livret A et l’assurance vie bénéficient tous deux de régime fiscaux de faveur, dérogatoires au régime de droit commun. Le Livret A bénéficie ainsi d’une exonération totale d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Pour sa part, l’assurance vie – ses gains seulement – est soumise aux prélèvements sociaux, retenus à la source par l’assureur. Pour le reste, l’imposition des revenus est à la carte : soit intégration dans les revenus imposables ou non selon la situation fiscale du contribuable, soit option du prélèvement forfaitaire libératoire (PFL) qui n’a pas été supprimé dans le projet de loi de finances pour 2013. Le taux d’imposition au PFL est dégressif selon la durée de détention du contrat : 35% entre 0 et 4 ans, 15% entre 4 et 8 ans, 7,5% au-delà. 8 ans après la souscription, les gains de l’assurance vie bénéficient d’un abattement fiscal annuel de 4.600 euros pour une personne seule (célibataire, veuve, veuf) et 9.200 euros pour un couple soumis à imposition commune. Autrement dit, sous ces montants, aucun impôt sur le revenu n’est à payer. Et au-delà, c’est donc le taux réduit de 7,5% qui est applicable.

Droits de succession

Le Livret A est inclus dans l’actif successoral du défunt. Cela expose les héritiers aux droits de succession en fonction de l’atteinte de certains seuils de patrimoine. Certaines banques proposent des assurances complémentaires payantes destinées à garantir aux bénéficiaires désignés le versement d’un capital en cas de décès accidentel, exonéré des droits de succession. Ce capital est reversé en plus de l’épargne déposée sur le Livret A.

La transmission en cas de décès d’une assurance vie est nettement plus intéressante. Il est possible de désigner le ou les bénéficiaires de son choix grâce à la clause de bénéficiaire. De plus, il est possible de transmettre de l’argent sans payer un centime de droits, jusqu’à certains seuils : un abattement de 152.500 euros par bénéficiaire en cas de décès pour les versements effectués avant les 70 ans du souscripteur et un autre abattement de 30.500 euros pour les sommes versées après 70 ans, à répartir entre les différents bénéficiaires désignés.

Comparatif Assurance vie – Livret A après l’augmentation du plafond
Critères Livret A Assurance vie
 Montant à l’ouverture 10 € (1,5 € à la Banque Postale) Variable, de quelques € à plusieurs K€
 Plafond de versements 19.125 € Aucun
 Nombre de comptes par personne 1 Illimité
 Frais de gestion 0 Variables
 Rendement 2,25% net d’impôts 3% en moyenne en 2011 sur les fonds en €
 Diversification Non Oui
 Liquidité Retraits libres Rachats libres, intérêts imposables
 Impôt sur le revenu (IR) Non Oui, imposition au barème
ou au PFL selon durée de détention *
 Prélèvements sociaux (15,5%) Non Oui
 Droits de succession Oui Exonération des intérêts
Abattements sur le capital
selon l’âge du souscripteur
au moment du versement **
* Possibilité d’impôt 0 après 8 ans jusqu’à 9200 euros d’intérêts annuels pour un couple
** 152.500 € par bénéficiaire avant 70 ans, 30.500 € à répartir entre bénéficiaires après 70 ans

L’avis de Toutsurlesplacements.com
Produit réglementé d’un côté, produit souple et multi-usages de l’autre, Livret A et assurance vie n’obéissent pas aux mêmes règles de fonctionnement. Le Livret A est le support idéal pour y déposer ses liquidités, mobilisables à tout moment et sans impôt en cas de pépin de la vie quotidienne (électroménager à remplacer, grosse réparation automobile, travaux mineurs de la maison, etc.). L’assurance vie répond pour sa part à des objectifs plus lointains : préparation de la retraite ou de la succession, constitution d’un patrimoine, diversification des placements financiers, optimisation fiscale grâce à une enveloppe permettant de loger des parts d’OPCVM… Autant d’objectifs auxquels il convient de penser une fois que le Livret A a été saturé.

Ouvrir une assurance vie a peu de sens si on dispose de peu d’épargne : des prélèvements sociaux sont exigibles et sa fiscalité favorable au titre de la transmission ne joue pas. Pour un foyer non imposable, un contrat d’assurance vie peut tout de même présenter de l’intérêt pour chercher une rémunération supérieure : un bon fonds en euros rémunéré à 3,50% ou plus rapportera davantage que les 2,25% nets d’impôts du Livret A.