« Le Livret A rapporte de l’argent, ce qui n’a pas toujours été le cas »


INTERVIEW – Le taux d'intérêt du Livret A va être abaissé à 1% le 1er août 2014. Pour l'économiste Philippe Crevel, bien que ce produit conserve certaines qualités, les épargnants doivent étudier d'autres solutions, notamment les livrets bancaires et l'assurance vie.

Philippe Crevel

Toutsurmesfinances.com : La rémunération du Livret A va atteindre un niveau plancher. Comment l’expliquez-vous ?
Philippe Crevel : A 1% au 1er août 2014, le Livret A atteint son niveau le plus bas historique. Mais il faut nuancer cela avec le fait que l’inflation est à un niveau extrêmement bas, de 0,5%. Le Livret A va donc continuer de rapporter de l’argent, ce qui n’a pas toujours été le cas dans le passé.

Le Livret A a-t-il déjà rapporté moins ?
Oui et l’on peut même aller jusqu’à dire que pendant les années 1980 et 1990, un épargnant perdait de l’argent avec le Livret A. Le taux d’inflation se situait facilement entre 8 et 12%. Dans le même temps, le taux du Livret A était inférieur à ces niveaux, le maximum observé étant de 8,5% en octobre 1981. Le rendement réel du Livret A, une fois l’inflation prise en compte, était ainsi négatif de deux points. Aujourd’hui, il est faible mais positif.

Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas diminué plus encore cette rémunération ?
Le Livret A est un produit extrêmement porteur de symbole. La fixation du taux est un geste éminemment politique et le gouvernement procède avec des pincettes. Il a fait la moitié du chemin entre la rémunération actuelle de 1,25% et la proposition du gouverneur de la Banque de France de 0,75% et ce certainement afin de ne pas dégrader davantage son image.

Il faut aussi que l’exécutif surveille les mouvements de collecte et décollecte. On a pu voir qu’il y avait eu cinq mois de décollecte sur le Livret A depuis août 2013. En allant plus loin avec un taux de 0,75%, ce mouvement aurait pu s’accélérer.

« Les livrets bancaires peuvent reprendre des couleurs »

Le Livret A conserve-t-il un intérêt ?
Les Français aiment le Livret A pour la sécurité du capital et parce que les intérêts ne sont pas imposés. Ces avantages n’ont pas de prix pour les Français. De plus, il est extrêmement liquide : si vous voulez retirer de l’argent ce soir sur votre Livret A, c’est possible. Ce produit sert à financer le court terme comme les impôts ou les vacances.

D’un autre côté, on n’a jamais fait fortune avec le Livret A. D’un point de vue économique, ça n’est donc pas le meilleur des placements.

Comment, alors, éviter de voir les rendements de son épargne s’effondrer ?
Un épargnant qui a un Livret A au plafond, de 22.950 euros, doit regarder les autres solutions. Cela commence par le plan épargne logement, le PEL, rémunéré 2,50%, surtout s’il a un projet immobilier en tête. Il faut évidemment penser à l’assurance vie, surtout si l’épargnant est déjà titulaire d’un contrat. 60% des ménages qui détiennent un contrat l’ont depuis plus de 8 ans et bénéficient du régime fiscal le plus favorable en ne payant que les prélèvements sociaux de 15,5%. Le plan d’épargne en actions, le PEA, est beaucoup plus risqué mais il présente également un potentiel à long terme.

La question se pose aujourd’hui sur les livrets bancaires : ils ont été fortement fiscalisés ces dernières années et tout le monde s’en est détourné à juste titre. Aujourd’hui, avec un taux du Livret A à 1%, les livrets bancaires peuvent reprendre un peu de couleur, surtout pour les personnes faiblement imposées à l’impôt sur le revenu. Le livret bancaire peut retrouver une petite aura.

Le taux du Livret A peut-il encore reculer ?
L’inflation sous-jacente, c’est-à-dire la tendance de fond de l’évolution des prix évaluée par l’Insee, est à 0,1% à l’heure actuelle. Si ce niveau ne remonte pas assez rapidement, le taux du Livret A pourrait tomber à 0,5%, voire 0,25%. Et cela, il ne faut pas l’espérer.