Les trackers : des indices qui ont la cote


Les rendements des produits d'assurance vie en unité de compte ont rapporté en moyenne 12,5% en 2012, une performance bien supérieure à celle des fonds en euros en berne à 2,9%. Des rendements en partie soutenus par l'utilisation croissante de trackers. Un produit encore assez méconnus des investisseurs particuliers.

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L’anglicisme trackers, ou ETF pour Exchange trade funds, désigne des fonds de placement de valeurs mobilières négociables en Bourse. Ces fonds indiciels cotés reproduisent à la lettre la performance d’un indice actions, obligataire ou encore de matière première. La majorité des trackers reproduit un indice général de la bourse, le plus souvent le CAC 40, ou un indice sectoriel comme les entreprises du secteur énergétique par exemple. Grâce à une composition identique à l’indice boursier qu’il réplique, le tracker subit les mêmes variations de cours que ce dernier, à l’exception des trackers à effet de levier qui présentent des amplitudes proportionnelles au coefficient choisi.

7,5% des échanges sur Euronext

« Le premier tracker a été coté en 1999 sur Hong-Kong stock exchange avant d’être introduit en 2000 aux Etats-Unis puis en 2001 en Europe et sur le Nyse Euronext Paris », rappellle Pierre Garcia, manager back & middle office chez le courtier en ligne Binck.fr. Avant cela, ce type de fonds indiciels existait déjà mais sans être coté en Bourse. Depuis, ils se sont petit à petit imposés auprès des investisseurs français. En 2011, les trackers ont atteint jusqu’à 7,5% des transactions réalisées sur Euronext, contre seulement 1% en 2004, estime-t-on chez Binck.fr « Ils atteignent en tout entre 10 et 15% des produits de Bourse échangés », calcule de son côté, Thibaud Renoult, responsable des produits de Bourse chez Commerzbank. A la fin 2012, 577 trackers étaient disponibles sur les marchés Nyse européens pour un montant total de 136 milliards d’euros, dont 454 éligibles au Service de règlement différé (SRD) sur la place de Paris et 234 au sein d’un Plan d’épargne en actions (PEA). « Aux Etats-Unis, ils représentent environ 30% de l’ensemble des transactions, ce qui laisse encore augurer d’une importante marge de progression en Europe », relativise Pierre Garcia. Un retard qui pourrait être rapidement comblé, le courtier en ligne notant « un engouement pour ces produits depuis le 1er août 2012 et l’entrée en vigueur de la taxe sur les transactions financières ». Les trackers ne sont en effet pas soumis à la TTF, ce qui entraîne des mouvements de migration de certains clients vers ces produits afin de ne pas s’acquitter de cette nouvelle taxe. Aujourd’hui, 70% des acheteurs particuliers français sont positionnés sur les ETF de Lyxor, filiale de la Société Générale et qui fait figure de pionnier dans l’Hexagone sur ces produits. A l’échelle de l’Europe, c’est Ishares, filiale de Blackrock, qui occupe cette position dominante.

Des frais dix fois moins élevés que les OPCVM classiques

Le développement de ces produits financiers s’explique également par la transparence sur leurs prix. Contrairement aux Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), ils sont en effet cotés en continu sur les marchés, ce qui garantit la visibilité de leur valeur et de leurs frais de courtage. Sur le marché français, 16 émetteurs de trackers (banques d’investissement ou sociétés de gestion) et 21 animateurs de marchés (market makers) assurent la liquidité de ces produits. « La concurrence qu’ils exercent entre eux sur les prix se révèle avantageuse pour les clients finaux », estime Pierre Garcia.
D’autant que les trackers se démarquent des produits financiers classiques par des frais limités qui s’expliquent par des coûts humains et d’analyse inférieurs. « Ces prix réduits reflètent ainsi la philosophie même de gestion passive de ces produits », traduit Thibaud Renoult. « Les frais de gestion annuelle des trackers oscillent entre 0,15% et 0,25% sur le CAC 40 contre une fourchette comprise entre 1,5% et 2,5% sur des Sicav françaises classiques », indique Pierre Garcia.

Plusieurs stratégies d’investissement

Pour les investisseurs lambda, ces produits se démarquent surtout par leur simplicité d’utilisation et de gestion : un seul tracker sur le CAC 40 remplacera ainsi l’achat des 40 valeurs qui le composent. Un gain en coût et en efficacité qui ouvre la voie à plusieurs stratégies d’investissement. Tout d’abord, l’achat d’un tracker répliquant les variations d’un indice composé de multiples valeurs renforce mécaniquement la diversification de son portefeuille d’actifs. Par ailleurs, il permet d’ouvrir son compte-titre ou son PEA à des classes d’actif habituellement moins accessibles par l’intermédiaires d’actions classiques, comme des obligations d’entreprises, des indices majeurs européens ou des indices actions de tous les pays du monde, le Dax allemand, le Nasdaq ou le Dow Jones américain par exemple. « Certains trackers visent les matières premières, via des paniers d’entreprises spécialisées dans le pétrole par exemple », illustre Pierre Garcia. « D’autres, comme les Dax BRICS permettent de répliquer les performances des quatre pays émergents que sont le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine », renchérit Thibaud Renoult.
Certains ETF qui évoluent à l’inverse de l’indice, permettent en outre de mettre en place des stratégies de couverture. « Les trackers représentent bien souvent la seule possibilité de se couvrir contre une tendance baissière dans le cadre d’un PEA, et ce de manière assez simple », précise le manager de Binck.fr. « Avec des trackers quanto, c’est-à-dire couverts contre les risques de change, on peut par exemple jouer sur l’or de façon décorrélée avec le dollar, alors que ces deux actifs sont fortement liés habituellement », avance Thibaud Renoult. Certains trackers « short » évoluent également à l’inverse du CAC 40 dans une optique de couverture.
Enfin, d’autres trackers avec des effets de levier pouvant aller jusqu’à un coefficient multiplicateur de 2 offrent des perspectives de trading spéculatif à court-terme sur les grands indices mondiaux, « d’autant plus qu’ils sont éligibles au SRD, ce qui permet des perspectives de plus-values élevées sans avoir à miser l’intégralité du capital investi », ajoute Pierre Garcia.

Diversifier pour limiter les risques

En raison de leur diversité, il apparaît difficile de dégager une tendance générale sur les rendements des trackers. « Ce sont des produits de gestion directe, donc l’investisseur doit avoir une conviction précise sur l’évolution du sous-jacent », avertit Thibaud Renoult. Par définition, ceux qui présentent des coefficients multiplicateurs offrent en théorie des profils de rendement plus élevés. Un avis que partage Thibaud Renoult : « Plus l’investisseur est actif et boursicoteur plus il va chercher des produits à effet de levier. Mais dans le cas contraire, les trackers s’avèrent également adaptés à une approche père de famille, même s’ils ne sont pas dénués de risque en capital. »
En contrepartie, il ne faut en effet pas oublier que les trackers constituent des produits à risque, sans aucune garantie de capital. Cependant, la nature même des trackers, indexés sur des paniers de valeurs, présente une structure de risque diversifiée et donc limitée par rapport à une action notamment. « Le positionnement sur un indice dilue le risque. Même les trackers à effet de levier, dont le coefficient est réglementairement limité à 2, demeurent beaucoup moins dangereux que les CFD, les turbos ou encore les warrants dont le levier peut atteindre 20 ou 30 », nuance Pierre Garcia. « Il existe un risque de perte totale du capital. Mais même en cas d’effet de levier, l’investissement ne prendra jamais de valeur négative : les pertes restent limitées à la valeur investie », prévient Thibaud Renoult. La prudence reste donc de mise sur les trackers à effet de levier, ce dernier étant appliqué sur la variation quotidienne de l’indice, un critère parfois mal compris par les particuliers. En dehors de ces produits spéculatifs, les trackers sont destinés « à des investisseurs lambda », assure Pierre Garcia.
D’un point de vue fiscal, les trackers sont aujourd’hui imposés au barème de l’impôt sur le revenu, auquel il faut ajouter les prélèvements sociaux (15,5%). Une fiscalité qui s’applique dès le premier euro de plus-value. Trois enveloppes juridiques sont possibles : celle des comptes-titre, du PEA ou plus rarement de l’assurance vie. « La fiscalité du PEA est plus avantageuse au-delà de 5 ans. Mais tous les trackers n’y sont pas éligibles, notamment ceux sur des indices obligataires ou monétaires », explique le manager de Binck.fr. « En revanche, dans l’optique de plus-values importantes, le compte-titre avec le SRD peut être envisagé », complète-t-il.