Lucibel : une introduction en Bourse en deux temps


Malgré des conditions de marché difficiles, Lucibel a fait son entrée sur Alternext sans offre au public. Négociable par les particuliers depuis le 16 juillet, l'action a perdu jusqu'à 22% durant sa première séance de Bourse. Un transfert sur Euronext est déjà envisagé.  

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Des investisseurs éteints ? Dernière introduction en Bourse précédant la trêve estivale, la cotation de Lucibel sur Alternext le 16 juillet 2014 s’est réalisée dans la douleur. Le placement privé réalisé auprès d’investisseurs institutionnels est intervenu durant l’une des pires périodes de l’année 2014 sur les marchés, en particulier celui des petites et moyennes capitalisations boursières : du 24 juin au 9 juillet, correspondant à la période de souscription, l’indice CAC PME a chuté de 3,98% et l’indice CAC Small de 3,04% pour un CAC 40 en repli de 3,51%.

Moins de 40% de l’augmentation de capital envisagée

« Nous avons clôturé le placement dans un contexte de marché difficile, explique Frédéric Granotier, PDG-fondateur de Lucibel. Plusieurs intentions de souscription ont été retirées du livre d’ordres au cours des deux derniers jours. » C’est dans ces conditions boursières chahutées que le spécialiste de l’éclairage LED a levé 7,6 millions d’euros sur les 20 millions escomptés par l’émission de 535.939 actions au prix de 14,25 euros par titre, au milieu de la fourchette de prix proposée comprise entre 13,50 et 15 euros. Pour sa première séance en Bourse, l’action a dégringolé de 15,8% à 12 euros (dont un plus bas à 11,11 euros soit -22%), ramenant la capitalisation boursière de 107 à 90 millions d’euros. La valeur a repris des couleurs dans les premiers échanges du 17 juillet, avec un cours de Bourse en hausse.

 

En complément de cette levée de fonds, la société a procédé à la conversion en actions de la totalité des 9,5 millions d’euros d’obligations convertibles émises en décembre 2013, notamment auprès de BPI France, qui détient désormais 7,1% du capital de la société.

« Révolution du monde de l’éclairage »

En dépit de cette augmentation de capital plus faible qu’escompté, le plan de marche de la société est inchangé. « Le business plan est confirmé », rassure le dirigeant qui entend bien profiter de la « révolution du monde de l’éclairage » que représente la technologie LED. Fort d’une consommation 8 à 10 fois inférieure à l’éclairage traditionnel pour une durée de vie 50 fois supérieure, l’éclairage LED permet un champ d’applications très étendu. « L’ampoule va disparaître définitivement, le luminaire peut être intégré dans tous les objets du quotidien et les matériaux de construction, expose Frédéric Granotier. La transmission de données par luminaire est possible, nous l’avons expérimentée depuis le 1er avril dans un musée. »

Le modèle économique de Lucibel est celui d’un concepteur et fournisseur d’éclairages sur mesure, à mi-chemin entre le fabricant et l’installateur. L’essentiel de la production est sous-traitée en Chine auprès de Flextronics, mais les marchés européens ont vocation à être servis d’ici quelques mois à partir d’un site français. La société a conclu un accord avec Schneider Electric pour installer un outil industriel dans les murs d’une usine située à Barentin en Normandie. Une relocalisation en France très médiatisée qui va permettre de « répondre à la demande en cycle court sur des produits spécifiques ». La pose est généralement effectuée par des tiers, exception faite des clients de Cordel, l’une des sociétés acquises en 2013 par le groupe.

Multiplication par 10 des ventes d’ici 2017

Les fonds levés vont permettre à la société de mettre en œuvre son plan de développement qui prévoit d’atteindre 200 millions d’euros de chiffre d’affaires « à l’horizon 2017 » contre 21,5 millions d’euros en 2013. Un essor qui combinera une croissance interne estimée à 30% en moyenne annuelle et l’acquisition de « 10 à 15 millions d’euros de chiffre d’affaires par an ». Déficitaire, la société entend atteindre un résultat brut (Ebitda) équilibré en 2015 et une marge de l’ordre de 15% à la fin du plan. Pour ce faire, la société compte sur les retombées de la relocalisation en France sur les coûts de transport, l’accroissement des volumes et l’amélioration de la productivité des équipes de vente.

Pour le management, cette cotation sur Alternext constitue une première étape de la vie boursière de l’entreprise. « Nous souhaitons que le grand public soit associé à notre projet. Les actionnaires de la société peuvent être ses meilleurs ambassadeurs. La société a donc vocation à transférer ses actions sur Euronext », augure Frédéric Granotier. Une nouvelle augmentation de capital n’est pas exclue mais « aucune décision n’a encore été prise » en ce sens, la société ayant la capacité de lever de l’endettement bancaire grâce à son augmentation de capital pour mener à bien ses projets.
 

Small caps : « pas une nouvelle bulle »

Echec de l’augmentation de capital de Deinove, entrées en Bourse compliquées pour Viadeo et Lucibel… Le marché financier s’est-il refermé à la fin du mois de juin 2014 après un début d’année très actif, marqué par une vague d’introductions en Bourse jamais vue depuis 2007 ? La réponse est clairement non pour Eric Forest, PDG d’EnterNext, filiale d’Euronext dédiée à la promotion et au développement de ses marchés boursiers auprès des PME-ETI.

« Ce n’est pas ce que l’on voit sur le terrain. Que les investisseurs soient attentifs et sensibles aux valorisations est quelque chose de très sain, affirme-t-il. Nous ne sommes pas en train de vivre une nouvelle bulle, nous ne sommes pas en train de vivre les années 2000, les investisseurs sont là, ils ont beaucoup de liquidités, mais ils ne sont pas prêts à investir à n’importe quel prix. »

Entre juin 2013 et juin 2014, l’indice CAC Mid&Small, représentatif des petites et moyennes valeurs, a gagné 30,1% pour un indice CAC 40 en hausse de 17,4%.