« Même à 3,50%, l’assurance vie en euros reste un placement sans équivalent »


INTERVIEW EXCLUSIVE. Pour Jean-Pierre Corbel, président du cabinet de conseil de gestion de patrimoine Corbel Conseil et chargé d'enseignement à l'Université Paris IX Dauphine, les fonds en euros sont menacés d'illiquidité en cas d'aggravation de la crise de la dette souveraine.

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Jean-Pierre Corbel Que vous inspire la diminution des rendements des fonds en euros en 2010 ?

Tout baisse, on peut donc relativiser cette baisse. Le marché devrait se situer autour de trois et demi pour cent, soit un rendement brut de 4,10% à 4,50% en moyenne avec des frais de gestion de 0,6% à 1%. Avec un OAT à 3%, la rémunération des fonds en euros reste exceptionnelle, tout le monde était simplement habitué à une performance plus élevée. L’assurance vie en euros reste sans équivalent : c’est un placement de quasi-trésorerie, à capital garanti, avec effet de cliquet qui fait trois fois plus que les placements monétaires et deux fois l’inflation.

Aucun autre produit ne peut en faire autant. Aussi, il faut avoir à l’idée que le fonds en euros est une exception française, il n’existe pas ailleurs en Europe.

Quel est, dès lors, le principal risque auquel vont être confrontés les épargnants investis sur des contrats ou supports en euros ?

Le problème du fonds en euros n’est pas son taux de rendement mais réside dans sa liquidité. Avec son fonds de soutien, l’Europe devient un créancier privilégié des Etats périphériques comme la Grèce, l’Irlande ou le Portugal, dont on peut douter de la capacité à rembourser au taux de 7%, elle est remboursée en priorité au détriment des assureurs. Si l’UE décide d’augmenter la dotation du fonds de soutien, ce caractère prioritaire s’accroît, le risque de non-paiement pour les investisseurs privés, assureurs en tête, s’accentue, de même que le risque de dépréciation des portefeuilles des assureurs qui en découlerait. Cette situation, défavorable au rendement des fonds en euros conduirait les épargnants à effectuer des rachats de leurs contrats pour chercher de la performance ailleurs au profit d’autres actifs comme les obligations à 5 ans ou le compte à terme. Il en va de même dans l’hypothèse d’une remontée rapide des taux d’intérêt. En imaginant que ces scénarii, devenus crédibles, se produisent, les pouvoirs publics seraient amenés à bloquer l’épargne en assurance vie pendant 8 ans ou à limiter les sorties, par exemple à 10% par an.

Dans cette situation, que préconisez-vous aux souscripteurs de contrats d’assurance vie ?

Sans hésiter, de diversifier au profit de supports investis sur les actions de rendement, comme Total, France Télécom ou Vivendi. Ces valeurs sont actuellement sous-cotées et il n’est pas normal, dans la hiérarchie du risque, que certaines d’entre-elles servent un rendement de 5%, supérieur au fonds en euros. En plus du rendement, c’est un moyen de jouer un effet plus long terme en visant une plus-value. Car pour que leur rendement diminue, il faut que leur cours remonte… De nombreux fonds d’actions de rendement permettent de se positionner ainsi, comme Tocqueville Dividende de Tocqueville Finance, Etoile Actions Rendement d’Etoile Gestion, Selection Action Rendement de SPGP ou Tricolore Rendement, Europe Rendement ou Europe Rendement Flexible de Edmond de Rothschild AM.

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