My Pharma Company : « Un projet efficace se doit d’être rentable »

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INTERVIEW Faire financer le développement de médicaments par des particuliers, c'est le défi de la plateforme de crowdfunding My Pharma Company. Pour son PDG Fabrice Beauchêne, si cet investissement comporte des risques, il offre des chances de rendement élevé.

Fabrice Beauchêne, PDG de My Pharma Company

 

Toutsurmesfinances.com : Pourquoi créer une plateforme de crowdfunding dédiée au financement de projets médicaux ?
Fabrice Beauchêne : La plateforme My Pharma Company, qui doit être lancée en avril 2014 pour la candidature des projets, et avant la fin de l'année pour le financement par le grand public, est un projet vieux de deux ans. Il est né du constat que de plus en plus de sociétés de biotechnologies cherchent des fonds et n'en trouvent pas. Même avec le FNA (fonds national d'amorçage, NDLR), il n'y pas suffisamment de fonds d'amorçages pour les 450 biotechs du marché, et la suite du financement reste encore très complexe. Certaines sociétés sont mortes avec des projets très intéressants. Pour pallier ce manque, nous avons imaginé un modèle de financement proche de celui de l'industrie pharmaceutique, mais appliqué aux petits porteurs. Beaucoup de personnes comptent sur nous.

Comment fonctionne My Pharma Company ?
L'investisseur dispose en premier lieu de la présentation du projet sur la plateforme. Une fois inscrit sur le site, il bénéficie d'une information plus détaillée mais également vulgarisée. Notre rôle est justement d'expliquer les risques à l'investisseur à travers une analyse poussée même si, évidemment, nous ne pouvons pas dévoiler les secrets des produits financés. A ce stade, l'investisseur peut acheter un certain nombre de points de R et D (recherche et développement, NDLR), d'une valeur unitaire de 10 euros, soit l'investissement minimum, qui donnent droit à des royalties basées sur le chiffre d'affaires futur réalisé par le médicament testé. My Pharma Company a donc un rôle de mandataire entre la biotech et l'investisseur.

Enfin, pendant la durée du projet, les investisseurs sont régulièrement informés de l'avancée de la recherche. Après la fin du projet, une information au minimum annuelle est donnée aux investisseurs sur le devenir du produit qu'ils ont financé, s'il poursuit son développement clinique vers le marché et ce jusqu'à son accès au marché et à son remboursement.

Que finance, exactement, l'investisseur?
L'investisseur finance une étape critique du projet, comparable au passage de la molécule « de la souris à l'homme ». En clair, c'est une étape qui vise à prouver scientifiquement que le produit peut être introduit sur le marché et remboursé. Cette phase de test est donc essentielle. D'où notre volonté d'ouvrir la plateforme au maximum de personnes, en fixant le montant minimum d'investissement à 10 euros. Vu l'importance de l'étape financée, le montant de chaque projet financé est important, soit entre 1,5 et 2 millions d'euros. Pour information, 85% des fonds seront directement alloués à la recherche et développement, le reste est engagé dans la collecte et l'expertise du projet. Il n'y a donc pas de déperdition des fonds.

Quel rendement peut-il espérer ?
La rémunération dépend vraiment du projet. Nous visons un taux de rentabilité de 20%, légèrement supérieur à la moyenne du marché de l'industrie pharmaceutique. Sur ce secteur, les risques et le taux d'échec sont importants : seules deux molécules sur dix entrent sur le marché. L'investissement dans une biotech peut donc s'apparenter à du don, mais il peut également se révéler très rémunérateur. De manière générale, nous pensons qu'un projet efficace se doit d'être rentable.

En cas de succès du projet, comment l'investisseur est-il rémunéré ?
Les royalties sont versées pendant la durée de vie du brevet à partir de la mise en circulation du produit. Cette rémunération peut intervenir à différents moments. Un laboratoire peut par exemple décider de racheter le brevet de la biotech : dans ce cas, le contrat peut continuer avec ce nouveau partenaire. L'investisseur peut également être payé à ce moment précis dans le cas d'une sortie immédiate. Les premiers retours sur investissement peuvent intervenir dans l'année qui suit la fin de l'étude clinique en cas de succès.

Quels sont vos objectifs en termes de financement ?
Sur les douze mois suivant notre lancement, notre but est de financer 7 projets, 5 au minimum. Puis, à un horizon de 3 ans, nous envisageons de financer 3 projets par mois, notamment en ouvrant un bureau aux Etats-Unis. Nous partons sur un objectif d'investissement moyen par contributeur aux alentours de 1.000 euros. Nous comptons sur notre très bonne connaissance dans le domaine de la recherche clinique du médicament pour atteindre cet objectif.
 

Propos recueillis par Thibault Lamy

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