PEA-PME : « il faut offrir le choix entre actions et obligations »


INTERVIEW Philippe Dardier estime que la création du PEA-PME va permettre d'éviter le biais fiscal des augmentations de capital de TPE-PME ouvertes aux particuliers. Le directeur général de la Bourse des PME Alternativa appelle à une extension du dispositif aux obligations.

Philippe Dardier d'Alternativa s'exprime sur le PEA-PME

Toutsurmesfinances.com : L’article 53 du projet de loi de finances pour 2014 prévoit la création du PEA-PME, un plan d’épargne en actions dédié au financement des petites et moyennes entreprises (PME) et des entreprises de taille intermédiaire (ETI). Qu’en pensez-vous ?
Philippe Dardier : Cette réforme va dans le bon sens. Elle s’inscrit dans la logique de favoriser les investissements dans les PME sans pénaliser les véhicules existants. La création du PEA-PME va permettre aux particuliers de s’intéresser aux smallcaps et micro-caps (petites et très petites valeurs, NDLR) en s’attachant davantage aux fondamentaux des entreprises et à leur valorisation qu’aux avantages fiscaux attachés à l’investissement direct au titre de l’IR (impôt sur le revenu) ou de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune).

 

La réforme répond-elle aux besoins des PME ?
Pas totalement. Les obligations souscrites en direct par les investisseurs ne sont pas éligibles dans le projet de loi. Leur éligibilité serait pourtant très bénéfique aux PME qui, pour la plupart d’entre elles, n’ont pas accès aux fonds obligataires dont les critères d’investissement sont souvent restrictifs. Et une entreprise n’a pas forcément besoin de financer tous ses projets en renforçant ses fonds propres, l’obligation est une source de diversification de financements à explorer.

L’investisseur peut-il y trouver son compte ?
Pour l’épargnant, avoir accès à la fois aux actions et aux obligations de PME en direct serait un vrai plus. Il faut offrir le choix entre actions et obligations. Cette possibilité serait plus conforme à la diversité des profils de risque des épargnants et de leurs objectifs. Investir dans les obligations de PME hors PEA n’est pas très intéressant, plus de la moitié des gains étant rognés par la fiscalité pour les investisseurs soumis aux tranches d’impôt à 41% ou 45%.

Mais en rendant les obligations en direct éligibles au PEA-PME, ne va-t-on pas faire courir des risques aux épargnants ?
Il s’agit de faire en sorte que le Scoring (notation) du crédit soit systématique. Cela permettrait à l’investisseur de prendre des risques mesurés, d’agir en connaissance de cause en prenant conscience des forces et faiblesses de l’émetteur d’obligations. Alternativa proposera probablement des obligations en direct à partir de 2014 en partant de ces principes.

Les actions de PME cotées seront-elles éligibles au PEA-PME ?
Oui, Alternativa est un système multilatéral de négociation (SMN) comme Alternext. Une trentaine de PME sont cotées sur notre plate-forme et négociables sur le marché secondaire. Elles appartiennent à tous les secteurs d’activité des réseaux sociaux à l’exploitation de vignobles en Bourgogne en passant par la restauration (Morgalex, holding de la chaîne La Boucherie, NDLR). Leur capitalisation boursière moyenne est comprise entre 5 et 7 millions d’euros, la plus haute atteignant 20 millions. Sur le marché primaire, deux introductions en Bourse sont prévues avant la fin de l’année 2013.

Propos recueillis par Olivier Brunet

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