PEA-PME : les propositions de réforme de gérants de fonds small caps


VERBATIM - Le lancement en 2014 du PEA-PME doit permettre aux fonds actions investis sur les petites et moyennes valeurs de tirer leur épingle du jeu. Leurs gérants ont chacun leurs avis sur la façon dont il faudrait réformer le plan d'épargne en actions afin qu'il favorise le financement des PME.

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Le PEA-PME, future poche du plan d’épargne en actions (PEA), va voir le jour en 2014. 75.000 euros par détenteur pourront être dédiés à l’investissement dans les petites et moyennes valeurs de moins d’un milliard d’euros de capitalisation boursière, en plus du PEA classique, dont le plafond de versements va être majoré de 132.000 à 150.000 euros. Objectif du gouvernement : renforcer les fonds propres des petites et moyennes entreprises (PME) et des entreprises de taille intermédiaire (ETI). En Bourse, les small caps (petites valeurs) et les mid caps (moyennes valeurs) vont être les premières bénéficiaires de cet afflux potentiel de liquidités estimé à plusieurs milliards d’euros répartis sur plusieurs années.

Une rampe de lancement pour la Bourse des PME-ETI

Chaînon manquant entre les investisseurs individuels et les PME-ETI en quête d’argent frais, le PEA nouvelle formule doit permettre de revitaliser la cote. Euronext, l’opérateur de la Bourse de Paris, compte sur lui pour contribuer au succès d’Enternext, la place de marché des PME-ETI créée en mai 2013 avec le soutien du ministre de l’Economie Pierre Moscovici. Ce dernier vise une multiplication par cinq du nombre d’introductions en bourse de ces entreprises d’ici 2015.

La création du PEA-PME, dont les conditions devraient être présentées d’ici quelques semaines par le locataire de Bercy avant la loi de finances 2014, est naturellement attendue de pied ferme par les gérants de fonds spécialisés sur ces petites et moyennes valeurs. Ces derniers ont dû composer depuis 2008 avec les retraits massifs des investisseurs institutionnels de cette classe d’actifs liée aux normes prudentielles Bâle III et Solvabilité II. Fins connaisseurs des comportements des investisseurs comme des entreprises qu’ils contribuent à financer, les asset managers de fonds valeurs moyennes joints par Toutsurlesplacements.com estiment que le PEA-PME devra éviter plusieurs écueils pour ne pas doucher les espoirs portés en lui.

Le calibrage du PEA-PME devra trouver le juste équilibre entre souplesse nécessaire au fléchage de l’épargne des particuliers, généralement rétifs à l’idée d’investir en Bourse, et encadrement requis pour éviter la formation d’une bulle spéculative. Dans le cas contraire, le PEA-PME ferait courir le risque d’un « fly to quality », un mouvement de marché dont les principaux bénéficiaires seraient les ETI les plus liquides au détriment des PME, qui éprouvent le plus de difficultés à se financer. Les gérants en revanche sont plus partagés quant à l’utilité de rendre les obligations éligibles, position défendue par Euronext qui vient de créer l’IBO, une procédure de souscription d’obligations de PME-ETI.
Morceaux choisis.

Florent Saint-Léger, gérant du fonds SUNNY Managers F, conseil d’OTC AM sur les investissements sur des capitalisations inférieures à 150 M€ : « Ouvrir le PEA-PME aux obligations »
« Pour garantir le succès du PEA-PME, il faut offrir la possibilité à l’investisseur d’y mettre au choix des actions, des obligations convertibles ou des obligations ordinaires, en fonction de son appréhension du risque. Dans le cas contraire, le PEA-PME sera en butte à l’aversion aux actions qui reste très forte chez les investisseurs.
L’éligibilité des obligations s’inscrirait dans une logique de place, tout comme le seuil de 1 milliard d’euros de capitalisation boursière : l’émission d’obligations dans le cadre des procédures d’IBO est l’un des moyens soutenus par Euronext pour résoudre les problèmes de financement bancaire des PME. Le législateur devra simplement veiller à ce que les quotas d’investissement en obligations ne soient pas trop stricts pour éviter d’entraver le succès du PEA PME.

 

Régis Lefort, associé-Fondateur de Talence Gestion et gérant du fonds Talence Midcaps : « Instaurer un quota pour les petites valeurs »
« Instaurer un quota d’investissement dans les sociétés de moins de 500 millions, voire moins de 150 millions d’euros de capitalisation boursière serait une bonne chose. Le véritable segment des small caps se situe sous ce seuil, il correspond aux PME qui éprouvent le plus de difficultés à se financer. Des ETI comme Faiveley, Bénéteau ou Boiron n’ont aucun problème d’accès au financement. Il ne faut pas que le PEA-PME se trompe de cible ».

William Higgons, gérant du fonds Indépendance et Expansion SICAV et vétéran de l’investissement dans les PME françaises cotées : « Adapter les fonds éligibles au PEA-PME à la liquidité des small caps »
« Le seuil de 1 milliard d’euros de capitalisation boursière est trop élevé. Je situe le plafond des petites valeurs à 500 million d’euros de valorisation, vivier suffisamment important pour que l’on puisse y investir la collecte du PEA-PME. Il correspond à un segment de marché abandonné par presque toutes les sociétés de gestion spécialisées sur la thématique des small et mid caps mais qui se cantonnent en fait aux mid.
Les fonds éligibles au PEA-PME auront à faire face à l’illiquidité propre aux petites et moyennes valeurs. Une valeur liquidative (VL) journalière constituerait un leurre. Il faudrait bloquer les dates de rachat à deux par mois qui correspond à mon avis davantage à la liquidité du sous-jacent. Avec deux valeurs liquidatives dans le mois, les rachats sont limités à 19% de l’actif net. Une telle décollecte aurait déjà un impact significatif sur les cours.
Si le législateur n’oblige pas les OPCVM spécialisés PEA-PME à dire adieu à la liquidité journalière pour leur permettre d’investir sur des titres moins liquides, ces fonds porteront leur choix sur les plus grosses valeurs. Sous réserve que les réseaux bancaires jouent le jeu du PEA-PME en lançant des OPCVM ad hoc l’impact sur les cours des sociétés capitalisant entre 700 million et 1 milliard d’euros sera immédiat. Cela dit, les plus petites valeurs bénéficieront indirectement de la hausse des moyennes ».

Benjamin Biard, directeur du développement d’Amiral Gestion : « Imposer au fonds un ratio de 75% de small & mid caps »
« L’inclusion des obligations dans le PEA-PME ne doit pas être une priorité, ces investissements pourront se faire dans la poche libre d’OPCVM éligibles au PEA PME, comme c’est déjà le cas dans le PEA classique. La condition d’investissement dans des actions de PME-ETI de moins d’un milliard d’euros devrait suffire en soi. Ce seuil n’a d’ailleurs pas été choisi par hasard : il correspond aux valeurs composant Enternext.
Pour être éligible au PEA-PME, un fonds devra faire figurer dans son prospectus une description de son univers d’investissement adaptée et s’engager à respecter un ratio minimum de placement de 75% en titres de sociétés de moins d’un milliard d’euros de capitalisation boursière. Si on autorise les fonds investis dans des valeurs du CAC 40 comme Total ou Sanofi, créer un compartiment dédié aux PME-ETI ne servira à rien.
Si cette condition d’investissement devient la règle, je pense que beaucoup de sociétés de gestion vont devoir adapter la stratégie de leur fonds au PEA-PME ou en créer de nouveaux. Cette seconde option est celle choisie par Amiral gestion : nous créerons un nouveau fonds dédié ».

 

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