PEA PME : les raisons d’un démarrage au ralenti


Le bilan du PEA PME après quelques mois d'existence est en demi-teinte. Après un cafouillage à son lancement, le nouveau plan d'épargne en actions a souffert d'un attentisme des investisseurs alimenté par un contexte boursier moins porteur. Les professionnels réclament des assouplissements.    

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Pour l’instant, le PEA PME n’est pas le succès espéré. Après sept mois de commercialisation et un peu plus d’un an après la présentation de ce nouveau plan d’épargne en actions par l’ex-ministre de l’Economie Pierre Moscovici, force est de constater que les premières retombées sont loin des attentes portées à son endroit, de l’ordre de 1 milliard d’euros d’épargne investie ou réallouée par an. « On a un peu le sentiment du verre à moitié vide ou à moitié plein. 60.000 à 90 000 comptes ont été ouverts pour un encours de 125 à 225 millions d’euros au moment où je vous parle. Cela reste très modeste », a annoncé le secrétaire d’Etat au Budget Christian Eckert au cours d’un colloque organisé le 2 octobre 2014 à l’Assemblée nationale par PME Finance, association à l’origine du PEA PME.

Les fonds PEA PME… irrigués par l’assurance vie

Le dernier Observatoire des Entrepreneurs de l’association réalisé par AltaValue et CM Economics fait un décompte quasi-identique… mais à fin juin, après quatre mois de commercialisation. Ces chiffres restent toutefois cohérents avec les 80.000 comptes PEA PME évoqués par François Hollande lors des Assises du financement et de l’investissement, le lundi 15 septembre 2014.

Parallèlement, la collecte des fonds éligibles au PEA PME depuis la sortie du décret d’application du 4 mars 2014 jusqu’à la fin du mois de septembre est comprise entre 250 et 262 millions d’euros selon les sources. Toutefois, toute l’épargne drainée vers les fonds labellisés PEA PME ne proviendrait pas des comptes PEA PME eux-mêmes. « Plus de la moitié de la collecte de notre fonds Quadrige vient de l’assurance vie », atteste Olivier Bourdelas, directeur général de la société de gestion Inocap, la plupart des fonds étant éligibles à plusieurs enveloppes, du compte titres à l’assurance vie en passant par les deux PEA.

Couacs sur les titres éligibles

Comment expliquer les débuts difficiles de ce plan qui permet d’investir dans des actions de PME jusqu’à 75.000 euros, en franchise d’impôt après 5 ans de détention ? D’abord parce que son lancement a eu mauvaise presse, pour un ensemble de raisons : des critères d’éligibilité des entreprises illisibles pour l’investisseur, un couac sur l’indice CAC PME dont la composition a dû être révisée juste après la sortie du décret, l’absence de toute liste officielle exhaustive recensant les titres éligibles. Certaines sociétés seraient même encore incapables aujourd’hui de déterminer leur éligibilité.

Parallèlement, le relèvement du plafond de versements du PEA classique de 132.000 à 150.000 euros a certainement poussé les titulaires concernés à saturer leur ancien compte avant d’ouvrir un PEA PME, alors que ces investisseurs étaient tout désignés comme early adopters naturels. Enfin, « les campagnes de commercialisation des réseaux bancaires n’ont pas réellement commencé », constatent les économistes d’AltaValue et de CM Economics dans leur Observatoire des Entrepreneurs.

Baisse des cours de Bourse

Laurent Grandguillaume, député PS de la Côte d’Or, considère que cet attentisme n’est pas une surprise. « Il faut du temps pour que le produit soit diffusé et que l’investisseur se l’approprie. Le fait que le PEA PME ne décolle pas du jour au lendemain est tout à fait normal », tempère-t-il. En moyenne, les sommes déposées seraient à peine supérieures à 2.000 euros par titulaire, selon les calculs de Toutsurmesfinances.com. Ce qui laisserait penser que nombre de détenteurs auraient ouvert leur PEA PME pour prendre date (ouvrir le compteur fiscal des 5 ans de détention, NDLR) mais aussi « pour voir ». Un comportement d’épargne somme toute pragmatique, et souvent observé au lancement de nouveaux produits.

Autre facteur conjoncturel, un contexte boursier clairement moins porteur depuis la mi-juillet, qui a même conduit Spie à renoncer à son introduction en Bourse le 9 octobre 2014. Sur trois mois, la baisse des indices de petites et moyennes valeurs (CAC PME ou CAC Mid & Small) est même pire que celle du CAC 40. « La collecte tourne au ralenti depuis mi-juillet », confirme Olivier Bourdelas.

Rendre éligibles les fonds investis à 100% en obligations convertibles ?

Mais nombre de professionnels y voient des raisons plus structurelles. Pour Benoît Bazzocchi, dirigeant-fondateur de la plateforme de financement participatif SmartAngels.fr, utiliser un PEA PME pour investir dans des start-ups ou des entreprises non cotées est quasiment impossible. « On a un vrai problème, les banques ne jouent pas le jeu. Les gens viennent nous voir mais ils n’arrivent pas à inscrire leurs titres non cotés [sur leur compte]. Pourtant le PEA PME était fait pour le crowdfunding et le crowdfunding était fait pour le PEA PME », regrette-t-il.

Autre inconvénient avancé par certains, le PEA PME n’offrirait pas une palette d’investissements assez large, notamment au regard de la souplesse conférée par de nombreux fonds éligibles au PEA (grâce à une couverture des risques par l’utilisation de produits dérivés) mais pas à son petit frère. D’où l’idée défendue par l’Association française de la gestion financière (AFG) et Robert de Vogüé, président d’Arkeon Finance, d’autoriser les fonds PEA PME à s’investir jusqu’à 100% en obligations convertibles (OC) de sociétés éligibles au PEA PME, contre 25% actuellement. « La possibilité d’investir en obligations convertibles sans limite doit permettre aux gérants de créer des fonds éligibles au PEA PME en capacité de couvrir le risque de marché », estime Robert de Vogüé. Et donc d’offrir des fonds moins risqués à l’investisseur. Valérie Rabault, rapporteure générale du Budget à l’Assemblée nationale, n’y est pas opposée, à condition de lever certaines réserves techniques.