Prêt participatif : « La première motivation, c’est le rendement »

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Charles Egly, co-fondateur de la plateforme de crédit entre particuliers Prêt d'Union

INTERVIEW - Le prêt participatif connaît un succès croissant en France. Charles Egly, co-fondateur de Prêt d'Union, principale plateforme de crédit entre particuliers en France, explique avant tout cet engouement par le rendement qu'il génère pour l'investisseur.

 

Toutsurmesfinances.com : Comment fonctionne le crédit à la consommation entre particuliers ?
Charles Egly : Prêt d'Union fonctionne sur une version assez avancée du crowdfunding, basée sur le modèle du Lending Club, lancé aux Etats-Unis en 2007. Pour un investissement minimum de 1.000 euros, nous proposons deux types de fonds ouverts à la souscription, qui servent à financer les emprunteurs sur des maturités différentes : de 2 à 3 ans pour le fonds Prêt d'Union Court et de 4 à 5 ans pour le fonds Prêt d'Union Long. Le premier fonds sert un rendement de 4,30%, ce qui après impact des défauts donne 3,90% ; le second propose un taux de 5,3%, soit une rémunération de 4,60% après imputation des défauts. Dans tous les cas de figure, l'investisseur obtient une rémunération attractive pour un risque très faible.

Les investisseurs bénéficient d'une liquidité organisée puisqu'ils souscrivent des parts de fonds dont les intérêts capitalisent, qui sont référencées sur Bloomberg depuis un mois. Le fonctionnement de ces produits est donc similaire à celui d'une Sicav (société d'investissement à capital variable, NDLR) ou d'un FCP (fonds commun de placement, NDLR). Les intérêts sont ainsi imposables à la revente des parts et soumis au régime des plus-values immobilières (applicable notamment aux actions, NDLR) tandis que la liquidité mensuelle se limite aux remboursements des emprunteurs.

 

La ministre des PME et de l'Economie numérique Fleur Pellerin a annoncé le 14 février 2014 plusieurs mesures en faveur du crowdfunding. Quel sera leur impact sur l'activité de Prêt d'Union ?
Ces dispositions concernent surtout le prêt aux entreprises et aux porteurs de projets professionnels. Elles ne modifieront donc pas notre activité de crédit aux ménages, qui constitue une sous-catégorie du financement participatif à part entière, au même titre que le don, le prêt aux entreprises et l'equity (financement en capital, NDLR). Nous disposons depuis décembre 2011 d'un agrément d'établissement de crédit de l'Autorité de contrôle prudentiel (ACP) qui nous permet de prêter aux particuliers.

 

Comment expliquez-vous l'engouement des investisseurs autour du crédit aux particuliers, qui représente 60% des financements participatifs en France en 2013 ?
Tout d'abord, le mécanisme de fonds permet de sécuriser l'investissement et de mutualiser le risque puisque celui-ci est dilué sur une multitude d'emprunteurs. Mais la première motivation des investisseurs est le rendement, exceptionnel en cette période de taux bancaires faibles. La diversification est également attrayante pour les épargnants, Prêt d'Union étant le seul produit qui inclut un « risque de ménage », contrairement par exemple au risque d'Etat dans des obligations ou d'entreprises dans des titres. L'investisseur souscrit donc des fonds de ménages français. La recherche d'un placement innovant est également un critère pour les investisseurs.

Les emprunteurs, de leur côté, trouvent un crédit moins cher que dans un réseau classique. En contrepartie, nous demandons plus de justificatifs, ce qui nous permet de faire davantage de contrôles anti-fraude.

De manière générale, les investisseurs comme les emprunteurs sont à la recherche d'alternatives. Notre offre correspond aux besoins et attentes des consommateurs : les investisseurs d'une part car les produits de taux ne rémunèrent pas (sic) et les emprunteurs puisque nous ne proposons que du crédit amortissable, et non du crédit renouvelable.

 

Le succès du crédit aux ménages grandissant, quels sont vos objectifs pour 2014 ?
Après avoir distribué nos premiers crédits en décembre 2011, nous avons financé les particuliers à hauteur de 11 millions d'euros en 2012 puis 43 millions d'euros en 2013. Sur l'année 2014, nous visons une production de crédits de 100 millions d'euros.

 

L'investissement sur Prêt d'Union est-il ouvert à tous ?
Non, nous faisons appel à des investisseurs qualifiés, en grande majorité des particuliers, ou des personnes morales comme des fondations ou des holdings. Pour avoir ce statut, il faut remplir deux des trois conditions imposées par la Banque de France : soit détenir un compte-titres par exemple et boursicoter régulièrement, soit avoir exercé pendant au moins une année au cours de sa carrière professionnelle dans le secteur financier, la banque ou l'assurance notamment, soit enfin disposer d'un patrimoine financier supérieur à 500.000 euros. Toutefois, nous envisageons de discuter avec la Banque de France fin 2014, ou plus vraisemblablement en 2015, la possibilité d'ouvrir le prêt aux ménages à des investisseurs plus nombreux.

 

Propos recueillis par Thibault Lamy

 

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