Produits dérivés : « Avoir accès à des actifs diversifiés de manière sécurisée »


INTERVIEW - Les produits dérivés souffrent d'une réputation d'instruments de marché complexes. Pour y voir plus clair, Samuel Quan, manager Customer Service & Sales, chez le courtier en ligne Binck.fr décrypte pour nous les caractéristiques et les risques de ces placements financiers.

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Toutsurlesplacements.com : Quels sont les produits financiers regroupés sous le terme de dérivés ?
Samuel Quan : Les produits dérivés regroupent d’abord les produits de type options et Futures qui sont réglementés et gérés par Euronext mais également d’autres produits comme les warrants et les turbos émis par les banques. Les options et les Futures ont un esprit identique.

A quoi servent les options ?
Les options sont des contrats qui permettent à son détenteur d’acheter (call) ou de vendre (put) un actif de référence comme une action par exemple, à un prix déterminé à l’avance au moment de la conclusion du contrat. Il s’agit donc d’un produit à échéance permettant de répondre à deux types d’objectifs. Le premier vise à se couvrir d’un danger futur en cas d’aléas de marché, en prenant par exemple une option de vente à un prix garanti défini à l’avance. En cas de baisse, l’option permet ainsi de compenser la perte de valeur. En échange de cette possibilité, l’acheteur devra payer une prime d’assurance.
Les options donnent également la possibilité de faire de la spéculation sans détenir le sous-jacent en portefeuille. L’investisseur profite du mouvement qui s’opère sur le produit sans pour autant le détenir et pour une somme modeste. C’est là que se construit l’effet de levier sur les marchés dérivés. Le détenteur de l’option prend une position directionnelle sur un montant important en ne payant que la prime, qui constitue une sorte d’acompte. L’investisseur n’a pas d’obligation d’exercer in fine l’option : si son pari n’est pas réussi, il ne paye que la prime, s’il choisit au contraire de l’exercer, il doit à ce moment-là payer le montant du sous-jacent. Il faut ainsi distinguer deux classes d’options : les Européennes qui s’exercent seulement à l’échéance et les Américaines, qui peuvent s’exercer à tout moment.

Quelle est la différence avec les contrats Futures ?
Les Futures sont également des contrats qui permettent d’acheter ou vendre dans le future un actif de référence à des conditions de prix déterminées. Ils peuvent donner lieu à une livraison physique car le sous-jacent peut être constitué d’actions, de matières premières ou encore d’un panier d’indice. L’univers des Futures s’avère de ce point de vue plus large que celui des options. Mais la différence principale provient du fait que les Futures engagent de façon ferme l’investisseur. Ils donnent lieu à une matérialisation quotidienne des gains ou des pertes occasionnés alors qu’ils n’interviennent qu’à l’échéance dans le cas des options.

Depuis quand ces produits existent-ils ?
Le Matif (marché à terme international français) a été créé 1986 et le Monep (marché des options négociables sur la place de Paris) en 1987, sous le gouvernement dans lequel Pierre Bérégovoy était ministre des Finances. Ces produits sont arrivés en même temps que l’ouverture de la France à l’économie de marché.

Combien représentent-ils en termes d’encours sous gestion ?
Par définition, un contrat Future n’a pas de valeur. C’est un engagement, donc il n’a pas d’encours. En cela, il est différent d’un actif comme une action ou obligation. A titre d’indication tout de même, sachez qu’il s’échange entre 150.000 et 250.000 contrats par séance de Bourse sur le FCE, c’est-à-dire les contrats Futures indexés sur le CAC40.

Quels avantages offrent les produits dérivés pour les investisseurs ?
Ces produits s’échangent sur un marché organisé et excluent donc tout contact entre acheteurs et vendeurs. Il existe ainsi une chambre de compensation qui empêche le risque de contrepartie.
Mais ces produits permettent surtout aux particuliers d’avoir accès à des actifs plus diversifiés à l’image de certaines matières premières ou d’actions situées sur des marchés lointains, dans des conditions de sécurité. Cependant, force est de constater que les Futures indexés sur le CAC 40 concentrent l’essentiel des flux sur ce marché. On trouve aussi des Futures sur des actions d’entreprises françaises ou encore sur la dette française (short).

Dans quel contexte faut-il les utiliser ?
Pour un investisseur particulier, l’intérêt des produits dérivés est de capter de la performance dans un environnement de forte volatilité. Quel que soit le sens : haussier ou baissier et dans toutes les configurations de marché. Ils doivent cependant correspondre à des convictions fortes du client.

Quels sont les risques liés à l’utilisation de ces produits ?
Tout d’abord, il faut comprendre que les rendements des options et des Futures peuvent être assez importants grâce à des effets de levier de 9, 10 voire 15 au maximum. Ces facteurs restent cependant bien inférieurs à ceux des Forex (marché de changes, NDLR) ou des CFD (contrat de différence, NDLR), qui présentent des effets de levier de 100. Plus il y a d’effet de levier, plus le produit est risqué. Le corolaire c’est donc le risque de perte qui peut être supérieur au capital investi !
Cependant, les brokers demandent en général des garanties : lorsque l’on dépasse la couverture autorisée, la position est vendue. Avec ces garde-fous, il faut vraiment qu’il y ait un mouvement important de marché pour que la garantie soit totalement absorbée. Mais cela reste techniquement possible.

A quels profils d’investisseurs s’adressent-ils ?
Les produits dérivés sont exclusivement réservés aux investisseurs particuliers avertis. La réglementation impose d’ailleurs de n’ouvrir ces produits qu’à certains profils pouvant justifier d’un certain niveau de connaissance des instruments financiers.
Nos clients sont ainsi en majorité de formation supérieure ou travaillent dans un environnement professionnel propice au risque. Ils détiennent des portefeuilles supérieurs à 20 ou 30.000 euros en moyenne. Même si nous avons également des clients avec des portefeuilles plus faibles.

 

Propos recueillis par Pierre Havez