Quand un gérant d’épargne s’inspire de Leclerc pour vanter ses tarifs


Yomoni, start-up spécialisée dans la gestion d'épargne lancée en 2015, vient de mettre en ligne un site de publicité comparative où elle confronte son offre avec celle de ses concurrents ING Direct et Boursorama Banque. Une démarche qui illustre un mimétisme assez saisissant entre la fintech et les supermarchés E.Leclerc.  

Chat Yomoni dans une publicité

Yomoni est-il à la gestion d’épargne ce que Leclerc est aux supermarchés ? La comparaison ne se limite pas au fait que dans les deux cas, le projet est soutenu par un Breton : Michel-Edouard Leclerc pour le groupe de grande distribution et Ronan Le Moal, directeur général du Crédit Mutuel Arkea, la banque étant devenue actionnaire de la start-up fintech parisienne en juin 2015.

Campagnes de pub décalées

Comme les magasins E.Leclerc, l’argument consumériste est au cœur de l’approche commerciale de Yomoni. La PME entend « faciliter la gestion de l’épargne de long terme des Français » avec des frais de gestion abordables et un service 100% en ligne qui se veut transparent et compréhensible. Quasi inconnue du grand public, elle n’hésite pas à miser sur l’humour pour développer sa notoriété en s’affichant en 4×3 à Paris sur les quais du métro au travers de campagnes où elle tourne en dérision la relation entre leurs Français et leur banque. Une ficelle humoristique et un ton décalé souvent utilisés par l’enseigne bretonne pour vanter un positionnement prix plus bas que celui de la concurrence.

Au risque d’apparaître comme juge et partie, Yomoni a poussé la logique en se lançant sur le terrain de la publicité comparative avec le site Gerersonepargne.fr. Comme E.Leclerc et son application « Qui est le moins cher » qui vise à comparer les prix des produits alimentaires.

 

Frais indirects moins élevés

« Gerersonepargne.fr est un comparateur des offres de gestion sous mandat d’arbitrage en assurance vie », explique Laurent Girard, cofondateur et directeur des opérations de Yomoni. L’objectif est de démontrer que l’offre de la start-up, en apparence plus chère et perçue comme telle par ses clients et prospects (jusqu’à 1,60% de frais de gestion annuels) l’est en fait moins que celle des solutions directement concurrentes, accessibles à partir de 1.000 euros comme la sienne. Sachant que les formules de gestion clés en main d’ING Direct et de Boursorama Banque affichent des frais de gestion annuels respectifs de 0,95% et 0,85% sur l’épargne investie sur des supports autres que le fonds euros à capital garanti.

Chiffres à l’appui, Gerersonepargne.fr montre que l’offre Yomoni est plus compétitive quel que soit le profil de risque choisi (prudent, équilibré, dynamique ou offensif) : ses tarifs sont de 20% à deux fois moins chers. La différence ? Elle se situe au niveau des frais indirects de gestion des supports financiers utilisés dans la composition des profils. Yomoni a essentiellement recours aux trackers (aussi appelés ETF), des fonds qui répliquent sans intervention humaine la performance d’un indice, avec des frais annuels de gestion inférieurs à 0,30%. Là où la gestion pilotée de Boursorama et la gestion sous mandat d’ING Direct utilisent des fonds traditionnels dont les frais de gestion atteignent en moyenne entre 1,59% et 2,50% par an, selon les calculs de Yomoni.

Une recherche de transparence qui a ses limites

Pour Laurent Girard, il s’agit de faire de la pédagogie sur les différentes strates de frais et de montrer la « réalité de ce que paye le client ». En omettant de préciser que les clients les plus autonomes souhaitant gérer librement leur épargne bénéficient de tarifs quasiment identiques chez les trois acteurs comparés. Et que Boursorama et ING Direct proposent chacun deux fonds en euros, dont un fonds dynamique plus rémunérateur, une solution qui n’est pas accessible chez Yomoni. Une clientèle soucieuse de ne pas prendre de risques sur ses placements financiers que la PME ne cherche pas à convaincre ?