Rendement, plus-value : la forêt ne manque pas d’atouts

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Investir son épargne dans la forêt présente un certain intérêt pour les investisseurs, notamment en comparaison des rendements des produits financiers. Les spécialistes du secteur soulignent toutefois une déconnexion entre le prix et la valeur réelle des actifs.

Investir dans la forêt plutôt que le Livret A, une idée à suivre ?
 

Placer ses économies dans une forêt plutôt qu'un Livret A ou une assurance vie ? A priori l'idée ne jaillit pas naturellement dans la tête des épargnants. Pourtant la forêt ne manque pas d'atouts. D'autant que les prix repartent à la hausse : ils ont gagné 2,8% à 4.040 euros l'hectare en 2015 selon les chiffres présentés par la Société Forestière de la Caisse des dépôts et la Fédération nationale des Safer* mercredi 18 mai 2016. Cette moyenne générale peine cependant à refléter la réalité du marché, puisque les prix s'échelonnent de 650 à 11.730 euros/ha.

Rendements élevés pour les investissements des années 1990

Pour les particuliers, premiers acteurs du marché à la vente comme à l'achat, il faut s'attarder sur les parcelles d'un à dix hectares qui représentent 86% des 9.770 transactions conclues en 2015. Leur prix n'a cessé d'augmenter depuis 2009, passant de 2.500 euros à 3.870 euros/ha. « Une forêt de dix hectares, à 4.000 euros par hectare, c'est deux Livrets A » pleins, résume le PDG de la Société Forestière Gilles Seigle. A l'augmentation des prix s'ajoute la rentabilité des activités forestières, comme la vente de bois et la location de terrains aux chasseurs et pêcheurs. De quoi servir un rendement autrement supérieur que les 0,75% du Livret A, même en investissant au prix fort : « Si vous achetez aujourd'hui à plus de 10.000 euros par hectare, on estime la rentabilité à 2 ou 3%. »

Pour les particuliers qui se sont lancés dans les années 1990, lorsque le marché était dans le creux de la vague (2.140 euros/ha en moyenne en 1998, de 410 à 5.900 euros), le placement s'est avéré beaucoup plus rémunérateur, avec des rendements de l'ordre de 7 à 8% selon la Société Forestière. Sans surprise, ces propriétaires commencent d'ailleurs à opter pour la vente sur un marché où la demande reste forte mais l'offre se raréfie.

Compte tenu des prix actuels, difficile de retrouver de telles opportunités... Mais pas impossible : « Une forêt peut valoir moins cher car son peuplement a été détruit par une tempête [comme dans les Landes début 2009, Ndlr] et qu'elle ne va plus produire de revenus pendant une longue période. Mais la qualité des sols est là et ne changera pas. En fonction de la nature du peuplement, de son âge et de la capacité à couper du bois d'ici 4, 5 ou 30 ans, la rentabilité n'est pas la même », détaille Gilles Seigle.

Fiscalité dissuasive à la revente

Malgré ces atouts et une image forte de valeur refuge dans l'esprit des investisseurs, la forêt n'est pas un placement sans risque. Les prix de marché sont notamment surévalués de 21% par rapport à ce que les spécialistes appellent la valeur de production, c'est-à-dire la valorisation des sols, routes et bois. Si les surcotes n'atteignent pas les excès constatés avant la crise financière de 2009 (32 à 39%), la méfiance reste de mise, dans la mesure où les prix ont subi des décotes importantes (10 à 30%) en période de crise. Autrement dit, un retournement brutal de marché coûterait potentiellement très cher aux investisseurs.

Autre paramètre à considérer : les impôts. Si la taxe foncière reste mesurée, voire indolore ou presque pour des petites parcelles d'un ou deux hectares, le gain à la revente s'avère fortement imposé. Il est soumis à la fiscalité des plus-values immobilières, soit un taux de 34,5% dégressif dans le temps, avec exonération d'impôt sur le revenu au bout de 22 ans de détention (30 ans pour les prélèvements sociaux à 15,5%). De quoi détourner les investisseurs les plus impatients.

*Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural

Qui sont les acheteurs et vendeurs ?

L'âge moyen des acquéreurs se fixe à un peu plus de 50 ans en 2015, contre 66 ans et demi pour les vendeurs.

Pour les premiers, les motivations principales de l'achat sont la valeur refuge accordée à la forêt, la possibilité de diversifier son patrimoine et l'investissement d'agrément, pour profiter d'un massif forestier tout en tirant des revenus de son exploitation. Les acquéreurs de petites surfaces avancent également cet argument « loisir » mais aussi l'autonomie énergétique pour des acheteurs ruraux qui veulent se chauffer au bois.

Côté vendeurs, les héritages et arbitrages financiers expliquent principalement la cession des actifs.


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