Serge Maître : « Avec le PEA-PME, le gouvernement rate en partie sa cible »


La création du PEA-PME laisse Serge Maître sceptique. Pour ce juriste, porte-parole de l'Association des usagers des banques (Afub), ce nouveau PEA favorisera davantage le marché secondaire que les appels publics à l'épargne pour financer les PME souhaitant renforcer leurs fonds propres.

Serge Maître, de l'Afub

Toutsurmesfinances.com : La création d’un PEA dédié aux PME annoncée par Pierre Moscovici est-elle une bonne nouvelle ?
Serge Maître : La création du Second Marché en 1983 avait provoqué un appel d’air pour les PME. 30 ans plus tard, le marché des petites et moyennes valeurs devrait être revivifié par la création du PEA-PME à un moment où les TPE-PME-PMI ont besoin d’argent. Les flux de crédit accordés par les banques se sont effondrés. Mais en créant le PEA-PME, le gouvernement rate en partie sa cible : il ne fait que renforcer la finance spéculative.

 

Le gouvernement fait-il fausse route ?

Réallouer les flux d’épargne en faveur des fonds propres des entreprises ne sera pas l’effet premier du PEA-PME. Comme l’ouverture d’un PEA-PME ne sera pas soumise à conditions de souscription de titres nouvellement émis, les déplacements d’épargne s’effectueront principalement en direction des valeurs mobilières déjà émises ou de Sicav et FCP (fonds communs de placement, NDLR) investis dans ces mêmes titres. On va fluidifier le marché secondaire qui sera le grand gagnant de cette réforme de même que tous les acteurs économiques qui gravitent autour : banques, réseaux de distribution, sociétés de gestion. La spéculation risque de s’emparer des valeurs éligibles sans rapporter un seul euro aux entreprises cotées. La faible liquidité inhérente aux plus petites valeurs risque d’accentuer le phénomène.

 

Les transferts d’épargne ne sont-ils pas tout de même de nature à réduire la décote de PME cotées et favoriser ainsi leur capacité à lever des fonds sur le marché ?
Je ne dis pas le contraire, ces sociétés pourront plus facilement lancer des augmentations de capital si leurs cours de Bourse se tiennent mieux. On peut aussi espérer davantage d’introductions en Bourse, mais incidemment. Il s’agira de conséquences indirectes de la création du PEA-PME. Le marché primaire ne récoltera que des miettes.

 

Quelles sont les propositions de l’Afub ?
Si l’idée est de créer un marché de l’émission de titres puissant, il faut s’y prendre autrement. La problématique étant de drainer des flux d’épargne vers les entreprises, il aurait fallu prévoir une condition d’apport à l’émission de valeurs mobilières nouvelles, actions ou obligations. Etendre quelque peu l’accessibilité du PEA-PME avec une fiscalité plus incitative ne serait pas illogique : nous aurions parfaitement compris la mise en place d’une échéance à 8 ans sans taxation à la CSG-CRDS en contrepartie (actuellement, les prélèvements sociaux sont dus quelle que soit la durée de détention, NDLR).

 

Que pensez-vous de la proposition du gouvernement dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2014 d’augmenter les prélèvements sociaux en cas de retrait après 5 ans ?
C’est un signal totalement contradictoire. D’un côté, on propose de créer un deuxième PEA pour attirer un maximum de collecte en direction des PME à court de liquidités que l’on n’arrive pas à drainer par le système bancaire. De l’autre on fait le pari d’une mesure indolore pour les finances publiques avec des cotisations sociales plein pot. Cette façon de procéder laisse dubitatif sur la portée véritable du PEA-PME. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les différentes études d’impact font le grand écart, de 1 à 5 milliards d’euros de transferts d’épargne. Il serait dommage que cette réforme se résume à donner une deuxième jeunesse au PEA.

 

Propos recueillis par Olivier Brunet

 

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