Small caps : « Le PEA-PME, un impact haussier mécanique sur les cours »


INTERVIEW - IDMidCaps a réalisé pour Toutsurmesfinances.com une étude sur les small et midcaps à l'approche de la création du PEA-PME en 2014. Pour Sébastien Faijean, directeur associé du bureau d'analyse financière, les plus grandes valeurs éligibles pourraient paradoxalement être les premières bénéficiaires.

L'avis de Sébastien Faijean (IDMidCaps) sur le PEA PME et ses conséquences

Toutsurmesfinances.com : Un nouveau plan d’épargne en actions, le PEA-PME doit voir le jour le 1er janvier 2014. Quelles sont les valeurs éligibles et les valeurs qui n’en feront pas partie ?
Sébastien Faijean : Ce nouveau dispositif est destiné à orienter l’épargne vers le segment des PME-ETI. Les valeurs du CAC 40 ne pourront bien évidemment pas être logées dans un PEA PME. Une définition des sociétés éligibles a été annoncée : il faut qu’elles répondent aux critères de l’ETI ou entreprise de taille intermédiaire de l’Insee (moins de 5.000 salariés, de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires ou de 2 milliards d’euros de total bilan). Aucun critère de capitalisation ou d’appartenance à un segment de la cote n’a été retenu alors qu’Euronext vient de créer EnterNext pour promouvoir la Bourse des PME-ETI de moins d’un milliard d’euros de capitalisation, qui correspond aux compartiments B et C ainsi qu’à Alternext. Ces conditions posent problème : sur la base des critères retenus, 42 valeurs moyennes appartenant aux services aux entreprises comme l’intérim, aux services informatiques, aux services aux particuliers, équipementiers automobiles ne seraient de fait plus éligibles. 404 entreprises seront éligibles parmi lesquelles des grandes valeurs comme Ingenico, Rémy Cointreau, Eutelsat, Virbac. Cela apparaît un peu surprenant compte tenu de leur capitalisation boursière qui excède largement le milliard d’euros et au regard de l’objectif affiché de financer les PME. L’ensemble des valeurs éligibles au PEA-PME représente environ 30 milliards d’euros de flottant selon nos estimations basées sur le périmètre correspondant à la définition actuelle.

Quels effets peut-on attendre pour les small & midcaps ?
Il s’agit d’une excellente nouvelle pour le segment des valeurs petites et moyennes qui a souffert depuis 2008 d’une décollecte importante malgré d’excellentes performances tant boursières qu’économiques. Les canaux de collecte seront multiples : titres vifs, OPCVM, FCPI et FCPR sont concernés à conditions que ces fonds soient investis à 75% minimum en valeurs éligibles. Selon les estimations du gouvernement qui se fonde sur 60.000 détenteurs de PEA (qui sont au plafond de 132.000 euros) ayant intérêt à profiter de la nouvelle enveloppe, le nouveau dispositif pourrait attirer de l’ordre de 4 à 5 milliards d’euros en quelques années. 2 milliards sont attendus dès 2014 sur le segment des small & midcaps, dont une part importante sur les sociétés françaises. Une collecte de 2 milliards d’euros aurait un impact haussier mécanique sur les indices valeurs moyennes que nous estimons à plus de 5%.

 

Quelles valeurs seront les premières bénéficiaires du PEA PME ?
Difficile à dire même si nous pensons que les valeurs les plus liquides seront indubitablement recherchées en premier. Nous ne sommes cependant pas certains d’assister à un mouvement massif de « fly to quality » (priorité aux belles valeurs, NDLR). Les sociétés matures avec des modèles économiques pérennes sont devenues plus rares sur la cote parisienne puisque chaque année depuis 2008, entre 20 et 30 valeurs ont quitté la cote. Quelques chiffres illustrent parfaitement cette raréfaction : en 2012, les retraits de la cote ont représenté un chiffre d’affaires agrégé de 3,8 milliards d’euros et un résultat net part du groupe de 80 millions d’euros alors qu’en face les sociétés qui ont effectué leur introduction en Bourse ont au global représenté 800 millions d’euros de chiffre d’affaires mais 60 millions d’euros de perte nette. Ces chiffres montrent très clairement un appauvrissement du segment des valeurs moyennes : des sociétés matures se sont retirées parce qu’elles n’ont pas besoin de se financer sur le marché en profitant de niveaux de valorisation faibles alors que les sociétés qui sont venues se coter sont essentiellement des biotechs et des medtechs. Et la seule IPO (acronyme anglo-saxon d’introduction en Bourse, NDLR) qui a vraiment fonctionné l’an dernier est celle d’ID Logistics, transporteur routier qui a d’ailleurs représenté à lui-seul les trois quarts du chiffre d’affaires global des IPO. Ironie du sort, cette valeur ne sera pas éligible au PEA-PME puisque les effectifs du groupe sont de plus de 10.000 personnes…

 

Comment se comportent les cours de Bourse des petites et moyennes valeurs depuis le début de l’année 2013 ?
En 2013, les indices valeurs moyennes (Cac Mid & Small) vont une nouvelle fois faire mieux que les grandes valeurs. Sur les 11 dernières années, les small et midcaps auront battu les blue chips (grandes capitalisations, NDLR) 8 fois. Depuis le début de l’année, l’indice des petites et moyennes capitalisations affiche une progression de 24% contre 18% pour le CAC 40. Sur 11 ans, le CAC Mid & Small a gagné 182% quand l’indice phare n’augmentait que de 40%. L’indice des grandes valeurs n’a surperformé que les années de baisse bénéficiant du phénomène de fuite vers la liquidité à savoir en 2008 et en 2011. Les fondamentaux de cette surperformance sont bien connus : croissance plus dynamique, entreprises plus réactives opérant sur des marchés de niche ou des modèles économiques innovants. Notre credo chez IDMidCaps est de dire qu’il vaut mieux acheter des petites valeurs qui ont le potentiel de devenir des grandes que l’inverse. Il faut se rappeler que la meilleure performance sur le CAC 40 est Vallourec, société qui était une valeur moyenne en 2002 avec 500 millions d’euros de capitalisation boursière contre plus de 5 milliards d’euros aujourd’hui.

 

Dans ces conditions, les investisseurs ne risquent-ils pas de surpayer leurs achats de small et mid caps ?
Le risque de bulle spéculative sur les valeurs moyennes les plus liquides est déjà une réalité. Un exemple : Virbac se traite sur des multiples élevés comparativement à ceux observés sur son indice de référence, le mid60. En revanche, pour le reste de la cote, on est loin d’une bulle puisque le relatif désintérêt des investisseurs pour ce segment a conduit à une décote par rapport aux ratios de valorisation de 2006 de l’ordre de 20 à 40% en fonction des multiples et de la taille, les petites valeurs étant généralement plus décotées que les valeurs moyennes.

 

Quelles sont les titres à privilégier pour 2014 selon IDMidCaps ?
J’aurais envie de vous répondre toutes : les valeurs moyennes peuplent notre quotidien dans des secteurs aussi différents que les médias (NextRadioTV), l’agroalimentaire avec des sociétés comme Fleury Michon, dans les technologies avec Ingenico, la parfumerie et le luxe avec Interparfums, dans l’automobile avec des équipementiers comme Plastic Omnium ou MGI Coutier. Surtout ces valeurs présentent l’avantage d’apporter un alignement d’intérêt entre actionnaires minoritaires et majoritaires puisque bien souvent ce sont des entreprises avec un actionnariat familial et qui apportent performance en capital et rendement. Il faut donc ne pas hésiter à surpondérer son portefeuille avec des valeurs moyennes car à notre sens il n’y pas plus de risque d’investir dans Plastic Omnium que dans Peugeot ou encore dans Iliad plutôt que dans France Telecom.