Suppression de la pub sur le Forex : le danger guette toujours


Le ministre des Finances et des Comptes publics Michel Sapin a indiqué l'interdiction future de la publicité pour les plateformes en ligne proposant des instruments financiers risqués comme les options binaires et le Forex. Cette mesure ne constitue toutefois qu'un frein au développement des arnaques sur ces sites et non leur fin selon l'AMF.    

Pourquoi les investisseurs doivent encore se méfier du Forex malgré l'interdiction annoncée de la publicité.

Bientôt la fin de la publicité sur les sites proposant des investissements sur le marché des changes (Forex) et le trading d’options binaires ? Inscrite dans le projet de loi relatif à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique présenté en conseil des ministres le 30 mars 2016, cette mesure vise à « interdire purement et simplement la publicité pour des plateformes internet qui proposent des instruments financiers très risqués », a précisé le ministre des Finances et des Comptes publics Michel Sapin le jour même à Bercy. Est concernée « toute forme de communications à caractère promotionnel par voie électronique (e-mailings, bannières publicitaires en ligne…) envers les particuliers portant sur les instruments financiers particulièrement difficiles à comprendre et potentiellement très risqués », détaille ainsi le dossier de presse du texte.

Arnaque à grande échelle

Avec la suppression de la publicité pour les sites de Forex et d’options binaires prévue par le projet de loi Sapin II, les pouvoirs publics entendent lutter contre un fléau qui touche de plus en plus de Français. Le montant global estimé des pertes subies en six ans sur les plateformes illégales de trading en ligne de Forex, le marché des changes non régulé, les sites d’options binaires qui permettent de parier à la hausse ou à la baisse sur la variation d’un actif, ainsi que les faux ordres de virement atteint 4,5 milliards d’euros selon le procureur de la république de Paris, François Molins.

Dans le cadre d’une conférence de presse commune de l’Autorité des marchés financiers (AMF), l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et du procureur de la République, le magistrat a une nouvelle fois alerté les Français qui se laissent tenter par l’investissement dans le Forex ou les options binaires. Il s’agit pour la plupart « de fausses entreprises. L’argent investi n’est jamais placé sur les marchés, a expliqué François Molins. Les interlocuteurs n’ont aucune compétence en matière financière. » Même son de cloche du côté du secrétaire général de l’AMF Benoît de Juvigny, qui rappelle que « l’objectif des plateformes est uniquement d’obtenir un virement ou le numéro de carte bleue [des internautes, NDLR] ».

« Fuyez ce type d’investissements »

Pour ne pas se laisser tenter par les plateformes non agréées par l’Autorité des marchés financiers ou seulement agréés dans des pays où la réglementation est plus « souple », principalement à Chypre, un seul mot d’ordre : « Fuyez ce type d’investissements », avertit Benoît de Juvigny. Un message porté de longue date par l’AMF, qui a remporté une bataille avec la suppression annoncée de la publicité pour les sites de Forex et d’options binaires.

Toutefois, si Michel Sapin a affirmé vouloir s’appuyer sur l’Autorité des marchés financiers pour mettre en œuvre la fin des communications par voie électronique « qui contribuera à améliorer la protection » des internautes, le gendarme de la Bourse n’est pas dupe des effets de cette mesure. « Face aux escrocs, le droit est une arme importante mais limitée, nuance Benoît de Juvigny. Il s’agit d’un frein mais pas d’une interdiction », avoue le secrétaire général de l’AMF, reconnaissant que de nombreuses plateformes sont déjà interdites en France mais continuent pour autant à diffuser des publicités sur Internet. Ainsi, ses services, qui avaient recensé quatre sites non autorisés en France en 2010, en comptabilisent 360 aujourd’hui. Surtout, 44% des nouvelles publicités en ligne sur des placements financiers n’étaient autres que des communications de plateformes proposant du trading très spéculatif. A lui seul, un prestataire agréé à Chypre s’est ainsi fendu de 83 nouvelles publicités l’an passé !

Entre 90 et 100% des investissements perdants

Autre inquiétude soulevée par le régulateur français, les partenariats noués par la plupart des grands clubs de football français avec des sites proposant du trading d’options binaires. Le Paris-Saint-Germain, l’AS Monaco, l’OGC Nice, l’Olympique Lyonnais et l’AS Saint-Etienne permettent ainsi à ces plateformes d’obtenir une exposition significative auprès de publics peu rompus à l’investissement sur les marchés financiers. « Ces accords vont permettre de démultiplier les accroches commerciales », déplore Benoît de Juvigny… et mettre en danger les internautes puisque trois des cinq sociétés en question ont déjà été sanctionnées par le régulateur chypriote.

Autant dire que la suppression dans les textes de loi de la publicité des plateformes de Forex et d’options binaires est une chose mais que leur disparition effective en est une autre.

Face à cette menace qui touche un public chaque jour plus nombreux, l’AMF se retrouve donc relativement désarmée et mise plus que jamais sur la prévention auprès des Français. Une alerte à la hauteur des enjeux et des risques pris par les internautes sensibles aux promesses des escrocs car la réalité est tout autre : 100% des investissements sont perdants sur les plateformes non autorisées, le taux de perte s’affichant encore à 90% sur les acteurs agréés par le gendarme de la Bourse.

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