Vers une révision du taux du Livret A avant le premier tour de l’élection présidentielle ?


Simple, liquide et défiscalisé, le livret A continue de capter une large part de l'épargne des Français malgré un taux de rémunération inférieur à l'inflation. Son mode de révision prévoit une possibilité de réajustement en cas de circonstances exceptionnelles une semaine tout juste avant le premier tour de l'élection présidentielle. Mais les conditions ne semblent pas réunies pour augmenter son taux de rémunération.

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A fin février 2012, la collecte cumulée du livret A s’est élevée à 5,9 milliards depuis le début de l’année, pour un encours global de 222,8 milliards d’euros, en progression de 10,9% en un an. Comment expliquer ce succès alors que son taux, maintenu à 2,25% en février 2012, demeure inférieur à celui de l’inflation hors tabac (2,3% en février, selon l’Insee) et offre ainsi un rendement réel négatif ? Un sondage Ifop mené en mars 2012 démontrait la confiance des Français envers ce produit considéré comme « fiable » du fait de sa garantie publique, et liquide. A défaut d’être rentable ?

Taux en berne

En effet, si l’on se réfère au mode de calcul du taux du livret, en fonction de l’indice des prix à la consommation et des taux courts de marché, ce dernier devrait atteindre aujourd’hui 2,75%. Cette révision étant prévue deux fois par an par la loi, au 1er février et au 1er août. Mais au moment de sa dernière réévaluation, le gouverneur de la banque de France Christian Noyer en avait décidé autrement. Sur sa recommandation, l’Etat avait ainsi dérogé à la règle de calcul automatique du taux du Livret A et décidé son maintien à 2,25%. Le gouvernement avait par ailleurs justifié cette décision sous prétexte de « perspectives de baisse de l’inflation » pour 2012. Une prévision que la Commission économique de la Nation (CEN), présidée par François Baroin a confirmé le 28 mars 2012 en fixant le taux d’inflation hors tabac à +1,8% pour 2012.

Circonstances exceptionnelles difficiles à invoquer

Cette prévision de la CEN va-t-elle tenir ? Les économistes du Crédit Agricole soulignent la « remontée des cours du pétrole […] poussant à la hausse les prix énergétiques » dans une étude parue le 30 mars. D’ailleurs, dans sa dernière note de conjoncture du mois de mars, l’Insee a relevé sa prévision d’inflation annuelle à 2,2% à fin juin contre +1,4% escomptés à fin décembre 2011. A l’approche des élections, certaines organisations syndicales en profitent pour réclamer une nouvelle révision du taux du livret A, à l’occasion d’une des deux « fenêtres » prévues dans l’année (le 15 avril et le 15 octobre) pour corriger ce taux. « Le maintien du taux était une forfaiture ! […] Le constat d’une inflation au-dessus de 2 % en fait une spoliation des épargnants populaires », avance ainsi Jean-Philippe Gasparotto, membre de la CGT de la Caisse des dépôts (centralisant 65% de l’épargne réglementé), cité par Le Monde. Une vision que ne partage pas la Banque de France (BdF) relevant que ces dates ne sont juridiquement utilisables qu’en cas de « variation d’inflation ou des marchés monétaires […] très importante ». Une position confirmée par un chargé de communication de l’établissement, qui rappelle que « les corrections, en dehors des dates normales de révisions du taux du livret A, nécessitent vraiment des circonstances exceptionnelles ».

Par ailleurs, pour l’économiste Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des épargnants, « les conditions actuelles devraient conduire à un taux de rémunération de 2,50% ou 2,75% du Livret A ». Mais d’un point de vue économique, un tel taux le rapprocherait trop des taux longs (OAT 10 ans d’environ 2,80%). Le financement du logement social par l’intermédiaire du Livret A deviendrait « sans intérêt » par rapport au taux du marché devenus moins cher. En attendant, le statu quo atténue la concurrence du Livret A vis-à-vis d’autres produits d’épargne longue, comme l’assurance vie, qui est l’un des principaux vecteurs de financement de l’Etat français. Le mois de février a été marqué par un coup d’arrêt de la décollecte de l’assurance vie qui durait depuis 6 mois, au moment où le taux de rémunération du Livret A restait inchangé.

Mais le calendrier politique pourrait changer la donne. La prochaine « fenêtre » se trouve exactement à une semaine du premier tour de l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy pourrait-il se servir de ce dernier argument politique à quelques jours du scrutin, le Livret A étant détenu par près de 60 millions de Français ? Philippe Crevel n’y croit guère. « Si le gouvernement avait dû prendre ce genre de décision politique, il l’aurait déjà prise en janvier », estime-t-il. Le candidat socialiste François Hollande a pour sa part proposé de doubler le plafond du Livret A afin de « mobiliser l’épargne ». Les deux dernières modifications du taux du Livret A remontent au 1er février 2011 (de 1,75% à 2%) et au 1er août 2011 (à 2,25%).