« A l’OCDE nous proposons de rendre optionnelles les pensions de réversions »


INTERVIEW – A l'occasion de la remise mardi 19 mars 2013 du rapport de l'OCDE (Organisme de coopération et de développement économiques) sur la santé économique de la France, son économiste du bureau France/Pologne, Balazs Egert, nous précise quelles sont les orientations en matière de retraite, préconisées par l'organisation internationale.

retraite, ocde, egert

Toutsurlaretraite.com : Combien de temps faudra-t-il pour passer d’un régime par répartition classique à un système universel par point comme vous le préconisez ? Cela règle-t-il les problèmes financiers à court-terme ?
Balazs Egert : Il s’agit bien sûr de réformes qui prennent beaucoup de temps. Si vous regardez les pays qui ont réalisé de telles réformes, comme la Suède et la Pologne par exemple, de longues périodes de transition ont été nécessaires. En Pologne, elle doit durer quinze ans. Ce type de mesure n’affecte donc pas les gens qui vont partir à la retraite demain mais plutôt les populations sur 20 ou 30 ans. De même, les économies vont bien évidemment prendre du temps et auront peu d’effets immédiats sur les finances publiques.
Un régime universel par point ne risque-t-il pas d’accroitre les disparités ?
Cela dépend comment est construit le système. Dans un système sans redistribution, chacun perçoit effectivement ce qu’il a cotisé. Mais il reste possible de mettre en place des leviers de redistribution par l’intermédiaire d’une retraite-plancher et l’introduction d’une plage proportionnelle. On peut également imaginer qu’à partir d’un certain seuil supérieur, les retraités les plus aisés perçoivent des pensions inférieures à leurs cotisations. En tout cas il n’y a pas de problème de redistribution dans le système. C’est une décision politique.
Mais ce n’est pas la seule raison qui nous pousse à recommander un tel régime. Le régime unique par point se justifie également au regard de la fragmentation du système français qui regroupe près de 90 régimes différents, 40 obligatoires et 50 complémentaires ! Ce système n’a évidemment aucune lisibilité. Si l’on passe du privé au public, il apparait très difficile de connaitre le montant de pension que l’on percevra. Ce système décourage ainsi la mobilité professionnelle. A l’inverse, un système unique devient transparent pour tout le monde. Il résoudra beaucoup des inégalités ou simplement du sentiment d’injustice qui peut résulter de la multiplication des régimes. Lorsqu’un paramètre de ce système sera modifié, il affectera tout le monde en même temps et les effets seront apparent pour tout le monde.
Un allongement de la durée de cotisation reste-t-il malgré tout inévitable ?
Si l’espérance de vie augmente sans que les gouvernements ne modifient la période de cotisation ni l’âge de départ à la retraite, le système se dirige mécaniquement vers un déséquilibre. Il faudra en effet payer davantage et pendant plus longtemps avec des recettes identiques.
L’avantage d’un système par point réside dans le fait qu’il laisse potentiellement le choix aux individus : soit il cotise moins longtemps et reçoit en conséquence une pension de retraite moins importante, soit il cotise plus longtemps et perçoit une retraite plus élevée. Cela devient un choix personnel.
L’OCDE préconise de rendre les pensions de réversion optionnelles, comment fonctionnerait ce système ?
Dans le système actuel, à l’exception des couples mariés, vous perdez l’ensemble des droits que vous avez accumulé en cas de décès. Il s’agit d’un système avec redistribution des célibataires vers les mariés, dont les couples ne payent pas les coûts. Ce que l’OCDE propose c’est d’individualiser les coûts.
Cette pension de réversion sur option consiste à demander aux futurs retraités de cotiser davantage ou de diminuer leur pension dans le but de pouvoir transférer sa retraite au survivant. Mais chacun aura le choix de souscrire ou non à cette possibilité. D’autres pays pratiquent déjà ce mécanisme, comme aux Pays-Bas où il n’existe pas du tout de pension de réversion et en Suède où il s’agit d’une option choisie au niveau individuel.
Ce système permettra ainsi de réaliser des économies substantielles en réduisant les dépenses de retraites de la France, qui sont dans les plus élevées des pays de l’OCDE derrière l’Italie.

Le secrétaire général de l’OCDE avait proposé récemment l’indexation des retraites à l’espérance de vie. Pouvez-vous en élaborer un peu plus ?
L’OCDE propose d’indexer automatiquement les pensions au moment du départ à la retraite sur l’espérance de vie. En France, le principe d’indexation sur l’espérance de vie existe déjà en quelque sorte depuis la réforme de Fillon de 2003 qui modifie la période de cotisation en fonction de l’espérance de vie mesurée par l’Insee, jusqu’en 2020. Mais de telles décisions ne doivent pas dépendre du gouvernement seul, qui sait qu’allonger la période de cotisation n’est pas une décision appréciée par l’opinion publique. Il faudrait plutôt mettre en place une indexation automatique via un règle automatique simple : la période de cotisation et l’âge légal de départ à la retraite nécessaires seront modifiés automatiquement chaque année en fonction du changement de l’espérance de vie.

Propos recueillis par Pierre Havez