Agirc-Arrco : la Cour des comptes pour un départ à 64 ans


Dans un rapport à paraître, dévoilé en partie par Le Parisien du 15 décembre 2014, les Sages de la rue Cambon préconisent un recul de deux ans de l'âge de départ pour les retraites complémentaires du privé afin de résorber leurs déficits.    

le fronton de la Cour des comptes

Pour sauver l’Agirc et l’Arrco, la Cour des comptes prône un report de 62 à 64 ans de l’âge de départ pour les retraites complémentaires du privé. Cette proposition choc figure dans un rapport que la haute juridiction va publier le 18 décembre 2014 mais dont les grandes lignes ont été révélées par Le Parisien dans son édition du 15 décembre.

« Un recul moyen de deux ans progressivement sur quatre générations à partir de celle née en 1956 dégagerait une marge de financement cumulée d’entre 59 et 94 milliards d’euros, selon les hypothèses retenues », estiment les Sages de la rue Cambon. Or, il faut bien cela pour résorber l’énorme déficit cumulé des deux régimes complémentaires, évalué par la Cour des comptes à 132 milliards d’euros en 2030 et 390 milliards d’euros en 2040.

Leviers insuffisants

Comme les autres régimes, l’Arrco (le régime complémentaire de tous les salariés) et l’Agirc (le régime complémentaire des seuls cadres) doivent faire face à la fois à l’allongement de l’espérance de vie et à l’arrivée massive à la retraite des « baby-boomers », cette génération un tiers plus nombreuse que les autres classes d’âge. Problème : contrairement au régime général de la Sécurité sociale, les statuts de l’Agirc et de l’Arrco ne leur permettent pas d’emprunter sur les marchés financiers.

Les deux régimes ont eu la sagesse de se constituer des réserves entre 1998 et 2008 (jusqu’à 60 milliards d’euros), rappelle la Cour des comptes. Las, ces dernières devraient être épuisées d’ici 2018 pour l’Agirc et d’ici 2027 pour l’Arrco. Les partenaires sociaux, gestionnaires des régimes, ont bien signé des accords (cinq depuis 1993) instaurant des hausses de cotisation, une baisse des rendements et une désindexation des pensions. Ces leviers n’ont pas suffi.

L’éternelle fusion Agirc-Arrco

D’où la préconisation de la Cour des comptes de décaler de deux ans l’âge de départ. Ce recul permettrait de repousser l’épuisement des réserves à 2030. Si cette solution va dans le sens du Medef, elle est très mal accueillie par les syndicats de salariés qui craignent un alignement à terme de l’âge de départ du régime de base également à 64 ans.

Autre gisement possible d’économies : les frais de fonctionnement de l’Agirc-Arrco. « Les coûts de gestion sont supérieurs de 20% à ceux de la Cnav (Caisse nationale d’assurance vieillesse, NDLR) », soulignent les Sages. La faute à des salaires plus élevés et à la délégation de gestion auprès des groupes de protection sociale (AG2R La Mondiale, Humanis, Malakoff-Médéric…).

Autant de surcoûts d’autant moins acceptables que la qualité de service ne serait pas au rendez-vous. « En 2012, près de 10% des assurés Agirc et 20% des assurés Arrco faisaient l’objet d’une liquidation erronée de leur pension », rappelle la Cour. « Dans les trois quarts des cas, […], les erreurs se font au détriment des assurés. » L’une des solutions serait la fusion tant de fois évoquée de l’Agirc et de l’Arrco. Une hypothèse toujours rejetée par le syndicat de l’encadrement CFE-CGC qui y voit la mort programmée du statut cadre.

 

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