Bruxelles prévoit un fort recul des dépenses de retraites en France


D'après des travaux de la Commission européenne révélés par un document de l'Insee diffusé le 27 août 2015, la part de la richesse nationale consacrée aux pensions va baisser d'ici 2060 deux fois plus fortement qu'attendu dans l'Hexagone.    

Selon Bruxelles, la France consacrera moins de sa richesse nationale aux retraites en 2060 que la moyenne européenne

Le poids en France des dépenses de retraite pourrait baisser dans des proportions nettement plus importantes que prévu. Selon un document de l’Insee publié le 27 août 2015 reprenant des travaux de la Commission européenne auxquels l’institut national de la statistique a participé aux côté du Trésor, la part des prestations vieillesse dans le produit intérieur brut (PIB) français devrait reculer de 2,6% entre 2013 et 2060. Soit une baisse deux fois plus élevée que le repli de 1,3% annoncé par le Conseil d’orientation des retraites (COR), l’organisme de référence placé sous l’autorité de Matignon, dans son dernier rapport annuel.

Mieux : toujours d’après Bruxelles, avec 12,1% du PIB consacrés aux pensions, l’Hexagone dépensera en 2060 moins proportionnellement pour ses retraites que la plupart des autres pays européens (12,3% du PIB en moyenne). Si l’écart de prévision entre le COR et la Commission est si important, c’est parce que les deux institutions ne se basent pas sur les mêmes hypothèses.

Une natalité plus vigoureuse

Première différence : l’exécutif européen estime que la natalité tricolore sera plus vigoureuse. Alors que le COR prévoit un indice de fécondité de 1,95 enfant par femme entre 2013 et 2060, Bruxelles table sur 1,99 enfant par femme sur la même période. De 2013 à 2060, la moyenne européenne se situerait, elle, à seulement 1,64 enfant par femme. Du coup, en dépit de la poursuite de l’augmentation de l’espérance de vie, « la France conserverait une population relativement jeune en comparaison de ses voisins européens », souligne l’Insee.

Cette démographie vigoureuse aura pour conséquence de « diluer » les dépenses consacrées aux retraités. Elle représenterait à elle seule 0,8 point sur les 2,6% de baisse envisagée par la Commission. Bruxelles et le COR ne sont pas non plus d’accord sur la productivité au travail. Le premier estime en moyenne à 1,5% les gains engrangés chaque année, contre 1,3% pour le second. Cet optimisme bruxellois (la productivité reflète la croissance économique) se traduit par 0,4 point de baisse de la part des dépenses de retraites dans le PIB français.

Un chômage plus élevé

Le 0,1 point restant s’explique par des prévisions de chômage plus sombres : un taux de 7,5% en moyenne entre 2013 et 2060 pour la Commission (entre 4,5% et 7% pour le COR). Or, un nombre plus élevé de chômeurs constitue paradoxalement une bonne nouvelle pour les futures dépenses de retraite : ayant moins travaillé (et donc moins cotisé), les anciens demandeurs d’emploi perçoivent des pensions souvent moins élevées.

Reste que si le poids des dépenses de retraites devrait être moins important en France, la baisse ne sera pas homogène. Bruxelles distingue quatre phases. Jusqu’en 2020, le repli sera relativement faible, de l’ordre de 0,3%. Il sera dû en grande partie à la liquidation plus tardive des droits consécutive au report de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans, instauré par la loi Woerth de 2010.

Une baisse en dents de scie

De 2020 à 2025, le poids des dépenses de retraites devrait revenir à son niveau de 2013. « Cette remontée résulterait des effets conjugués d’une croissance moins dynamique et de la poursuite du vieillissement de la population », explique l’Insee. En outre, « la réforme de 2010 aurait atteint ses pleins effets ».

De 2025 à 2040, la part des pensions dans la richesse nationale chuterait suite à l’allongement de la durée de cotisation de 41,5 à 43 ans mis en place par la réforme de 2014 et par l’indexation sur l’inflation (et non plus sur les salaires) des revenus pris en compte dans le calcul des retraites instaurée par la loi Balladur de 1993. « Parallèlement, le recul du chômage sur la période et l’accélération de la productivité viendraient alléger le poids des pensions rapportées au PIB. » Enfin, de 2040 à 2060, la baisse devrait continuer mais plus modérément.

 

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