« C'est regrettable que les candidats à la présidentielle ne parlent pas de la retraite progressive »

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INTERVIEW – A l'occasion de la sortie de son livre sur la préparation à la retraite (*), Philippe Caré revient sur la retraite progressive qui lui tient particulièrement à cœur. Le directeur de la stratégie RH et rémunération chez le courtier Siaci Saint Honoré déplore notamment que ce dispositif, qui permet de percevoir une partie de sa future pension tout en travaillant à temps partiel, ne soit pas présent dans le débat pour l'élection présidentielle.

Philippe Caré, directeur stratégie RH et rémunération chez Siaci Saint Honoré

 

Toutsurmesfinances.com : Vous militez pour le développement de la retraite progressive, c'est-à-dire la possibilité pour les seniors de travailler à temps partiel en fin de carrière tout en touchant une fraction de leur future pension. Pour quelles raisons ?

Philippe Caré, directeur stratégie RH et rémunération chez Siaci Saint Honoré : Défendre la retraite progressive est une vieille lutte chez moi qui prend ses racines dans mon histoire personnelle. Mon père a perdu son travail à 53 ans et n'a plus jamais retrouvé d'emploi stable par la suite. Je trouve que le chômage des seniors est un énorme gâchis et un vrai problème de société. Les personnes qui ont travaillé 30 ou 40 ans méritent une sortie de la vie active plus honorable.

La question est d'autant plus cruciale que, dans le cadre des négociations actuelles entre le patronat et les syndicats sur l'assurance chômage, les conditions d'indemnisation des demandeurs d'emploi âgés pourraient être revues à la baisse alors même que l'espérance de vie continue de progresser. J'estime que la retraite progressive peut être une solution pour lutter contre le chômage des plus de 50 ans.

Non seulement le dispositif permet de garder les seniors en activité, mais il se traduit par des économies pour la collectivité. En travaillant plus longtemps, le salarié continue de cotiser alors que, s'il était au chômage, c'est la solidarité nationale qui prendrait en charge ses cotisations.

Si la retraite progressive présente autant d'avantages, pourquoi est-elle si peu utilisée ?

Le dispositif, qui a été instauré par la loi Fillon de 2003, a longtemps recueilli à peine 1.500 à 2.000 demandes par an. Depuis l'assouplissement des conditions d'accès à la retraite progressive par la réforme Touraine de 2014, le nombre de dossiers est passé à 8.000 par an, ce qui reste anecdotique sachant qu'environ 300.000 Français partent à la retraite chaque année.

Plusieurs raisons expliquent ce faible engouement pour la retraite progressive. Tout d'abord, peu d'assurés connaissent le dispositif. Ensuite, jusqu'en 2014, la retraite progressive était accessible seulement à compter de l'âge de départ à la retraite. Les employeurs ne voyaient pas l'intérêt de monter le dossier et d'adapter le poste du senior alors que celui-ci allait quitter l'entreprise quelques mois plus tard. En abaissant la condition d'âge de la retraite progressive à 60 ans, la réforme de 2014 a rendu le dispositif plus intéressant pour les employeurs puisque le salarié va rester au moins deux ans dans l'entreprise.

La dernière raison est que nous ne sommes pas encore sortis en France de la culture de la pré-retraite. Durant des décennies, il était devenu quasiment normal de quitter la vie professionnelle à partir de 55 ans. Cela arrangeait à la fois les salariés et les employeurs. Même les syndicats étaient favorables à cette forme de retraite anticipée. La retraite progressive bouscule les mentalités puisqu'elle se traduit par un maintien en activité après 60 ans.

Comment rendre la retraite progressive plus séduisante ?

Pour les salariés, il suffit de leur expliquer qu'en travaillant plus longtemps, ils cotisent davantage et améliorent ainsi leur retraite future. Pour les employeurs, on peut bien sûr leur parler de l'intérêt de préserver et de transmettre les savoir-faire. En gérant les fins de carrière de leurs salariés, ils oeuvrent également à la bonne image sociétale de leur entreprise.

Surtout, il faudrait que la retraite progressive s'accompagne d'allègement de charges patronales. On pourrait imaginer que les employeurs soient, par exemple, exonérés de cotisation chômage sur les salaires des bénéficiaires de la retraite progressive puisque ces derniers évitent, grâce au dispositif, de pointer à Pôle emploi.

Pourquoi, selon vous, aucun candidat à la présidentielle ne parle de la retraite progressive ?

C'est vrai et c'est bien regrettable. Je pense que le sujet est jugé trop technique par les candidats. Peut-être aussi que promouvoir le travail après 60 ans n'est pas très vendeur électoralement parlant...

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

(*) « Construire sa retraite – Quand on est salarié et qu'on a 50 ans », Philippe Caré, Editions Eyrolles, 208 pages, 18 euros.

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