Epargne retraite : « Il faut fermer Corem »


INTERVIEW - Dans un communiqué diffusé le 29 juin 2014, l'Association nationale des fonctionnaires épargnant pour la retraite (Arcaf) estime que le « trou » du Complément de retraite mutualiste (Corem) atteindrait 2,5 milliards d'euros. Son président, Guillaume Prache, souhaite la fermeture de ce régime de retraite facultatif.    

Guillaume Prache, président de l'Arcaf

Toutsurlaretraite.com : Pourquoi dites-vous que le « trou » du Corem est plus important qu’annoncé ?
Guillaume Prache : Dans son rapport annuel 2013, l’UMR (Union mutualiste retraite, NDLR), le gestionnaire des contrats Corem, mentionne page 61 un défaut de provisionnement de ses engagements envers les adhérents de 459 millions d’euros à fin 2013. En clair, il manque cette somme pour assurer que les rentes promises seront bien versées. Ce qui, en soit, est inquiétant. Mais ce qui l’est encore plus, c’est que, d’après nos calculs effectués avec l’aide d’un actuaire, le défaut de provisionnement serait, en réalité, quatre fois plus important !

 

Pour quelles raisons ?
Tout d’abord, l’UMR se base sur les tables de mortalité de 1993 et non sur celles de 2005 en vigueur actuellement et qui intègrent l’allongement de l’espérance de vie. Ce qui signifie que la mutuelle ne prend pas en compte le fait qu’elle va devoir verser des rentes plus longtemps puisque ses adhérents vont vivre plus longtemps. Ensuite, le taux d’actualisation est trop élevé. Ce pourcentage correspond au taux d’intérêt espéré des placements réalisés par la mutuelle et qui viennent réduire son besoin de provisionnement. L’UMR indique un taux de 3% alors que le rendement maximum à utiliser pour ce calcul selon les règles en vigueur se situe actuellement à 1,45%. Pour toutes ces raisons, le défaut de provisionnement ne s’élèverait pas à 459 millions d’euros comme indiqué dans le rapport annuel de l’UMR mais à 2,5 milliards, voire 2,8 milliards d’euros.

 

D’où votre saisine le 5 juin de l’Autorité de contrôle ?
Oui, car il faut arrêter d’abuser les épargnants. L’UMR doit indiquer, comme la réglementation l’exige, le montant de son défaut de provisionnement mais aussi l’absence de revalorisation des rentes versées. Pour réduire son « trou », la mutuelle a en effet décidé de ne pas revaloriser les rentes. De 2002 à 2013, ses adhérents ont ainsi subi une perte de 16% de leur pouvoir d’achat. C’est d’autant plus grave que l’UMR se garde bien de le dire. Pire : pour la seule année 2013, la mutuelle a recruté 8.000 nouveaux adhérents qui se sont ajoutés aux 400.000 existants.

 

La situation peut-elle empirer ?
Le trou ne va cesser de se creuser sous l’effet de l’augmentation de l’espérance de vie et de la baisse persistante des rendements des placements. Il faut dire la vérité aux épargnants et fermer le régime au plus tôt comme cela a été fait dans le passé pour le CRH (Complément de retraite pour les hospitaliers, NDLR). Le trou devra alors être comblé par l’UMR mais aussi par l’Etat qui a manqué de vigilance sur ce dossier en dépit de nos alertes. La plainte du 5 juin est la troisième déposée par l’Arcaf auprès de l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, NDLR) en 12 ans.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

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