« Il faudrait développer une retraite progressive privée »


INTERVIEW – Selon des statistiques rendues publiques le 8 mars 2016, 3.871 personnes ont décidé de passer à temps partiel tout en touchant une fraction de leur future retraite en 2015, contre 1.502 en 2014. Un bond qui n'étonne pas Cédric Ramos Guerrero, consultant Epargne Retraite Entreprise au sein du courtier Siaci Saint Honore, pour qui il faudrait aller plus loin dans le dispositif.    

Cédric Ramos Guerrero, consultant Epargne Retraite Entreprise chez Siaci Saint-Honoré

Toutsurmesfinances.com : Le nombre de nouveaux bénéficiaires de la retraite progressive a augmenté de 158% en un an. Cette hausse vous surprend-elle ?
Cédric Ramos Guerrero, consultant Epargne Retraite Entreprise chez Siaci Saint Honore : Pas vraiment. Elle est consécutive à l’abaissement de l’âge d’accès à la retraite progressive de 62 à 60 ans. Les entreprises n’utilisaient pas ce dispositif qui permet aux salariés de travailler à temps partiel tout en percevant une fraction de leur future retraite car il devenait disponible trop tard. Toutefois, il aurait fallu aller plus loin. Les entreprises commencent à réfléchir à la gestion de la fin de carrière de leurs collaborateurs quand ceux-ci atteignent 55 ans.

Mais les régimes obligatoires ne peuvent financièrement pas verser des pensions à partir de 55 ans !
C’est pourquoi il faudrait développer une sorte de retraite progressive privée. L’employeur calculerait la fraction de la pension que le régime obligatoire servira à 60 ans. Sur cette base, il verserait une prime au salarié qui viendrait compléter sa rémunération à temps partiel. Puis à 60 ans, la caisse de retraite prendrait le relais. On pourrait également imaginer d’instaurer des incitations au départ à la retraite.

Que voulez-vous dire ?
En France, ce sont les salariés qui décident quand ils prennent leur retraite. Les directions des ressources humaines n’ont aucune visibilité sur les départs. Ce qui ne facilite pas leur gestion des pyramides des âges. Si les salariés acceptent de prévenir leur DRH 12 mois à l’avance et s’engagent à liquider leur retraite dès l’acquisition de leur taux plein, ils pourraient bénéficier, par exemple, d’un abondement spécifique de leur Perco (plan d’épargne retraite collectif, NDLR) ou un bonus à leurs indemnités de fin de carrière.

Ces dispositifs pourraient-ils s’appliquer à toutes les entreprises ?
Non, cela concernerait surtout les grands groupes. Dans les petites et moyennes entreprises, la gestion des fins de carrière est moins collective et nettement plus individualisée. Elle passe souvent par la conclusion d’une rupture conventionnelle entre l’employeur et le salarié. En revanche, contrairement aux idées reçues, le vieillissement des effectifs et la baisse de la productivité qui en résulte n’inquiètent pas seulement les gros industriels. Les groupes de services, et notamment les banques, sont également confrontés à ces problématiques‎.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

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