« Il faut aligner les règles de retraite du public sur le privé »

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INTERVIEW – L'Institut Montaigne a publié le 17 février 2016 une note appelant à une nouvelle réforme des retraites. Parmi les mesures proposées, Laurent Bigorgne, le directeur du « think tank » d'obédience libérale, prône un alignement des règles de calcul des pensions du secteur public sur celles du secteur privé, y compris pour les fonctionnaires aujourd'hui en poste.

 

Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne

 

Toutsurmesfinances.com : Dans votre note parue le 17 février 2016, vous militez pour l'adoption rapide d'une loi sur les retraites. Pourquoi une telle urgence alors que la dernière réforme date de 2014 ?
Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne : Selon le rapport du Conseil d'orientation des retraites publié en juin 2015, le déficit des régimes devrait, selon les scénarios retenus, représenter chaque année entre 0,7% et 0,9% du PIB (produit intérieur brut, NDLR) d'ici à 2040. Ce pourcentage peut paraître faible. En réalité, les sommes en jeu sont considérables si l'on mesure qu'un point de PIB représente 20 milliards d'euros. Ce déficit constitue une dette qui s'accumule sur les générations à venir sans financer, en retour, un investissement ou un actif. C'est pourquoi il faut agir vite.

Les réformes des retraites passées n'ont-elles servi à rien ?
Au cours des 20 dernières années, il y a eu six réformes des retraites. Elles ont eu des effets très importants, notamment celles de 1993 et de 2010. On peut dire qu'elles ont permis de résoudre environ les deux tiers du problème à long terme. Toutefois, certaines mesures de ces réformes sont allées en sens inverse et pèsent sur les finances sociales. Au total, la question du financement à long terme des régimes obligatoires de retraite français par répartition n'est pas complètement réglée. Il s'agit d'un enjeu important en vue du débat pour les élections présidentielles de 2017.

Vous ne semblez pas forcément favorable à une réforme « systémique » que certains appellent de leurs voeux. Pour quelles raisons ?
Instaurer un régime unique en points ou en comptes notionnels a des avantages indéniables, notamment en termes de lisibilité. Mais en soi ceci ne règle rien quant à l'équilibre des régimes. Sa mise en place pourrait même s'avérer coûteuse si elle est mal calibrée ou si on veut compenser des situations de « perdants » qui ne manqueront pas d'apparaître. En outre, un tel projet d'envergure prendra, dans tous les cas, du temps. On ne peut donc pas se permettre de tout renvoyer à une réforme systémique. Il faut agir sur les paramètres sans attendre, même si cela n'exclut pas une réflexion systémique à plus long terme.

Vous préconisez de reculer à la fois l'âge de départ et d'augmenter la durée de cotisation. Ne serait-ce pas doublement pénalisant pour les assurés ?
Au contraire, cela permettrait de répartir l'effort à fournir. En décalant l'âge de la retraite à 63 ans et en accélérant l'augmentation à 43 ans de la durée d'assurance, on peut rééquilibrer les régimes à la fin du prochain quinquennat ou peu après. Les paramètres devront ensuite continuer d'évoluer en fonction des gains d'espérance de vie pour maintenir l'équilibre. Enfin, le niveau de revalorisation des pensions doit aussi être utilisé comme levier, et notamment prendre en compte la situation économique qui pèse aussi sur le financement des régimes.

Vous souhaitez un alignement total des règles de calcul des pensions du public sur celles du privé, y compris pour les fonctionnaires actuellement en poste. Est-ce qu'une telle bascule est techniquement réalisable ?
La faisabilité technique d'une telle réforme suppose qu'on ait gardé un relevé des carrières pour les fonctionnaires en poste, ce qui paraît une hypothèse raisonnable. Quant à la faisabilité politique, elle suppose bien sûr une annonce claire au cours du débat de 2017. Appliquer les nouvelles règles uniquement aux nouveaux recrutements serait déjà un progrès, mais cela conduit à lisser les effets de la réforme sur plus de 60 ans ! Il faut aller plus vite et appliquer d'emblée les nouvelles règles aux fonctionnaires en poste à condition qu'ils soient situés suffisamment loin de l'âge de la retraite. Nous proposons 7 ans, mais c'est un point de débat possible.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

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