« Il faut s’atteler dès maintenant à la réforme systémique des retraites »


INTERVIEW – En dépit de la réforme de 2010, le système de retraite devrait encore être en déficit en 2020, selon un rapport à paraître du COR que l'AFP a pu se procurer. Réaction de Jean Berthon, président de la Faider*, qui regroupe les principales associations d'épargnants.

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Toutsurlaretraite.com : le Conseil d’orientation des retraites (COR) devrait présenter ce 19 décembre des projections plus alarmistes que prévu sur le système des retraites dont le déficit pourrait atteindre 24,9 milliards d’euros en 2020. Etes-vous surpris par ces mauvais chiffres ?
Jean Berthon : Non, il fallait s’y attendre. Il y a bien sûr le ralentissement économique qui limite les marges de manœuvre financières et la montée du chômage qui réduit le nombre d’actifs et donc de cotisants. Mais surtout, on paye aujourd’hui les hypothèses exagérément positives de croissance, de productivité et de taux d’activité qui ont servi de base aux réformes des retraites, dont la loi Woerth de 2010. Des mauvaises mesures ont même été prises, comme récemment l’âge de départ à 60 ans pour les carrières longues. Si le coût de ce dispositif ne devrait pas être excessif, il ne donne pas un bon signal aux Français.


Quelles mesures faudrait-il adopter, selon vous, pour réduire le déficit ?

Je suis tenté de dire que toutes les pistes sont à explorer tant la situation est grave que ce soit l’augmentation des prélèvements, le gel des pensions, l’allongement de la durée de cotisation ou la désindexation des retraites sur l’inflation. Mais, d’après moi, on ne peut pas ne pas reculer l’âge de départ à la retraite. Quelle que soit la conjoncture économique, notre système de retraite par répartition fait face à un déficit structurel lié au vieillissement de la population. La période pendant laquelle on touche sa retraite ne cesse de s’allonger. Ce n’est pas tenable ! D’ailleurs, si les autres pays développés ont reporté l’âge de la retraite à 65, voire 67 ans, ce n’est pas par hasard. Je ne vois pas pourquoi la France ferait exception.


Mais lorsqu’on les interroge, les Français déclarent préférer partir à 62 ans, même s’ils ne disposent pas de tous leurs trimestres….

D’une manière générale, il faut arrêter de penser qu’il est bien de partir tôt à la retraite. Toutes les études montrent que rester actif plus longtemps permet d’augmenter l’espérance de vie. Je rappelle que dans les années 50, les Français partaient à la retraite à 67 ans. De toute façon, je le répète, on ne peut pas faire autrement si nous voulons sauver nos régimes de retraite par répartition.


Etes-vous favorable à une réforme « systémique », basée sur une refonte du système, plutôt qu’à un ajustement des paramètres telle que la durée de cotisation ?

Oui et il faut s’y atteler dès maintenant si l’on veut stabiliser le système. Il faudra tendre vers un système où la répartition continuera à assurer un socle minimum de retraite et où les actifs devront cotiser vraiment pour leur retraite future en capitalisation. Si la France adoptait un régime de base par points, il faudrait que la valeur des points évolue suivant une règle simple comprise par tous pour que les cotisants sachent ce qu’ils toucheront à la retraite. Et pas comme aujourd’hui dans les régimes complémentaires, où les partenaires sociaux décident du niveau futur de la retraite de chacun, au gré de négociations dans lesquelles les retraités n’ont pas leur mot à dire. Dans la période transitoire, le problème sera de maintenir le système par répartition pour les cotisants retraités actuels et d’instaurer progressivement un système par points pour les futurs retraités sans que cela soit insupportable aux actifs.


Des dispositifs d’épargne retraite existent déjà. Faut-il les rendre obligatoire ?

Pourquoi pas ? On ne peut s’en sortir qu’en jouant sur les deux mécanismes de la répartition et de la capitalisation. Il faudrait par exemple permettre aux petites entreprises, pour qui il est trop compliqué et coûteux de mettre en place des dispositifs d’épargne retraite collective, comme un article 83 (retraite supplémentaire à cotisations définies, NDLR) ou un Perco (plan d’épargne retraite collectif, NDLR), d’abonder les Perp (plan d’épargne retraite populaire, NDLR) de leurs salariés. Nous militons également à la Faider pour l’instauration d’un crédit d’impôt pour les foyers non imposables. Aujourd’hui, seuls ceux qui paient beaucoup d’impôts ont intérêt à souscrire à des produits de retraite donnant droit à des déductions fiscales.


Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

* Fédération des associations indépendantes de défense des épargnants pour la retraite