« Il va falloir remettre à plat le système des retraites, sans tabou »


INTERVIEW - Lionel Tourtier, délégué général de l'institut de l'économie du vieillissement Silverlife, vient de créer, avec l'appui d'une trentaine d'entreprises, un « think tank » dédié à l'épargne retraite. Baptisé Génération ERIC (pour Epargne, Retraite, Investissement et Croissance), ce laboratoire d'idées a vocation à faire la promotion de la capitalisation auprès des particuliers et des pouvoirs publics.

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Toutsurlaretraite.com : Vous venez de créer un « think tank » consacré à l’épargne retraite. Pourquoi ?
Lionel Tourtier : Tout simplement parce que nous ne pouvons pas sauver notre système de retraite sans développer la capitalisation. Il ne s’agit pas de remettre en cause les régimes par répartition. Mais ceux-ci, compte tenu de l’allongement de l’espérance de vie et de la réduction du nombre des actifs sous l’effet conjugué de la démographie et de la crise économique, sont à bout de souffle. On l’a vu récemment que ce soit avec les projections alarmistes dressées par le COR (Conseil d’orientation des retraites, NDLR) ou les négociations des partenaires sociaux en vue de résoudre les déficits chroniques des régimes complémentaires Agirc et Arrco. Si nous estimons que l’épargne retraite n’a pas vocation à se substituer à la retraite par répartition, elle nous parait un complément indispensable pour maintenir des niveaux de pensions acceptables.

D’autres associations ne militent-elles pas déjà pour la capitalisation ?
C’est exact. Le problème, c’est qu’elles défendent toutes des intérêts particuliers, voire des produits. Les associations soutenues par les banques oeuvrent pour le développement du Perco (plan d’épargne retraite collectif, NDLR) tandis que celles appuyées par les assureurs mettent en avant le Perp (plan d’épargne retraite populaire, NDLR). Non seulement leurs discours paraissent suspects aux yeux des pouvoirs publics et des politiques, car pas assez indépendants ou trop marketing, mais leur approche du problème est trop parcellaire, trop limitée. A l’inverse, notre think tank veut proposer une vision sur les retraites à 360 degré. Pour sauver le système, il va falloir remettre à plat tout le système. Sans aucun tabou.

Comment est financée votre organisation et qui peut y adhérer ?
Génération ERIC est financée par la cotisation de sa trentaine de membres. Il s’agit de personnes morales représentant des cabinets d’avocats, des sociétés de gestion d’actifs, des compagnies d’assurance, des mutuelles et quelques entreprises auxquelles s’ajoutent des personnalités de la société civile. Les particuliers ne peuvent pas y adhérer directement. Mais cela va changer. A la demande de jeunes cadres inquiets pour leur retraite, nous allons créer une association, ouverte à tous, qui sera affiliée à Génération ERIC et dont les représentants feront partie du conseil d’administration du think tank.

Quelles actions va mener Génération ERIC ?
Il est encore un peu tôt pour le dire. Une réunion plénière va être organisée fin janvier pour justement fixer le plan d’actions pour 2013. Je peux toutefois d’ores et déjà annoncer que nous allons publier un « e-book » sur la retraite. Ce livre numérique, rédigé par un groupe d’experts reconnus, sera disponible gratuitement sur Internet. Il aura pour vocation d’expliquer de manière très didactique comment fonctionne notre système de retraite. 90% des Français ne comprennent rien à la retraite. Si nous voulons que les choses bougent, il faut d’abord que nos compatriotes sachent de quoi on parle et puissent en mesurer les enjeux. Par exemple, la plupart d’entre eux n’ont pas réellement pris conscience de l’allongement de l’espérance de vie et des problèmes de financement des retraites, mais aussi en matière de santé et de dépendance que cela suppose. Au-delà, la base de notre organisation est structurée autour de quatre thèmes : le « Corpus » économique pour argumenter sur la place de l’épargne longue dans le financement de l’économie, l’Europe pour une action d’harmonisation des règles (par exemple, la portabilité des droits à pensions), les améliorations techniques des dispositifs et enfin, la communication, sous l’angle de la pédagogie que nous voulons développer, en nous appuyant notamment sur les réseaux sociaux.

Etes-vous favorable à une réforme dite « systémique » ?
L’idéal serait en effet l’instauration d’un système par points. C’est le mode de financement des retraites le plus transparent, le plus équitable et le plus adapté aux carrières actuelles. Les gens connaissent aujourd’hui plusieurs vies professionnelles passant du secteur public au privé, du salariat à l’entrepreneuriat, de périodes actives à des périodes inactives. Chacun cotiserait en fonction de son parcours. Je rappelle que l’Agirc, l’Arrco et Préfon fonctionnent déjà avec un système par points. Reste que l’étendre à toutes les retraites ne serait pas simple. Combien un trimestre de cotisations vaut-il de points ? Et puis, lorsque l’on voit à quel point les 35 régimes ont déjà du mal à échanger des informations entre eux, on image mal comment on pourrait révolutionner l’ensemble du système. C’est pourquoi, en attendant, il faut développer la retraite par capitalisation en France. Et vite car le temps presse.

Mais encore faut-il avoir les moyens d’épargner pour sa retraite…
C’est vrai. On dit que le taux d’épargne des Français se situe à 16%, soit l’un des plus importants au monde. Mais on oublie que ce taux atteint 36% chez les revenus les plus élevés, soit 80% des flux en volume, tandis qu’il est proche de zéro, voire négatif, chez les foyers les plus modestes. Une part importante de la population ne dispose clairement pas d’une capacité financière suffisante pour alimenter un produit d’épargne retraite. Nous proposons donc d’une part, que la retraite par capitalisation soit rendue obligatoire dans le cadre d’accords de branche négociés avec les partenaires sociaux, et d’autre part, que l’on mette en place un crédit d’impôt pour aider les ménages aux moyens limités qui se substituerait aux déductibilités fiscales actuelles. Une démarche proche de l’esprit des Rentes Riester en Allemagne qui comptent quelque 13 millions de souscripteurs.

 

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