L’alignement des retraites des fonctionnaires sur celles du privé en question


Le député socialiste Jean-Marie Le Guen a déclaré « souhaitable » un alignement du mode de calcul des pensions des agents de la fonction publique sur celui des salariés du secteur privé. Un tabou qui pourrait tomber à l'occasion de la future réforme des retraites.

le guen, retraite

En matière de retraites, Jean-Marie Le Guen ne s’interdit aucune piste de réforme. Après avoir préconisé un recul de l’âge de départ à 62 ans dès 2015 (au lieu de 2017 comme prévu par la réforme de 2010), le député PS de Paris propose de calquer le calcul des pensions des agents de la fonction publique sur celui des salariés. « Je pense que ce serait souhaitable. Il faut une discussion préalable », a déclaré l’adjoint au maire de Paris dans une interview parue le 15 mars dans Le Parisien.

Inégalité de traitement

Pour rappel, la retraite des fonctionnaires se base sur les six derniers mois de rémunération tandis que dans le privé, elle est fixée à partir des 25 meilleures années de salaire. Compte tenu des carrières linéaires dans la fonction publique et de la coutume encore largement pratiquée du changement d’indice l’année de départ à la retraite, les pensions dans le secteur public sont en moyenne 10% à 15% supérieures à celles du secteur privé. Un alignement du public sur le privé permettrait donc à l’Etat de réaliser de substantielles économies alors que le déficit du système des retraites pourrait atteindre 21,3 milliards d’euros en 2017, selon les projections du Conseil d’orientation des retraites (COR).
Lors de la présentation de son rapport du 22 janvier dernier consacré aux inégalités dans le système des retraites, cet organisme consultatif indépendant avait été justement très critiqué sur son silence au sujet du mode de calcul plus avantageux pour les fonctionnaires. Le sujet est, il est vrai, politiquement très sensible. Lorsqu’elle était au pouvoir, la droite s’est d’ailleurs bien gardée de s’y attaquer. Dans ces conditions, on pourrait croire que la gauche, dont une part importante de ses sympathisants travaille dans la fonction publique, n’engage pas d’alignement public-privé dans la future réforme des retraites dont l’adoption d’ici la fin de l’année a été récemment confirmée par François Hollande. En réalité, rien n’est moins sûr.

Les fonctionnaires également concernés

De nombreux observateurs estiment qu’il va être difficile pour la majorité de maintenir un tel avantage au moment où des sacrifices sont demandés aux salariés et cadres du privé. Les partenaires sociaux, gestionnaires des régimes de retraites complémentaires Agirc et Arrco, ont décidé le 13 mars dernier à la fois une hausse des cotisations qui pénalise les actifs et une moindre revalorisation des pensions par rapport à l’inflation de 2013 à 2015 qui réduit le pouvoir d’achat des retraités.
La ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, a reconnu à demi-mots que la future réforme des retraites pourrait difficilement ne pas concerner également les fonctionnaires. Au sujet de la Commission pour l’avenir des retraites chargée par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, de formuler des pistes de réformes, elle a ainsi déclaré dans une interview donnée à Toutsurlaretraite.com : « La commission pourra tout à fait le faire. Comment pourrait-elle se désintéresser complètement des salariés du secteur public ? » Dans le cahier des charges confié le 14 mars à la Commission pour l’avenir des retraites, il est mentionné que ce groupe de 10 experts devra formuler des propositions permettant d’assurer une convergence entre les régimes, dans le but notamment de garantir un rapprochement des objectifs et un socle commun de droits.

 

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