« L’expertise retraite s’adresse à tous à partir de 55 ans »


INTERVIEW Le départ à la retraite est souvent synonyme de stress et d'interrogations multiples. Pour Frédéric Barrel, directeur technique de NEOVIA Retraite, l'expertise retraite permet de mieux connaître ses possibilités et apporte une plus grande sérénité aux assurés.  

Frédéric Barrel, directeur technique de NEOVIA Retraite

Toutsurmesfinances.com : Pourquoi faire appel à une société d’expertise retraite ?

Frédéric Barrel, directeur technique de NEOVIA Retraite, société de conseil et d’expertise retraite : Pour préparer son départ à la retraite, un assuré doit vérifier les différents éléments qu’il reçoit de sa caisse de retraite. Il va devoir regarder ses cotisations, les écarts éventuels entre sa carrière professionnelle et ce qui est retracé dans ses relevés année par année. Mais ça n’est pas suffisant.

Faire appel à une société d’expertise retraite permet d’aller au-delà des relevés. Un conseil va tout d’abord s’intéresser aux années de cotisation incomplète. S’agit-il d’une période sans activité ou d’une période de stage en entreprise, à l’étranger, au chômage, indemnisé ou non ? Pour déterminer si ces années peuvent être régularisées et validées pour la retraite, l’assuré n’est pas forcément armé. De même, il ne connaît pas toujours le mode d’emploi, le bon interlocuteur et la nature des justificatifs à fournir.

Par la suite, le conseil va s’attacher à vérifier le reste des informations intervenant dans le calcul de la retraite comme la prise en compte de l’intégralité des points de retraite complémentaire ou le montant des salaires lorsque l’assuré a changé d’employeur au cours d’une année et que le salaire enregistré est incomplet.

Justement, ces informations ne sont-elles pas déjà communiquées par les caisses de retraite ?

Il est nécessaire d’établir une différence entre un bilan et une expertise retraite. Le bilan consiste en une cartographie des droits de l’assuré à un instant T. Il s’agit notamment du relevé de situation individuelle, le RIS, et de l’estimation indicative globale, l’EIG, reçue à partir de 55 ans.

L’expertise retraite exige un vrai travail d’investigation, de vérification des informations connues des caisses de retraite et de régularisation si nécessaire.

Après ce travail de reconstitution, nous étudions et recherchons les dispositifs réglementaires permettant d’améliorer la date de départ, le montant des pensions. Nous apportons un chiffrage des différentes hypothèses de départ pour permettre au futur retraité de décider en toute connaissance de cause. Nous le conseillons par exemple sur un changement de statut, sur l’impact fiscal de sa cessation d’activité (ISF – plus-value mobilière), l’intérêt d’un rachat de trimestres, le cumul emploi-retraite, etc. L’expertise retraite intervient pour une prise de décision.

De plus, certaines informations utiles ne sont pas communiquées aux assurés par leur caisse de retraite dans le cadre du droit à l’information aux actifs (RIS- EIG).

C’est-à-dire ?

Si vous avez droit à une retraite anticipée, par exemple pour carrière longue, cela ne sera pas indiqué dans les documents fournis automatiquement par les caisses de retraite. C’est à l’assuré d’aller chercher l’information, de poser les bonnes questions. Il en est de même pour la retraite progressive (un temps partiel complété par une fraction de la future pension, NDLR) dont certains pourraient déjà profiter sans aucune modification de leur situation professionnelle.

« Une activité complémentaire avec celle des caisses de retraite »

Les caisses de retraites voient-elles votre activité d’un bon œil ?

Notre activité est complémentaire avec celle des caisses de retraite et nous travaillons régulièrement avec elles. Nous agissons en tant que conseil de nos clients et nous nous positionnons comme partenaire des caisses. Au moment de la liquidation des droits par exemple, nous leur envoyons un dossier le plus complet possible. S’il manque des éléments, nous leur indiquons pour les faire suivre ultérieurement. Nous sommes également là pour faciliter l’instruction de leurs dossiers. Par exemple, dans le cas d’une attente de réponse d’un régime étranger, nous intervenons directement auprès de ce régime.

Par ailleurs, nous parlons le même langage que les organismes sociaux parce que c’est aussi notre métier : c’est donc un gain de temps pour l’assuré et pour les caisses elles-mêmes.

Combien de temps une expertise retraite dure-t-elle ?

La durée moyenne d’une étude est de quatre à six mois. Cette durée varie en fonction de la mission qui nous est confiée par notre client, ainsi que de son parcours professionnel. L’examen de la carrière comprenant la vérification des périodes et des justificatifs fournis peut être plus ou moins long selon la nature des périodes à régulariser. Pendant cette période, nous pouvons être amenés à contacter certains organismes comme la Chambre de commerce, Pôle Emploi, l’armée ou encore des régimes étrangers. En fin de mission, nous remettons à notre client un dossier qui fait la synthèse de nos actions et qui présente plusieurs hypothèses de départ avec les différentes projections correspondantes du montant de chacune des pensions : généralement de l’âge légal de départ jusqu’à au moins l’âge du taux plein. C’est alors à l’assuré de choisir sa date de départ.

Une deuxième mission, plus longue, consiste en la mise en place des retraites. Si l’examen de la carrière n’a pas fait l’objet d’une première mission, nous commençons par tout le travail de vérification avant d’envoyer une demande de retraite. Contrairement aux idées reçues, les premiers paiements ne se font pas toujours attendre très longtemps. En revanche, il faut parfois suivre le dossier plusieurs mois pour parvenir à un montant définitif.

« Nous ne faisons pas gagner à la loterie »

L’expertise retraite est-elle utile à tout le monde ?

Elle s’adresse à tous à partir de 55 ans. Quand nous rencontrons nos clients, nous évaluons avec eux leurs besoins et l’intérêt d’un tel accompagnement. Il est évident malgré tout que tout le monde ne peut pas être client d’une société d’expertise retraite. Cette prestation a en effet un coût, variable selon les profils et le type de mission.

Vous évoquez un bénéfice financier pour l’assuré. Ce gain est-il garanti ?

Attention, nous ne faisons pas gagner à la loterie. Le montant des retraites dépend avant tout de la carrière de chacun et nous nous appliquons à prévoir celui qui sera réellement payé. Il arrive même qu’après une expertise, nous communiquions à notre client un montant de pension bien inférieur à celui indiqué dans l’EIG. En effet, il se peut que certaines périodes soient enregistrées à tort ou en double et la régularisation par les caisses de retraites ne sera effectuée qu’au moment de la liquidation des droits. Certains ne s’en aperçoivent donc que lors du départ à la retraite : c’est une mauvaise surprise qui n’est pas si rare : 3.000 ou 4.000 euros à la retraite, ce n’est pas la même chose. Une reconstitution sérieuse intégrant tous les régimes est indispensable à la bonne évaluation des futures retraites. Notre objectif est d’apporter les meilleurs conseils et préconisations pour permettre à nos clients d’organiser leur fin de carrière en toute connaissance de cause.

Quoi qu’il en soit, l’expertise retraite apporte un gain de temps. De plus, on ne devient pas un expert de la retraite au moment du départ. C’est donc la sérénité que recherche l’assuré, sachant que la retraite engage sur 10, 20 ans, voire plus.

Propos recueillis par Thibault Lamy