« La désindexation des pensions de retraite est inévitable »


INTERVIEW - Jusqu'ici positionné sur les dirigeants et cadres, Maximis Retraite lance le Bilan Retraite pour Tous, un bilan retraite individuel pour tous les salariés. L'occasion d'interroger Emmanuel Grimaud, le président de la société, sur l'actualité des retraites.

retraite, maximis

 

Toutsurlaretraite.com : La Commission des comptes de la Sécurité sociale prévoit 8 milliards de déficit pour les retraites de base en 2017. La faute à la crise économique ?
Emmanuel Grimaud : La crise économique a bon dos. On fait semblant de tomber des nues. Mais ce qui nous arrive était prévisible. Avant le « papy-boom », c’est-à-dire avant les départs massifs à la retraite des « baby-boomers », cette génération nombreuse d’après-guerre, on dénombrait 400.000 départs par an. Aujourd’hui, on atteint les 700.000 départs à la retraite annuels. Or, 300.000 départs de plus, c’est 1,8 milliard d’euros de pensions supplémentaires à trouver.

 

Le recul de 60 à 62 ans de l’âge de départ n’a-t-il rien changé ?
Le recul, instauré par la réforme des retraites de 2010, ne modifie pas profondément les données du problème. Un décalage d’une année sur une classe d’âge permet de réaliser « seulement » 9 à 15 milliards d’euros d’économies par an. Le COR (Conseil d’orientation des retraités, NDLR) parle, je vous le rappelle, d’un déficit des régimes de retraites de 21,3 milliards d’euros en 2017 et de près de 25 milliards en 2020 !

 

Que pensez-vous de la désindexation des pensions ?

Je suis prêt à parier qu’il va y avoir une sous-indexation des retraites complémentaires Agirc (pour les cadres, NDLR) et Arrco (pour tous les salariés, NDLR) par rapport à l’inflation. C’est une manière de faire payer les retraités qui, jusqu’ici, ont été plutôt préservé de l’effort général. Un alignement de la CSG (elle est de 6,6% pour les retraités, contre 7,5% pour les revenus d’activité, NDLR) me semble politiquement plus sensible. Même si 1,5 million de retraités vivent en dessous du seuil de pauvreté, l’Insee a montré que le niveau de vie moyen des pensionnés était supérieur à celui des actifs. Je pense que la désindexation des pensions est inévitable.

 

Etes-vous favorable à une réforme « systémique » ?
Je suis pour la réforme systémique et le passage par points mais pas sur le système des comptes notionnels trop compliqué à gérer. Le système par points est lisible, transparent et juste. Problème : comment va-t-on faire pour passer d’un système à l’autre alors que les 35 régimes existants n’arrivent pas aujourd’hui à communiquer entre eux. Pour y arriver, il faudrait une véritable union nationale sur la question. Je pense que nous en sommes très loin.

 

Comment jugez-vous les dispositifs d’information sur la retraite ?
Depuis l’instauration en 2007 du relevé individuel de situation pour les 35, 40, 45, 50 et 55 ans, l’information s’est considérablement améliorée. Internet joue également un rôle majeur. Le système français des retraites est très compliqué. Or, les caisses de retraite doivent faire face à de plus en plus de personnes ayant eu des parcours professionnels variés. En 2011, les polypensionnés ont représenté la moitié des départs à la retraite. Chez Maximis, nos consultants suivent 18 mois de formation interne et effectuent deux heures de veille juridique par jour. Il est impossible pour une caisse de retraite de former des milliers de personnes à un tel niveau d’expertise.

 

Dans quel état d’esprit les gens viennent-ils vous consulter ?
Ils sont persuadés qu’ils ne vont pas avoir de retraite. Neuf fois sur dix, après un bilan retraite, ils sont agréablement surpris. Ils ne pensaient pas qu’ils allaient toucher autant. Cela fait des générations et des générations que l’on répète aux gens qu’ils ne vont rien toucher à la retraite et ils finissent par le croire. C’est faux ! Le taux de remplacement (la différence entre le montant du dernier salaire et de la pension, NDLR) se situe généralement entre 60% et 70% et reste à 50% pour les cadres à salaire élevé. La réforme Fillon de 2010 fait même monter les retraites de 4% à 15%. Mais il est vrai que ce taux risque de baisser dans les prochaines années.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

 

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