« La non revalorisation des retraites tombe à pic pour le gouvernement »


INTERVIEW – Pour Christian Bourreau, le président de l'Union française des retraités (UFR), l'absence de revalorisation pour cause de faible inflation des retraites de base des Français percevant moins de 1.200 euros bruts par mois de pensions globales arrange les affaires de l'exécutif.    

Christian Bourreau

Toutsurlaretraite.com : Que pensez-vous de la prime forfaitaire de 40 euros versée aux « petits retraités » annoncée par Manuel Valls ?
Christian Bourreau, président de l’UFR : 40 euros, c’est mieux que rien. Le montant peut paraître modique pour un retraité habitant le XVIème arrondissement de Paris et confronté à des dépenses, notamment de logement, élevées. Mais pour un retraité résidant au fin fond du Cantal, cette somme peut réellement l’aider. Reste que l’on ne sait pas, pour l’instant, qui va verser cette prime exceptionnelle. Est-ce les caisses de retraite et si oui, laquelle dans le cas des polypensionnés ? Est-ce l’Etat au nom de la solidarité nationale ? On ne sait rien.

D’une manière générale, on a l’impression que le gouvernement est dans le flou et que l’impréparation règne sur cette question. Surtout, si la prime est versée début 2015 comme évoqué, cela signifie qu’aucune augmentation des pensions de base ne sera appliquée en 2014, y compris pour les retraités modestes.

 

Pour l’exécutif, la perte de pouvoir d’achat des retraités sera limitée compte tenu de la faiblesse de l’inflation…
Les prix vont semble-t-il peu augmenter cette année. C’est d’ailleurs le faible niveau de l’inflation qui a été avancé pour expliquer l’absence de revalorisation au 1er octobre pour les retraités touchant moins de 1.200 euros par mois de pensions globales (tous régimes confondus, NDLR). Cette situation est déjà arrivée dans le passé. Je ne peux toutefois pas m’empêcher de penser que cette revalorisation nulle tombe à point nommé pour le gouvernement. Depuis le début, on ne voit pas comment les caisses de retraite pourront s’échanger les informations nécessaires pour savoir si le retraité perçoit, au total, plus ou moins de 1.200 euros par mois de pensions. A fortiori dans un délai si court puisque la décision prise au début de l’été devait être appliquée au 1er octobre !

Seule l’administration fiscale dispose de ces données grâce aux déclarations de revenus. Le gouvernement n’a pas choisi cette solution car elle présentait l’inconvénient de porter sur les revenus avec un an de décalage. Verser une prime au début de l’année prochaine donne du temps aux caisses de retraite pour récolter et fiabiliser leurs données. Je rappelle que la retraite moyenne s’élève en France à 1.256 euros par mois. Grosso modo, la moitié des retraités français se situent sous le fameux seuil des 1.200 euros par mois. On parle quand même ici d’environ 6,5 millions de personnes. Ce n’est pas rien.

 

Le minimum vieillesse est porté au 1er octobre à 800 euros par mois, soit en dessous du seuil de pauvreté fixé en France à 987 euros. N’est-ce pas insuffisant ?
Le calcul des seuils de pauvreté fait débat depuis des années. Faut-il prendre 40%, 50% ou 60% du salaire médian du pays ? Par ailleurs, le sentiment de pauvreté est tout aussi relatif. Encore une fois, tous les retraités n’ont pas les mêmes besoins, les mêmes niveaux de charges ou de contraintes. Enfin, il ne faut pas oublier que les bénéficiaires du minimum vieillesse perçoivent généralement d’autres aides. Je rappelle que l’Aspa (allocation de solidarité aux personnes âges, NDLR), qui remplace le minimum vieillesse depuis 2006, n’est pas une pension de retraite mais une allocation. Elle n’est pas financée par des cotisations mais par la solidarité nationale. En clair, cela signifie qu’une personne en France est assurée de toucher, à partir de 65 ans et à condition de ne pas disposer de revenus par ailleurs, 800 euros par mois même si elle n’a pas travaillé.

Il faut également rappeler que l’Aspa n’est pas attribuée automatiquement. Il faut en faire la demande. Or, certaines personnes âgées n’en connaissent pas l’existence ou ne savent pas qu’elles y ont droit. D’autres préfèrent ne pas la demander pour éviter à leurs descendants de devoir la rembourser à leur mort (Les sommes versées au titres de l’Aspa sont récupérables au décès de l’allocataire sur sa succession si l’actif net de la succession dépasse 39.000 euros, NDLR).

 

Où en sommes-nous du cumul emploi-minimum vieillesse ?
J’avoue ne pas savoir. Aux dernières nouvelles, la proposition de loi présentée par la sénatrice UMP Isabelle Debré autorisant les bénéficiaires de l’Aspa à travailler dans certaines limites a été adoptée par le Sénat, puis rejetée par l’Assemblée nationale. Le gouvernement a promis qu’un décret sortirait prochainement pour autoriser un tel cumul. Pour l’instant, on ne voit rien venir. Je pense que la majorité actuelle n’est pas à l’aise avec l’idée de permettre aux personnes âgées d’exercer une activité.

Aux yeux de la gauche, mieux vaut des retraités que des chômeurs. Pour eux, les personnes à la retraite ne doivent pas concurrencer les actifs. Les socialistes ont d’ailleurs toujours vu d’un mauvais œil le cumul emploi-retraite. Ce n’est pas un hasard si la dernière réforme des retraites a refondu le dispositif en le rendant moins intéressant (les retraités qui changent de statut professionnel ne s’ouvriront plus, à compter du 1er janvier 2015, de nouveaux droits à la retraite, NDLR).

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

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