« La réforme des retraites d'Emmanuel Macron va être très difficile à appliquer »

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INTERVIEW – Dans son programme présidentiel, le fondateur du mouvement En Marche ! propose de remplacer les 37 régimes de retraite actuels par un seul et unique régime afin d'améliorer la lisibilité et l'équité du système. Une réforme qui a du sens, selon Christel Bonnet, consultante senior en actuariat au cabinet de conseil Mercer, mais qui sera quasiment impossible à mettre en place, d'après elle, compte tenu notamment de l'opposition des syndicats.

 

Christel Bonnet, consultante senior en actuariat au cabinet de conseil Mercer

 

ToutSurMesFinances.com : En quoi consiste le système unique de retraite proposé par Emmanuel Macron ?

Christel Bonnet, consultante senior chez Mercer: Je tiens d'abord à dire que la réforme défendue par Emmanuel Macron est pour l'instant assez succincte et manque de clarté. Il est donc difficile aujourd'hui de se positionner car il existe trop d'inconnues. Ce qui semble sûr, c'est qu'en dépit de ce que certains pouvaient craindre, il ne s'agira pas d'un système par capitalisation dans lequel chaque assuré se constituerait sa propre rente.
Emmanuel Macron a affirmé son attachement au principe de la retraite par répartition sur lequel sont fondés nos régimes actuels et qui prévoit que les actifs financent via les cotisations vieillesse les pensions des retraités. Le candidat a parlé expressément de la suppression des régimes de retraite de la fonction publique et des régimes dits « spéciaux », comme ceux de la SNCF ou de la RATP. On devrait donc passer de 37 régimes de retraite à un seul et unique régime. Celui-ci serait vraisemblablement un régime en points. Certains ont parlé d'un système « à la suédoise ». Je ne suis pas d'accord avec cette analyse
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Pourquoi ?

La Suède a mis en place des comptes dits « notionnels ». Concrètement, cela signifie que lorsqu'un Suédois prend sa retraite, sa pension est calculée en fonction de l'état financier du système des retraites. Cela veut dire qu'à carrières égales, un assuré qui part à la retraite en période de crise économique percevra une pension moins élevée que celui qui liquidera ses droits en période de croissance. Ce mécanisme est profondément injuste. Il créé des iniquités de traitement entre les générations. La Suède est d'ailleurs en train de réfléchir à l'amender.
Le programme d'Emmanuel Macron ne se place pas, lui, sur le plan financier. Réaliser des économies ne semble pas sa priorité. Les points de retraite devraient être définitivement acquis, comme c'est déjà le cas dans les régimes complémentaires Arrco et Agirc. La valeur de service du point, au moment de la liquidation, ne variera pas en fonction du paramètre économique, mais selon l'espérance de vie. La pénibilité pourrait ainsi être prise en compte. Avec ce système, un ouvrier pourra partir sans pénalité à la retraite plus tôt qu'un cadre, son espérance de vie étant moins importante.

Emmanuel Macron dit qu'il ne va pas toucher à l'âge légal. Mais qu'en est-il de l'âge à taux plein ?

Le candidat a assuré que l'âge légal, c'est-à-dire l'âge minimum de départ à la retraite, sera maintenu à 62 ans. Pour l'instant, il n'a pas évoqué l'âge de retraite à taux plein, soit l'âge à partir duquel la décote est automatiquement supprimée. Il est aujourd'hui fixé à 67 ans. On peut très bien imaginer que dans son régime unique de retraite en points, les deux bornes d'âge perdurent.
On peut également penser que 62 ans deviendrait « l'âge pivot ». Il serait possible de partir avant 62 ans, mais avec une minoration ou après, avec une pension plus élevée. Grâce au système en points, les assurés pourront facilement estimer le montant de leurs futures pensions. L'idée sous-jacente serait d'inciter ainsi les Français à travailler au-delà de 62 ans pour toucher une meilleure retraite.

Estimez-vous que le système unique cher à Emmanuel Macron est réalisable en France ?

Emmanuel Macron reconnait qu'il faudra 10 ans pour instaurer le régime unique. Je le trouve très optimiste. Il faut savoir que la Cour des comptes estime qu'il faudrait 17 ans pour que le régime des fonctionnaires soit aligné sur le régime général de la Sécurité sociale. Au regard de la disparité des règles et des systèmes d'information, la fusion devra être réalisée caisse de retraite par caisse de retraite. C'est un travail titanesque !
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que certains régimes sont gérés par les partenaires sociaux. Je ne vois pas le patronat et les syndicats sauter de joie à l'idée de perdre cette prérogative d'autant que les jetons de présence aux conseils d'administration des caisses de retraite constituent, pour eux, une source de financement non négligeable. Et puis, il n'est pas sûr que les branches professionnelles des syndicats suivent les décisions de leurs centrales. Si la CFDT adhère au niveau national au régime unique, est-ce que la CFDT cheminots acceptera la disparition du régime spécial de la SNCF ? J'en doute.
C'est d'ailleurs l'une des faiblesses du programme d'Emmanuel Macron : il ne prend pas assez en compte le paritarisme. Or, les syndicats sont encore assez puissants pour bloquer les transports publics ou les hôpitaux. Pour toutes ces raisons, je pense que la réforme des retraites d'Emmanuel Macron va être très difficile à appliquer. C'est dommage car la fusion des 37 régimes dans un seul permettrait de mettre en place des règles communes à tous. Ce système serait plus juste et plus lisible pour les assurés. Il est d'ailleurs recommandé par tous les grands organismes internationaux et a déjà été mis en place ou est sur le point de l'être dans plusieurs pays.

Emmanuel Macron dit qu'avec le système unique, il n'y aura pas de perdants. Est-ce possible ?

Difficile, là-aussi, à dire compte tenu du peu d'éléments dont nous disposons. Chez les fonctionnaires, il pourrait y avoir des gagnants et des perdants. Les agents qui perçoivent des primes ont intérêt à ce qu'elles soient prises en compte dans le calcul de leurs retraites, ce qui n'est pas le cas actuellement. En revanche, les fonctionnaires qui ne perçoivent pas de primes pourraient être pénalisés. Il est difficilement imaginable qu'avec la réforme Macron, ils touchent à la retraite 75% de la moyenne de leurs six derniers mois de traitement comme aujourd'hui, car cela voudrait dire que cette règle s'appliquerait à tous les assurés. Ce serait financièrement impossible.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

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