La retraite à 65 ans davantage acceptée que la baisse des pensions


Les Français restent attachés à la revalorisation annuelle de leurs pensions de retraite selon l'enquête Cecop de 2013 sur l'épargne et la retraite. Ils seraient prêts à lâcher du lest sur l'âge légal de départ pour sauver le système, lourdement déficitaire.

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Les Français ne veulent pas d’une baisse des pensions de retraite. Seules 2% des personnes interrogées jugent la mesure « acceptable » dans un sondage mené par le Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (Cecop) dans le cadre de la onzième enquête sur les Français, l’épargne et la retraite du Cercle des épargnants. Ce rejet catégorique est unanime, quels que soient les niveaux de revenus ou de patrimoine financier ou les classes d’âge, « partagé à gauche comme à droite », comme le souligne le Cercle des épargnants, association financée par la compagnie d’assurance Generali. Seuls les sympathisants du centre (10%) et les personnes qui travaillent à leur compte (11%) seraient plus enclins à voir leur pension de retraite diminuer.

38% des sympathisants UMP prêts à accepter une retraite à 65 ans

« Ce sont les mesures autour de l’âge qui sont les plus acceptables », constate Jérôme Jaffré, président du Cecop, qui a mené l’étude. Ainsi, le recul de l’âge légal de départ en retraite de 62 à 65 ans et l’allongement de la durée de cotisation de 41,5 à 43 ans sont acceptés respectivement par 24% et 20% des sondés. « L’électorat de droite se montre plus sensible aux mesures concernant l’âge », observe Jérôme Jaffré. 38% des sympathisants de la droite modérée seraient prêts à accepter un recul de trois ans de l’âge légal et 31% une durée de cotisation plus longue. A gauche, l’acceptation de ces hypothèses de réforme est moins grande avec des taux de réponses de 11% à 16% pour les mesures d’âge. Chez les sympathisants du PS et d’EELV, des mesures sur la modification des modalités de calcul de la retraite sont mieux accueilles : respectivement 26% et 25% d’entre eux s’accommoderaient d’une prise en compte de l’ensemble de la carrière pour calculer le montant des pensions au lieu des 25 meilleures années comme c’est le cas actuellement.

Mais pour Jérôme Jaffré, il faut faire la distinction entre ce qui est nécessaire, acceptable et souhaitable aux yeux des Français. « Nous avons posé crûment la question de savoir si à terme le report de l’âge légal à 65 ans est nécessaire. Nous ne savions pas alors [sondage réalisé début janvier 2013, NDLR] que Michel Rocard, qui lui n’a pas du tout pris sa retraite à 65 ans, mettrait les pieds dans le plat en disant avec enthousiasme qu’il s’agit d’une mesure d’évidence ».

Opinion publique « plus audacieuse que le gouvernement »

Résultat, 60% des Français jugeraient ce report nécessaire début 2013 contre 58% en 2012 et seulement 30% en 2011. « En 2011 au-lendemain de la réforme de 2010, on pouvait croire qu’on était parti pour une décennie tranquille de remise à flot du système de retraites. Dès 2012, juste avant la présidentielle, [reporter de nouveau l’âge légal] était déjà devenu nécessaire [pour les Français], c’est une tendance qui se confirme aujourd’hui », observe le sondeur, estimant que l’opinion apparaît « un peu plus audacieuse que le gouvernement pour lequel le sujet est tabou ».

Pour l’ancien vice-président de la Sofres, dans l’hypothèse où une telle mesure venait à être adoptée, « elle divisera profondément le pays, et elle le divisera moins politiquement que socialement ». « Même les sympathisants de gauche [de gouvernement et des écologistes] jugent nécessaire de reporter l’âge légal de la retraite de 62 à 65 ans, souligne-t-il. La vraie différence est celle qui existe entre le cadre supérieur et l’ouvrier ». 75% des cadres supérieurs et professions intellectuelles se sont résignés à partir à la retraite à 65 ans, contre seulement 39% des ouvriers.