La retraite progressive va-t-elle enfin décoller ?

Par Françoise Kleinbauer
SEO & traffic strategist : Camille Radicchi

AVIS D’EXPERT – La dernière réforme des retraites a assoupli les conditions pour bénéficier d’une retraite progressive. Pour le PDG de la société spécialisée dans l’information retraite France Retraite, Françoise Kleinbauer, cette refonte va booster un dispositif jusqu’ici peu utilisé.    

Françoise Kleinbauer, PDG de France Retraite

Le législateur voit un double avantage à « démocratiser » la retraite progressive. D’une part, ce dispositif, qui permet aux actifs de travailler à temps partiel tout en percevant une fraction de leur pension, peut concourir à l’équilibre financier des régimes de retraite en différant le paiement d’une pension complète de plusieurs année.

D’autre part, il offre aux personnes ayant des difficultés à disposer d’une durée de carrière complète la possibilité de continuer d’acquérir des droits à la retraite. Justement, la loi du 20 janvier 2014, le décret du 16 décembre 2014 et les circulaires du 23 décembre 2014 et du 18 février 2015 ont assoupli les conditions d’accès à la retraite progressive.

 

Les améliorations apportées

L’avancée majeure concerne l’âge plancher auquel on peut demander l’application de la mesure. Ramené de 62 à 60 ans, il permet ainsi d’utiliser deux ans supplémentaires pour se rapprocher du nombre de trimestres requis pour profiter d’une retraite à taux plein (sans décote).

Deuxième assouplissement qui devrait être incitatif : les périodes accomplies dans tous les régimes (y compris publics) sont maintenant prises en compte dans le calcul des 150 trimestres nécessaires pour pouvoir bénéficier de la retraite progressive. A l’heure où les carrières se font multiples, où l’on peut dépendre de plusieurs statuts au cours d’une même vie professionnelle, leur intégration est un réel plus !

 

Les freins à son utilisation

On pourrait pointer le défaut d’information ou la faible communication sur la retraite progressive. Manque de pédagogie du législateur ? Crainte des futurs retraités de se projeter dans un mode de calcul perçu comme compliqué ? Certainement un peu des deux.

Avant d’envisager de recourir à la retraite progressive, il faut d’abord être en capacité de connaître sa retraite (montant, date de départ…) pour mesurer l’efficacité d’une prolongation d’activité. L’utilité d’un Bilan Retraite n’est plus à démontrer pour faciliter la prise de décision.

Autre élément important : la nécessité d’une activité à temps partiel. En effet, il est nécessaire, au moment de la demande, d’exercer une seule activité à temps partiel représentant entre 40 et 80% d’un temps plein. Et là aussi, le défaut d’information sur la possibilité de cotiser à la retraite sur une base temps plein quand on travaille à temps partiel freine les personnes qui craignent de voir le niveau de leur retraite définitif impacté par la réduction d’activité en fin de carrière.                

Le manque d’information apparaît tout aussi prégnant auprès des employeurs dont l’accord est nécessaire au salarié pour bénéficier de la retraite progressive. Or, ce dispositif peut constituer un réel levier pour limiter la masse salariale, une préoccupation des entreprises en cette période de baisse d’activité.

C’est par le chiffrage de l’économie budgétaire qui découle de la retraite progressive que l’on peut également convaincre de l’intérêt du dispositif. Beaucoup d’employeurs n’ont pas encore procédé à ce chiffrage et n’ont, de ce fait, pas encore découvert toutes les vertus pour eux du dispositif.

Enfin, la retraite progressive constitue un outil réellement intéressant et précurseur de la gestion des fins de carrière. Dans un environnement règlementaire où la durée de carrière requise ne fait que s’allonger, la retraite progressive peut non seulement favoriser le maintien des seniors dans l’emploi mais permettre d’opérer en douceur la transition entre vie professionnelle et retraite.

 

Actuaire spécialiste de la retraite chez JWA, puis chez Addactis, Françoise Kleinbauer a choisi de faire partager ses convictions en prenant en 2013 la présidence de la société spécialisée dans l’information retraite et l’accompagnement des seniors (Bilans de retraite…) France Retraite. Elle est lauréate du prix de la femme dirigeante 2012 des Trophées des femmes de l’économie Rhône Alpes.
ARTICLES CONNEXES
Menu