Le nombre de retraites anticipées s’envole


Les cessations anticipées d'activité ont augmenté de 54% en 2013, d'après une étude du ministère du Travail diffusée le 16 juin 2015. Ce boom s'explique en grande partie par l'extension du dispositif de départ anticipé pour carrière longue instaurée dans la foulée de l'arrivée de François Hollande à l'Elysée.    

Les retraites anticipées pour carrière longue expliquent 91% des cessations anticipées d'activité en 2013

Alors qu’un recul de l’âge de départ est régulièrement évoqué, le nombre de retraites anticipées, lui, continue d’augmenter. Selon une étude du ministère du Travail rendue publique le 16 juin 2015, quelque 161.000 salariés ou anciens salariés ont bénéficié d’une cessation anticipée d’activité en 2013. Soit une hausse de 54% par rapport à 2012.

 
Cette envolée peut paraître d’autant plus étonnante que les préretraites dites « publiques » (financées par l’Etat) sont, dans le même temps, en voie d’extinction. Seulement 4.000 personnes en ont profité en 2013 via essentiellement la Cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante (Caata), destinée aux salariés atteints d’une maladie professionnelle liée à l’amiante ou ayant travaillé au contact de la fibre cancérigène.

Hausse de 70% des « carrières longues »

Totalement fermé depuis le 1er janvier 2012, le dispositif de dispense de recherche d’emploi (DRE), qui permettait, sous certaines conditions, à des chômeurs de plus de 55 ans de ne plus être obligés de trouver un travail, n’a compté aucun nouveau bénéficiaire en 2013. Bien qu’ayant triplé depuis 2011, les retraites anticipées pour handicap, pénibilité et amiante ont, quant à elles, plafonné à 11.100 entrées en 2013, c’est-à-dire le même niveau qu’en 2012.

En réalité, la forte augmentation des cessations anticipées d’activité s’explique en quasi-totalité par l’envolée des retraites anticipées pour carrière longue (RACL). Avec 145.900 nouveaux bénéficiaires, les RACL représentent à elles seules 91% des entrées en 2013. Leur nombre a, il est vrai, progressé de 70% sur un an. Ce « boom » résulte de l’extension du dispositif instaurée par le décret signé le 2 juillet 2012 par François Hollande. Pour bénéficier d’une RACL, il faut disposer de tous ses trimestres de cotisation à la retraite et avoir commencé désormais à travailler avant 20 ans (contre 16 ou 18 ans auparavant).

Autre impact du décret du 2 juillet 2012 sur les cessations anticipées d’activité : l’âge moyen des bénéficiaires progresse. Il est passé de 58,5 ans en 2010 à 59,5 ans en 2013. Au total, 242.900 personnes étaient dans un dispositif de cessation anticipée d’activité fin décembre 2013, dont 65% au titre des retraites anticipées (toutes modalités confondues) et 24% au titre de la DRE (bien que fermé, ce dernier dispositif compte encore 59.000 bénéficiaires).

 

Part plus faible de bénéficiaires

La hausse des cessations d’activité doit toutefois être nuancée. Les 161.000 entrées enregistrées en 2013 se situent à un niveau largement inférieur au pic de 2004 (près de 300.000 entrées) lié à l’essor des préretraites publiques. D’ailleurs, la proportion des bénéficiaires de cessation anticipée d’activité a tendance à diminuer.

Pour l’ensemble des 55-64 ans, leur part a été plus que divisée par deux en dix ans, de 8% fin 2003 à 3% fin 2013. Pour la tranche d’âge des 55-59 ans, elle est passée de 13% en 2007 à 1% fin 2013. Chez les 60-64 ans, elle reste stable à 4,5% fin 2013. « La […] diminution des cessations anticipées d’activité a contribué, avec d’autres mesures comme le report de l’âge de la retraite, à la forte hausse du taux d’activité des seniors », observent les auteurs de l’étude qui rappellent que le taux d’activité des 55-64 ans a augmenté de 10 points en dix ans pour atteindre 49% en 2013.

 

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