Le père de la réforme des retraites opposé à un recul de l’âge de départ


Considéré comme l'instigateur de la loi Woerth de 2010, Raymond Soubie ne juge pas adéquat de relever l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans pour résorber les déficits. Une sous-indexation des pensions par rapport à l'inflation serait préférable, selon lui.

raymond soubie

 

Raymond Soubie, l’ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, n’est pas favorable à un nouvel allongement de l’âge de départ à la retraite. Alors que plusieurs voix, dont celle de Laurence Parisot, la présidente du Medef, évoquent, face à l’aggravation des finances des régimes, un relèvement de l’âge de la retraite à 64 ans, celui qui est considéré comme le principal instigateur de la réforme des retraites de 2010, s’oppose à cette idée. « Passer à 64 ans […] changerait trop brutalement les prévisions des gens », estime, dans une interview parue dans Paris Match, l’artisan de la loi Woerth, dont l’une des mesures phares a été justement le recul de 60 à 62 ans de l’âge minimal légal.

Aveu d’échec

Pour autant, Raymond Soubie admet que la réforme de 2010 ne va pas, comme prévu, permettre d’atteindre l’équilibre financier des régimes en 2017-2020 (dans son 11ème rapport, le Conseil d’orientation des retraites évalue à 21,3 milliards d’euros le déficit du système en 2017). « Il était prévu à l’époque une croissance de 2,5 % à partir de 2014. Ce ne sera pas le cas. Il faut donc prendre des mesures pour rétablir la situation en 2020 », reconnaît ce membre éminent du Conseil économique, social et environnemental (Cese), aujourd’hui à la tête du cabinet de conseil Alixio.
Sans nouveau report de l’âge de la retraite, il reste, selon lui, deux leviers possibles à court terme : « l’augmentation des prélèvements » et « la désindexation des retraites sur les prix ». Compte tenu du niveau des cotisations, de la perte de pouvoir d’achat des Français et du débat sur la compétitivité des entreprises tricolores, Raymond Soubie, surnommé par certains le « parrain du paritarisme français », se range plutôt en faveur de la seconde solution.

Une voix de plus pour la désindaxation

Dans le cadre des négociations sur les régimes complémentaires Agirc (pour les cadres) et Arrco (pour tous les salariés), le Medef a également proposé une revalorisation des pensions de 1 point inférieure à la hausse des prix de 2014 à 2017 et même de 1,5 point en 2013 (ce qui équivaudrait à une baisse des retraites complémentaires si comme attendu, l’inflation s’élève à 1,8% cette année). Le ministre délégué au Budget, Jérôme Cahuzac, a estimé que cette idée pourrait être appliquée au régime de base.
Rare voix discordante dans la classe politique, Valarie Pécresse, qui a été aussi ministre du Budget, s’oppose à un gel des pensions au 1er avril prochain. « Les retraites constituent un revenu de remplacement, comme les indemnités chômage, et leur pouvoir d’achat doit être maintenu », a déclaré la secrétaire générale déléguée de l’UMP dans une interview publiée dans Les Echos. En revanche, la députée des Yvelines préconise de geler… les autres prestations sociales (aides au logement, allocations familiales…). « Sinon, nous continuerons de creuser nos dettes », prévient-elle.

 

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