Les Français ne veulent toujours pas entendre parler de dépendance


La dépendance n'est pas encore un sujet abordé facilement lors d'un dîner de famille. Quand à une éventuelle préparation financière de ce risque, les Français sont encore loin de vouloir s'en charger eux-mêmes, préférant une assurance dépendance obligatoire instaurée par l'Etat.  

Les Français ne veulent toujours pas entendre parler de dépendance.

Etre dépendant un jour ? « Cela ne m’arrivera pas. » L’adage « cela arrive aux autres mais pas à moi » semble être de mise lorsque le sujet d’une éventuelle perte d’autonomie dans le futur est abordé avec les Français. 63% d’entre eux déclarent ne pas être du tout préoccupés par ce qu’ils deviendront après 80 ans, selon l’enquête* réalisée par TNS-Sofres et l’Ecole d’économie de Paris pour la Fondation Médéric Alzheimer publiée le 2 mai 2016.

Un risque qui ne veut pas être abordé

Près d’un tiers des sondés âgés de 50 à 79 ans pensent même qu’ils ne seront jamais dépendants. Pourtant selon les chiffres de l’Insee, 1,2 million de Français sont actuellement en situation de perte d’autonomie et ils seront plus de deux millions en 2040 du fait notamment de l’allongement de la vie et de l’augmentation du nombre de personnes âgées. Au-delà des estimations sur leur état futur, les Français ont surtout peur d’aborder ce sujet sensible, comme le montraient déjà plusieurs autres enquêtes sur le sujet. Ainsi, 42% des interrogés ne souhaitent pas entendre parler de l’éventualité de devenir un jour dépendant. « Le risque de dépendance n’est pas aujourd’hui encore pris en compte par une proportion importante de nos concitoyens, observe la Fondation. De plus, la perte d’autonomie arrive généralement dans la dernière partie de la vie, période difficile à appréhender de manière rationnelle, ce qui peut expliquer cette forme de déni. » Alors même que la moitié des sondés indiquent qu’au moins un membre de leur famille était dépendant et nécessitait d’être aidé dans le quotidien. Ces personnes, « davantage sensibilisées, envisagent plus fréquemment la possibilité de devenir elles-mêmes un jour dépendantes », tempère toutefois l’étude.

Les revenus pour financer la dépendance

Certainement loin d’imaginer le coût réel de la perte d’autonomie, les Français sont 73% à compter sur leurs revenus pour y faire face. Or bien que les avis divergent encore sur la question, le coût de la dépendance est au minimum évalué à 2.000 euros par mois après déduction d’éventuelles aides. Parallèlement, sept Français sur 10 seraient même prêts à puiser dans leur épargne s’il le fallait, quitte pour cela à amoindrir l’héritage laissé à leurs descendants. Un tiers se repose sur les aides publiques. Or, un récent sondage mené par l’association de consommateurs UFC Que-Choisir démontre que le reste à charge des bénéficiaires d’aides demeure très élevé, leur montant étant insuffisant.

Preuve de ce manque de préparation, seuls 13% des interrogés ont souscrit une assurance dépendance à titre individuel. Là encore, pas de surprise, les Français étant encore très frileux lorsqu’il s’agit de cotiser durant des années, sans être certains de toucher une rente à la fin. « La dépendance se caractérise par un décalage temporel important entre le moment où l’on s’assure et celui et celui où le risque de survenue est fort (20 à 30 ans) », analyse la Fondation. Ce décalage est évoqué comme un frein à la souscription pour 76% des sondés, quand 77% citent le coût financier. Ainsi, près de 4 Français sur 10 affirment qu’il n’y a aucune chance pour qu’ils souscrivent une assurance dépendance à l’avenir, quand près de la moitié avance ne pas en avoir besoin. Parmi ceux qui ont souscrit un contrat, la principale motivation reste de ne pas être une charge pour ses proches (85%) plus que le fait de ne pas pouvoir compter sur eux (47%).

Une majorité en faveur d’une assurance obligatoire

A défaut de s’occuper eux-mêmes de ce risque, les Français misent sur l’Etat, 65% pensant que c’est son rôle de financer la dépendance, même si pour cela il faut augmenter impôts et cotisations sociales (49%). Logiquement, 70% des sondés sont ainsi en faveur de l’instauration d’une assurance dépendance obligatoire qui leur garantirait une prise en charge de qualité.

*Echantillon de 3.390 personnes de 50 à 79 ans

La famille, comme accompagnement

Si les Français ne veulent pas majoritairement que leur dépendance soit prise en charge financièrement par leurs proches, ils envisagent tout de même leur famille comme leur principale source d’accompagnement. 47% déclarent que leur famille leur apportera ainsi l’aide dont ils auront besoin, mais seuls 4% veulent que celle-ci provienne des enfants. En effet, lorsqu’il s’agit de perte d’autonomie, les Français préfèrent que ce soit le conjoint, voire un professionnel qui s’occupent d’eux. Pourtant, dans les faits, c’est majoritairement les enfants qui supportent cette charge.

 

A lire également sur le sujet :
Site internet, téléphone : comment s’informer sur la perte d’autonomie
La majorité des Français pour une épargne retraite forcée