Les jeunes cotisent de plus en plus tard à la retraite


Les actifs nés en 1974 mettent plus de temps à valider leur premier trimestre et leur première annuité de retraite comparés à leurs aînés nés en 1950, d'après une récente étude. La faute à l'allongement de la durée des études, mais aussi au chômage et à la précarisation du marché du travail.    

des jeunes

Les jeunes s’ouvrent des droits à la retraite de plus en plus tard. L’âge moyen de première validation d’un trimestre de retraite a augmenté de près de 3 ans entre la génération née en 1950 et celle née en 1974, d’après une étude du ministère des Affaires sociales diffusée le 29 janvier 2015. Les hommes nés en 1974 ont validé en moyenne leur premier trimestre à 21 ans, contre 18 ans en moyenne pour leurs aînés nés 24 ans plus tôt. L’écart est un plus réduit chez les femmes (21 ans pour les natives de 1974, 18 ans et demi pour celles de 1950).

En toute logique, l’âge moyen de la validation de la première annuité (4 trimestres) recule également de trois ans entre 1950 et 1974 : de 19 ans et demi à 22 ans et demi, tous sexes confondus. « L’allongement progressif de la durée des études, jusqu’aux générations nées au milieu des années 1970, explique en partie cette évolution », analyse Laurianne Salembier, l’auteur de l’étude et experte auprès de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Le phénomène est, toutefois, plus contrasté qu’on ne le pense.

Difficultés d’insertion

D’abord, de nombreux étudiants travaillent et donc cotisent durant leurs études. Ensuite, contrairement aux idées reçues, ne pas suivre d’études supérieures ne permet pas forcément de valider plus tôt un trimestre. « Les moins diplômés des jeunes générations ont connu plus de difficultés d’insertion sur le marché du travail que leurs aînés avec un taux de chômage plus élevé pour les peu diplômés depuis le milieu des années 1980, et des délais d’accès à un emploi plus longs pour ceux qui terminent leurs études avant 18 ans », observe Laurianne Salembier.

D’ailleurs, l’âge moyen de première validation d’un trimestre est plus élevé chez les moins diplômés : + 2,3 années (hommes) et +1,8 année (femmes) pour les titulaires d’un diplôme de niveau CAP ou BEP, + 1,4 année (hommes) et + 1,1 année (femmes) pour ceux ayant un diplôme de 1er cycle universitaire.

Carrières plus irrégulières

Autre enseignement : les jeunes éprouvent de plus en plus de difficultés à valider une annuité complète. « Le nombre moyen de trimestres acquis avant l’année de première validation d’une année complète augmente de façon continue au fil des générations, passant de 1 trimestre pour les hommes de la génération 1942 à 2,4 trimestres pour ceux nés en 1974 », constate la chercheuse. Ce phénomène résulte de la précarisation du marché du travail avec le développement des CDD, de l’intérim, du temps partiel et autres emplois saisonniers.

Même après la validation de la première annuité, le parcours du combattant n’est pas terminé. « Une fois la première année complète validée, les débuts de carrière restent plus irréguliers pour les jeunes générations que pour leurs aînées », souligne Laurianne Salembier.

Départ à la retraite retardé

Compte tenu de cette entrée plus tardive et plus compliquée sur le marché du travail, le nombre de trimestres validés par les jeunes générations tend à baisser. La durée d’assurance validée à l’âge de 30 ans diminue entre les générations 1954 et 1974 de 12 trimestres pour les hommes et de 8 trimestres pour les femmes.

Du coup, l’âge effectif de départ à la retraite risque d’être plus tardif pour les jeunes générations. A 30 ans, les actifs nés en 1954 ont 69% de chance de disposer dès l’âge légal de départ (62 ans d’ici 2017) de tous leurs trimestres de cotisation, contre seulement 30% pour ceux nés en 1978. Seuls 12% de la génération 1954 va devoir travailler jusqu’à l’âge d’annulation de la décote (67 ans d’ici 2017) pour ne pas voir sa pension minorée, contre 24% de la génération 1974.

 

A lire aussi :

Rachat de trimestres : des « rabais » octroyés à certains actifs