Les pistes de la réforme des retraites vues par Marisol Touraine


Marisol Touraine s'est longuement exprimée sur la réforme des retraites engagée par le gouvernement Ayrault lors du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro. Outre l'urgence du comblement des déficits, la ministre des Affaires sociales entend prendre des mesures de long terme.

marisol, touraine, retraites

La réforme des retraites du gouvernement Ayrault, la première menée par un exécutif de gauche, devrait davantage consister en un cocktail de mesures qu’à une réforme axée sur un seul paramètre comme l’âge légal de départ ou l’allongement de la durée de cotisation. C’est l’un des messages délivrés dimanche 10 mars 2013 par Marisol Touraine, en charge de ce dossier, lors du Grand Jury, le rendez-vous politique de la radio RTL. La ministre des Affaires sociales et de la Santé estime qu’il est trop tôt pour annoncer des mesures tout en soulignant l’urgence de la situation sur le financement des pensions.

Objectifs de la réforme des retraites
L’esprit de la prochaine réforme des retraites peut se résumer à trois mots clés, répétés à plusieurs reprises par la ministre : « financement », « visibilité » et « justice ». « Une réforme des retraites devrait avoir trois objectifs. Le premier évidemment est de faire face aux besoins de financement dans les mois et années qui viennent. La droite s’est contentée de colmater les brèches. […] Le bateau prend toujours l’eau. Nous devons répondre à une situation, qui est une situation d’urgence », a déclaré Marisol Touraine, faisant implicitement référence au rapport du Conseil d’orientation des retraites (Cor), rendu public en décembre 2012 et faisant état d’un déficit des régimes de retraite compris entre 20,8 et 24,9 milliards d’euros à l’horizon 2020.

Mais pour l’ancienne députée d’Indre-et-Loire (37), les décisions du gouvernement ne doivent pas uniquement porter sur le retour à l’équilibre des régimes de retraite. « Cela ne suffit pas parce que les Français sont fatigués des réformes qui se succèdent sans jamais rien régler au fond. Nous avons un deuxième objectif qui est celui d’instaurer de la confiance, d’apporter de la visibilité et de la lisibilité dans le temps. L’enjeu sur les retraites ne doit pas être vécu comme un moment d’inquiétude, d’angoisse comme cela a été présenté dans le passé », estime-t-elle, déplorant que les jeunes actifs de moins de 30 ans s’interrogent sur la viabilité du système. « Nous sommes en train d’assister à une perte de confiance des Français dans l’avenir des retraites », a-t-elle regretté, évoquant par opposition l’exemple de la dernière réforme des retraites en Allemagne dont l’entrée en vigueur s’étale jusqu’en 2029. Enfin, « il faut aussi réintroduire de la justice », notamment dans les efforts que les retraités actuels et futurs devront consentir. Les mesures « supposeront des efforts de l’ensemble des Français. Il faudra que ces efforts soient justement répartis », a-t-elle insisté.

Rétablissement de la retraite à 60 ans
La secrétaire nationale du Parti socialiste, chargée de la solidarité et de la protection sociale, a assumé la décision du gouvernement de rétablir le 2 juillet 2012 par décret l’âge légal de départ à 60 ans pour ceux qui ont travaillé tôt. « Dès notre arrivée aux responsabilités, nous avons fait en sorte que ceux ou celles qui ont commencé à travailler jeune et qui avaient la totalité de leurs annuités puissent partir à 60 ans sans attendre 62 ans », a rappelé l’ex-responsable des questions sociales de l’équipe de campagne de François Hollande. « A un moment où les carrières professionnelles sont plus en plus diversifiées et différentes alors qu’il y a des hommes et des femmes qui commencent [à travailler] jeunes, d’autres moins jeunes, certains qui ont été au chômage et d’autres pas, il n’est pas normal que les conditions de départ en retraite soient les mêmes pour tout le monde », a-t-elle justifié.

Recul de l’âge légal
Estimant que le débat sur les retraites en France « s’est trop largement concentré sur l’âge légal », la ministre a pris ses distances vis-à-vis de la proposition du député PS de Paris Jean-Marie Le Guen de reculer cet âge de départ à 62 ans dès 2015. « La réforme qu’a mis en place le gouvernement précédent qui repose exclusivement sur le report de l’âge légal est une réforme qui n’aboutit pas au résultat recherché, puisque les financements ne sont pas au rendez-vous. Je ne suis pas certaine que c’est en reproduisant les méthodes du passé que nous arriverons à aborder les défis de l’avenir », a considéré la numéro 6 du gouvernement Ayrault.

Allongement de la durée de cotisation

Pour Marisol Touraine, l’hypothèse d’un nouvel allongement de la durée de cotisation n’est pas taboue, comme l’a déjà fait savoir le ministre du Travail Michel Sapin il y a quelques jours. « La durée de cotisation doit évidemment être examinée : ça fait partie des options qui sont sur la table. C’est une variable, une question qui doit être regardée attentivement, en tenant compte de la diversité des carrières professionnelles », a précisé l’ancienne présidente du Conseil général d’Indre-et-Loire. Mis en place par la loi Fillon de 2003 et calculé à partir de l’espérance de vie à 60 ans estimé par l’Insee, l’allongement de la durée de cotisation a progressivement porté le nombre d’annuités requis pour l’obtention d’une retraite à taux plein de 40 ans (160 trimestres) en 2003 à 41,5 ans actuellement (166 trimestres). « L’allongement de l’espérance de vie doit évidemment être pris en considération », pour Marisol Touraine. Un sujet que désapprouvent certains syndicats comme Force Ouvrière.

Désindexation des pensions
La ministre des Affaires sociales n’a pas totalement écarté le scénario d’une revalorisation des pensions du régime général (Cnav pour les salariés du privé) inférieure à l’inflation, sans pour autant le cautionner. « Je ne crois pas qu’il faille considérer que cette option, la désindexation, soit une option incontournable », a déclaré Marisol Touraine selon laquelle « plusieurs options sont envisageables ». Elle a en outre jugé « prématuré et biaisé de mettre l’accent sur cette mesure plutôt qu’une autre » alors qu’une commission d’experts chargée de faire des propositions sur l’avenir des retraites en France vient d’être mise en place. « Je serais bien étonnée si nous devions aboutir à une seule mesure. Le simplisme n’a pas lieu d’être en matière de retraite », a jugé la ministre qui n’entend pas prendre de décision avant de disposer des pistes de réforme proposées par la commission. Implicitement, cela signifie que le coefficient de revalorisation des pensions de retraite au 1er avril 2013 ne devrait pas être concerné par d’éventuelles dispositions en la matière.

Calendrier de la réforme
La ministre ne s’est pas exprimée sur le calendrier de mise en œuvre de la réforme. Impossible donc de savoir si la réforme interviendrait avant la fin de l’année 2013 ou si sa mise en application sera reportée en 2014. Seule certitude, la commission sur l’avenir des retraites est chargée de proposer des pistes de réforme d’ici la fin du mois de mai.