« Les rendements des Perp vont être supérieurs à ceux des fonds euros »


INTERVIEW – Pour le fondateur du site de prescription de contrats d'assurance Good Value for the money, Cyrille Chartier-Kastler, les performances des fonds en euros des plans d'épargne retraite populaires pourraient bientôt dépasser celles des fonds en euros traditionnels.    

Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du site Good Value for the money

Toutsurmesfinances.com : Pourquoi les rendements des Perp sont-ils moins élevés que ceux de l’assurance vie « classique » ?

Cyrille Chartier-Kastler, créateur du site Good Value for the money : Il est vrai que l’on a coutume de dire que les fonds en euros des plans d’épargne retraite populaires sont moins performants que les fonds en euros traditionnels. En y regardant de plus près, on se rend compte que ce postulat doit être nuancé et est, en définitive, de moins en moins vrai.

Tout d’abord, dans les fonds euros, il existe des écarts de rendement importants d’un contrat à un autre. Certains assureurs n’hésitent pas à doper les taux de leurs nouveaux contrats au détriment d’anciens fermés à la commercialisation. Ensuite, la baisse continue des taux d’intérêt commence à se faire sentir. Les assureurs qui n’ont pas su se constituer des réserves importantes durant les bonnes années ont moins de marges de manœuvre que ceux qui ont bien dynamisé leurs actifs. C’est pourquoi on se retrouve avec des écarts de rentabilité élevés. Pour 2014, le fonds euros du Conservateur affiche un rendement de 3,45% tandis que le monosupport « Confluence » de Predica sert un taux de seulement 1,75%. Soit une différence de 1,70 point. C’est énorme, car on est quasiment du simple au double !

Par ailleurs, comme les rendements des fonds euros traditionnels sont en baisse et les rendements des fonds euros des Perp se maintiennent, les performances des deux supports sont en train de se rejoindre.

 

Pourquoi ?
Tout simplement parce les assureurs y ont intérêt. Ils ne vont pas pouvoir continuer longtemps à offrir des rendements trop élevés sur leurs fonds en euros. Ils ne peuvent pas se permettre de devoir investir de manière trop importante sur des actifs chers et insuffisamment rentables. Ce serait d’ailleurs dangereux. L’OAT (obligation assimilable du Trésor, NDLR) à 10 ans rapporte désormais moins de 0,60% par an. L’intérêt des assureurs vie n’est pas d’alimenter leurs fonds en euros dans le contexte financier actuel.

En outre, les fonds en euros vont bientôt coûter plus cher aux assureurs vie. Les nouvelles règles prudentielles européennes vont les conduire à accroître leur marge de solvabilité pour ces placements qui offrent à la fois une totale liquidité à l’épargnant et une garantie du capital à tout moment.

 

Ce n’est pas le cas pour les Perp ?
C’est moins le cas pour les Perp. Hormis des cas exceptionnels comme le décès, l’invalidité ou le surendettement, il n’est pas possible de sortir d’un Perp avant le départ à la retraite. C’est pour cela que l’on parle de « produit tunnel ». L’assuré ne peut pas effectuer de rachats en cours de contrat. Le besoin en marge de solvabilité sur le fonds en euros d’un Perp est moindre que pour un contrat d’assurance vie classique, car le risque de liquidité pour l’assureur vie est moindre.

Rappelons toutefois que l’assuré peut demander le transfert de son Perp dans un autre établissement (ce qui n’est pas possible dans l’assurance vie classique, NDLR) : il reste donc pour l’assureur vie un risque de débloquer les actifs des fonds en euros d’un Perp alors même que l’assuré n’est pas encore parti à la retraite.

 

Les rendements des Perp pourraient-ils dépasser ceux des fonds euros ?
Oui et plus vite que l’on ne croit. La loi oblige les fonds euros des Perp à être cantonnés, c’est-à-dire gérés de manière séparée de l’actif général de l’assureur. Or, comme l’horizon de placement est long et le risque de sortie de l’épargnant moindre, l’assureur peut se permettre de prendre davantage de risques dans son allocation d’actifs.

L’assureur peut davantage investir dans des actions ou dans de l’immobilier, des placements potentiellement plus rémunérateurs, en sachant qu’il dispose d’une vingtaine, d’une trentaine, voire d’une cinquantaine d’années pour sortir de situations éventuelles de moins-values latentes. Bref, l’assureur peut opérer une gestion plus dynamique pour un fonds en euros d’un Perp par rapport à un fonds en euros traditionnel. C’est pourquoi je pense que les rendements des Perp vont être progressivement supérieurs à ceux des fonds euros classiques. D’autant que, comme nous l’avons vu, les assureurs ont tout intérêt à pousser ces produits à la vente.

 

Mais les frais ne sont-il pas plus importants sur les Perp ?
En raison de versements unitaires plus faibles (parfois de 50 à 80 euros par mois), les frais de gestion sont souvent plus élevés pour les Perp. Avec l’apparition de Perp commercialisés sur Internet, on commence à voir des plans sans frais d’entrée ou de versement. D’une manière générale, l’épargnant ne doit pas trop se focaliser sur les frais.

Dans l’assurance vie, ils peuvent être plus bas mais l’assuré ne s’intéresse pas toujours suffisamment aux frais de gestion prélevés par les sociétés de gestion pour les OPCVM intégrés dans des unités de compte. Au final et sur une longue période, l’assuré peut tout à fait amortir des frais d’entrée sous réserve d’avoir un fonds en euros performant et des unités de compte à la fois de qualité et pas trop chargées en frais intrinsèques.

 

Le Perp est-il voué à enfin décoller ?
C’est le rêve des assureurs en tout cas ! Pour autant, même avec un rendement supérieur au fonds euros, il n’est pas sûr que le Perp se généralise. Les épargnants n’aiment pas les produits tunnels. Ils veulent des placements liquides dans lesquels ils peuvent retirer de l’argent quand ils veulent.
Ensuite, les Français n’ont pas compris l’intérêt de la rente viagère : ils préfèrent percevoir un capital qu’ils sont sûrs de pouvoir récupérer le moment venu si nécessaire. Enfin, le Perp offre des avantages fiscaux qui ne sont intéressants que si l’on paie beaucoup d’impôt.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

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