Les retraites anticipées remises en cause par l’accord Agirc-Arrco


L'accord sur les retraites complémentaires du privé validé le 30 octobre 2015 prévoit l'instauration à compter de 2019 d'un abattement de 10% pour les assurés prenant leur retraite à 62 ans. Le malus s'appliquera également aux salariés autorisés à partir à 60 ou 61 ans.    

L'accord Agirc-Arrco va obliger les actifs ayant commencé à travailler jeune à cotiser 1 an de plus

Pour ne pas être pénalisés, les bénéficiaires des retraites anticipées vont devoir à l’avenir… travailler plus longtemps. L’accord sur l’Arrco, le régime de retraite complémentaire de tous les salariés, et l’Agirc, le régime de retraite complémentaire des seuls cadres, validé le 30 octobre 2015, prévoit en effet qu’un abattement de 10% soit appliqué, à compter de 2019 et durant trois ans, aux assurés nés à partir de 1957 partant à la retraite à l’âge légal (62 ans) et disposant de tous leurs trimestres auprès du régime de base.

Or, si dans les premiers documents de travail, les salariés bénéficiant d’un départ anticipé à la retraite au titre des carrières longues étaient exonérés du malus, ce n’est plus le cas dans l’accord qui devrait être officiellement signé cette semaine par le patronat (Medef, CGPME, UPA) et trois syndicats (CFDT, CFE-CGC, CFTC). Interrogés par Toutsurmesfinances.com, les représentants des partenaires sociaux présents à la négociation du 30 octobre ont confirmé que le « coefficient de solidarité minorant » allait bien s’appliquer aux carrières longues.

Un an de plus à travailler

Pour rappel, ce dispositif instauré par la loi Fillon de 2003 permet aux actifs ayant commencé à travailler jeune et justifiant de tous leurs trimestres de partir plus tôt à la retraite. Le décret du 2 juillet 2012 signé par François Hollande l’a étendu aux assurés ayant débuté leur vie active avant 20 ans (avant 16 ou 18 ans auparavant).

Les salariés pourront toujours avoir accès au dispositif mais le montant de leurs pensions complémentaires sera amputé de 10% pendant trois ans. Pour ne pas subir de minoration, ils devront, comme pour un départ à la retraite « classique », cotiser 4 trimestres de plus. C’est-à-dire partir un an plus tard. Au lieu de prendre leur retraite à 60 ou 61 ans, ils le feront à 61 ou 62 ans.

Le compte pénibilité impacté

La CFDT, pourtant à l’origine du dispositif, souligne que ce sera toujours un an plus tôt que les autres salariés qui devront partir à 63 ans pour ne pas supporter l’abattement. En outre, compte tenu de l’entrée de plus en plus tardive dans la vie active, peu d’assurés nés à partir de 1957 seraient de toute façon éligibles aux carrières longues, d’après la centrale de Belleville. De son côté, la CFTC regrette que le malus s’applique aux bénéficiaires du dispositif mais il fallait bien en passer par là pour restaurer les finances de l’Arrco et de l’Agirc, selon le syndicat. Une sorte de dommage collatéral en quelque sorte.

Il pourrait y avoir une autre victime : le compte pénibilité. Créé par la dernière réforme des retraites sous la pression là encore de la CFDT, ce dispositif permet aux salariés exposés à des risques professionnels de cumuler des points leur donnant la possibilité notamment de partir plus tôt à la retraite. Techniquement, cette retraite anticipée s’appuie sur le dispositif carrière longue. Dans ce cas aussi, les futurs bénéficiaires auront intérêt à différer leur départ d’un an.