Les retraités de la SNCF vont coûter de plus en plus cher à l’Etat


En dépit des réformes de 2008 et de 2010, le nombre de pensionnés au régime de retraite de la SNCF ne va pas baisser autant que prévu. Pour combler le creusement du déficit qui va en découler, les subventions publiques vont devoir augmenter tous les ans jusqu'en 2060.

retraite, sncf

 

Les contribuables vont être de plus en plus appelés à financer la retraite des cheminots. C’est l’une des conclusions du nouveau rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR), rendu public le 26 mars 2013 et qui vient affiner les projections sur le système des retraites en 2020, 2040 et 2060 présentées le 19 décembre 2012 par cet organisme consultatif indépendant.
Ce volumineux document comprend 20 « fiches » détaillant chacune les prévisions de cotisations et de prestations d’un régime de retraite (de base et/ou complémentaire) en particulier. Celle sur la Caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF (CPRPSNCF) a de quoi faire froid dans le dos. En dépit de la réforme de 2008 sur les régimes spéciaux (dont la CPRPSNCF fait partie au même titre que la caisse de la RATP et celle d’EDF-GDF) et de la réforme de 2010, le déficit de la caisse de retraite des agents de l’opérateur ferroviaire ne va cesser de se creuser au fil des ans.

Baisse insuffisante des cotisants

Or, il est convenu que le « trou » de la CPRPSNCF est comblé par l’Etat, via une subvention publique. Selon les projections du COR, cette dernière va, compte tenu de la dégradation du déficit attendue, s’élever à 3,1 milliards d’euros en 2020, 3,6 milliards en 2030, 4,2 milliards en 2040, 4,9 milliards en 2050, pour grimper jusqu’à 5,7 milliards en 2060 !
Première raison qui explique ce phénomène : la baisse puis la stagnation prévue du nombre de cotisants. Compte tenu des gains de productivité, de la politique de maîtrise de la masse salariale et de l’embauche de salariés dépendants du régime général, les effectifs cotisants à la CPRPSNCF vont passer de 157.500 en 2011 à 140.000 en 2019 et demeurer à ce niveau au-delà de 2020. Cette tendance ne serait pas grave si elle s’accompagnait d’une chute importante en parallèle des effectifs de retraités. On est loin du compte.
Le nombre de pensionnés à la CPRPSNCF va « seulement » diminuer de 182.000 en 2011 à 102.000 en 2060, d’après le COR. Pourtant, la réforme de 2008, qui a instauré la suppression de la retraite d’office, un allongement de la durée de cotisation et la mise en place d’une décote en cas de trimestres insuffisants, visait à repousser le départ à la retraite des cotisants à des régimes spéciaux et, par ricochet, réduire le nombre de leurs retraités. Dans le cas du CPRPSNCF, l’employeur a œuvré pour amplifier le mouvement. « L’entreprise SNCF a accompagné la réforme de mesures favorisant l’allongement des carrières, comme un échelon d’ancienneté supplémentaire ou des majorations de traitement en fin de carrière », rappellent les auteurs du rapport du COR.

Modération des pensions

Ces dispositifs ont fonctionné puisqu’ « entre 2008 et 2012, l’âge moyen de départ observé a augmenté d’environ un an, pour les agents sédentaires comme pour les agents de conduite », note le document. En réalité, c’est la réforme des retraites de 2010 qui n’a pas joué son rôle. Le recul de l’âge de départ de 60 à 62 ans concerne bien les cheminots, mais il a été décidé que ce relèvement entrerait plus tardivement pour ce public. Résultat : « L’âge moyen effectif de départ à la retraite des salariés de la SNCF serait à peine relevé par la réforme de 2010 », souligne le COR. D’après les projections du Conseil, celui-ci va s’élever à 61,2 ans à compter de 2025, contre… 61 ans à cette date si la loi Woerth n’avait pas été adoptée.
Seul point positif : les subventions publiques à venir à la caisse de retraite de la SNCF aurait pu être pire. En effet, le COR prévoit une modération du montant des prestations distribuées. Compte tenu de la modération salariale attendue jusqu’en 2030 (les retraites sont calculées à partir des rémunérations perçues), les pensions des cheminots devraient augmenter en moyenne de seulement 0,9% par an jusqu’à cette date. Elles pourraient ensuite progresser plus rapidement, de l’ordre de + 1,5 % à + 1,9 % par an selon le COR. « La pension moyenne, proche de 23.000 euros par an en 2011, se situerait entre 41.000 et 47.000 euros par an selon les scénarios en 2060 », estime le Conseil.

 

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