Marisol Touraine : « le minimum vieillesse sera revalorisé comme les retraites au 1er avril 2013 »


INTERVIEW - Réforme des retraites, revalorisation des pensions, Aspa (minimum vieillesse), régimes complémentaires... Entretien exclusif avec la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine sur tous les sujets de l'actualité des retraites.

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Toutsurlaretraite.com : De combien les retraites de la Sécurité sociale vont-elles augmenter au 1er avril 2013 ?
Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales : La revalorisation des pensions de base au 1er avril 2013 a été annoncée le 19 mars : elle est de 1,3%, sur la base d’une prévision d’inflation hors tabac de 1,2% pour 2013, à laquelle s’ajoute 0,1% au titre de la correction sur l’inflation pour 2012. Celle-ci a été de 1,9% au lieu des 1,8% prévus il y a un an.

Y aura-t-il une majoration spécifique pour l’Aspa (ex-minimum vieillesse) ou une revalorisation identique à celle des autres pensions, sans coup de pouce pour les petites retraites ?
Le minimum vieillesse sera revalorisé comme les pensions de 1,3% au 1er avril.

Le projet d’accord des partenaires sociaux sur les retraites complémentaires du privé prévoit en revanche un décrochage de l’évolution des pensions par rapport à l’inflation. Que pensez-vous de cette désindexation, en particulier du différentiel salariés / cadres ?
Les partenaires sociaux, gestionnaires des régimes de retraites complémentaires, ont abouti à un compromis équilibré et fait preuve d’un grand sens des responsabilités. Cela doit être salué. Ce qui a retenu l’attention des médias, c’est la sous-indexation des pensions, mais il faut retenir un point clef : cet accord sur les retraites complémentaires prévoit un effort partagé entre les salariés, les employeurs et les retraités, avec un souci de limiter les effets sur les plus faibles retraites. C’est parce qu’il y a cet équilibre dans les efforts demandés aux uns et aux autres qu’un accord a été possible.

Parallèlement à ces négociations, vous avez engagé une réforme du système des retraites. Une commission chargée de vous rendre des propositions en juin a été créée spécialement pour l’occasion. Pourquoi ne pas avoir confié cette mission au Conseil d’orientation des retraites (COR) déjà en place ?
Le COR a fourni un état des lieux très solide, concerté avec les partenaires sociaux, sur les perspectives financières et les questions de justice posées par notre système de retraite. Lui demander de discuter dans la foulée de propositions de réforme, dont on sait qu’elles sont plus clivantes, mettrait cette instance – précieuse par la force de ses constats partagés – en porte à faux.
Notre société a beaucoup changé depuis la création de notre système de retraite. La question posée est de savoir quel système par répartition nous voulons pour le XXIème siècle. C’est pour cela que la commission pour l’avenir des retraites a été créée, présidée par Yannick Moreau (ancienne présidence du COR, NDLR), et composée d’experts qui apportent des regards variés sur la question : autant d’hommes que de femmes, spécialistes des retraites et de la protection sociale, sociologues du travail ou de la jeunesse, économistes, représentants du monde de l’entreprise…

Quel sera le rôle de cette commission ?
La commission est chargée de proposer plusieurs scénarios de réforme, et d’indiquer les effets de ces réformes sur les déficits, mais aussi pour les Français, pour le niveau des pensions, en distinguant celles des hommes et celles des femmes, et en distinguant aussi ceux qui sont proches de la retraite des jeunes qui entrent sur le marché du travail, pour lesquels la question de la retraite ne se pose pas dans les mêmes termes.

Que prévoit le cahier des charges que vous venez de remettre à Yannick Moreau, présidente de la commission ?
La commission est chargée d’examiner à la fois les mesures permettant de redresser nos régimes de retraite à court terme et les évolutions susceptibles d’assurer sa pérennité financière à plus long terme, 2040. Cette mise en perspective est essentielle : il s’agit de donner de la visibilité aux plus jeunes générations sur les conditions dans lesquelles elles pourront partir à la retraite.

Quelles sont les principaux axes de réforme sur lesquels la commission va travailler ?
La commission déterminera si des scénarios de nature plus structurelle doivent être envisagés et selon quelles modalités. Elle devra axer ses propositions pour répondre à trois objectifs, qui ont été précisés dans le cahier des charges. Premier objectif, la consolidation de notre système de retraite en répartition, qui passe par son équilibre financier. Deuxième objectif, les moyens de rendre le système de retraite plus juste. Enfin, la convergence et la simplification. Un de nos objectifs constants doit être de rendre la retraite plus simple pour les assurés, que ce soit en allant plus loin en termes de demande unique de retraite, pour les polypensionnés (retraités affilés à plusieurs régimes, NDLR) notamment, ou à terme vers des guichets uniques.

 

Propos recueillis par Olivier Brunet

 

Eclairage sur le minimum vieillesse :
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