Pourquoi les caisses de l’Agirc sont-elles presque vides ?


Si la situation financière des retraites complémentaires du privé n'est pas bonne, celle du régime complémentaire des cadres est particulièrement mauvaise. Celui-ci doit, il est vrai, servir des pensions élevées alors que le montant des cotisations engrangées, lui, a tendance à baisser.      

Les réserves de l'Agirc seront épuisées en 2018

Officiellement, les partenaires sociaux, gestionnaires à la fois de l’Arrco, le régime complémentaire des salariés, et de l’Agirc, le régime complémentaire des seuls cadres, ont débuté le 17 février 2015 des négociations pour restaurer les finances des deux régimes. Ceux-ci devraient afficher un déficit cumulé de 7 milliards d’euros en 2020. En réalité, ce jour-là, patronat et syndicats avaient surtout en tête l‘Agirc.

Et pour cause : si rien n’est fait, les réserves du régime, qui servent à payer en partie les pensions, seront taries dès 2018. Les 2,7 millions de cadres retraités pourraient ainsi voir leur pension complémentaire Agirc baisser d’un coup de 11% dans trois ans ! Si elle n’est guère plus brillante, la situation de l’Arrco est beaucoup moins préoccupante : les réserves du régime des salariés devraient être épuisées dans « seulement » 12 ans. Mais pourquoi une telle différence entre les deux régimes ? Plusieurs facteurs expliquent le phénomène.

 

– Un ratio cotisants-retraités moins favorable

Comme l’Arrco, l’Agirc est un régime de retraite par répartition. Cela signifie que les actifs cotisent pour financer les pensions complémentaires des retraités. Or, la proportion de cotisants par rapport aux pensionnés est moins élevée à l’Agirc comparé à l’Arrco. Le ratio est de 1,48 cotisant pour 1 retraité à l’Agirc tandis qu’il est de 1,52 cotisant pour 1 retraité à l’Arrco. Une différence de 0,04 point qui peut sembler minime mais qui a des conséquences financières importantes.

 

– Plus de dépenses

Le montant des pensions complémentaires servies par l’Agirc est plus élevé que celui de l’Arrco. Selon une étude du ministère des Affaires sociales parue en 2014, la pension Agirc atteint 727 euros par mois en moyenne, contre 308 euros par mois en moyenne pour la pension Arrco. Soit plus que du simple au double ! En réalité, cet écart est tout à fait logique.

Les cadres percevant des salaires plus importants, ils cotisent davantage que les non cadres et reçoivent en contrepartie des prestations plus conséquentes. Problème : les cadres « baby-boomers », qui arrivent actuellement massivement à la retraite, ont largement profité des Trente glorieuses. La plupart disposent de tous leurs trimestres et ont connu une rémunération ascendante durant leur carrière. Du coup, ils bénéficient en général de pensions élevées pouvant atteindre jusqu’à 3.000 euros par mois pour certains.

 

– Moins de recettes

Si l’Agirc doit faire face à une envolée de ses dépenses, elle encaisse dans le même temps moins de recettes. Non seulement, du fait de la hausse du chômage qui frappe également les cadres, le régime a moins de cotisants, mais ces derniers « rapportent » moins qu’avant. Les salaires des jeunes diplômés n’ont rien à voir avec ceux qu’ont connus leurs aînés lorsqu’ils ont débuté dans la vie active.

Cette « paupérisation » des cols blancs est d’autant plus pénalisante pour les caisses de l’Agirc que toutes les études montrent que la rémunération de départ conditionne toute la carrière. En clair : le « gap » n’est jamais rattrapé. Selon l’Agirc-Arrco, 25% des cadres du privé gagneraient moins de 3.170 euros bruts par mois. Soit en deçà de l’assiette de cotisation de l’Agirc. Ils possèdent donc le statut cadre mais ne peuvent cotiser au régime.

C’est d’ailleurs à l’adresse de ce public qu’a été instaurée la garantie minimale de points (GMP). La GMP permet aux cadres dont le salaire n’excède pas ou peu le plafond mensuel de la Sécurité sociale de bénéficier de 120 points de retraite Agirc par an, même s’ils ne cotisent pas ou faiblement. « En 2011, elle était appliquée à 35,6% des affiliés Agirc, soit plus d’1,4 million de salariés », souligne la Cour des comptes dans son rapport sur les retraite complémentaires rendu public le 18 décembre 2014. La GMP, qui relève de la solidarité, a là aussi un impact non négligeable sur les finances de l’Agirc.

 

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