Présidentielle 2017 : âge de départ, compte pénibilité, réversion.. les réponses des candidats sur la retraite

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On connaît les 11 prétendants à l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 2017. Voici leurs propositions sur les principaux points concernant les retraites.

L'élection présidentielle de 2017 va opposer 11 candidats

LES GRANDS THEMES DE RETRAITE ABORDES

- Age de départ

- Durée de cotisation

- Compte pénibilité

- Pensions de retraites

- Minimum vieillesse

- Régimes de retraite

- Réversion

Age de départ

- Les candidats qui veulent reculer l'âge de départ à 60 ans

Tous les candidats de l'extrême gauche (Jean-Luc Mélenchon de La France Insoumise, Nathalie Arthaud de Lutte Ouvrière et Philippe Poutou du NPA), mais aussi la chef de file de l'extrême droite (Marine Le Pen du FN), souhaitent le retour de la retraite à 60 ans, instaurée en 1982 sous François Mitterrand.

Pour rappel, la loi Woerth de 2010 a décalé de deux ans l'âge légal de départ à la retraite, c'est-à-dire l'âge à partir duquel les Français sont autorisés à quitter la vie active. Pour les assurés nés à partir de 1955, l'âge légal est fixé à 62 ans.

- Les candidats qui veulent maintenir l'âge de départ à 62 ans

Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) et Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès) assument dans leur programme le maintien de l'âge légal à son niveau actuel. « NDA » propose, cependant, la mise en place d'une retraite anticipée pour les mères ou pères ayant élevé au moins trois enfants.

François Asselineau (Union Populaire Républicaine) veut, lui, plafonner l'âge légal à 62 ans, ce qui signifie qu'il s'engage à ce l'âge de départ à la retraite ne puisse pas être repoussé sous sa mandature.

Emmanuel Macron (En Marche !) compte aussi maintenir l'âge légal à 62 ans. A ceci près que l'ex-ministre de l'Economie, avec son concept de « retraite à la carte », sous-entend que les assurés pourraient partir avant, mais avec une forte décote sur leurs pensions.

- Le candidat qui veut repousser l'âge de départ à 65 ans

François Fillon (Les Républicains) est le seul candidat encore en lice à proposer de reculer l'âge légal de départ à la retraite. Aux yeux de l'ancien Premier ministre, il s'agit de la seule solution pour résorber le déficit des régimes de retraite qui devrait, selon lui, se creuser à compter de 2020 sous l'effet de l'allongement de l'espérance de vie.

Le père de la réforme des retraites de 2003 parle d'augmenter l'âge légal au même rythme que celui du décalage de 60 à 62 ans, soit 5 mois supplémentaires par année. Il faudrait ainsi un peu plus de 7 ans pour passer de 62 à 65 ans. Sachant que François Fillon parle d'adopter la réforme dès 2018, l'âge légal serait fixé à 65 ans à compter de 2025.

Le député de Paris n'a, en revanche, jamais évoqué l'âge de retraite à taux plein, soit l'âge de départ à partir duquel la décote est automatiquement supprimée même si l'assuré ne dispose pas de tous ses trimestres de cotisation à la retraite. Normalement, il existe toujours un décalage de 5 ans entre l'âge légal et l'âge à taux plein, ce qui repousserait l'âge d'annulation de la décote à... 70 ans.

Les candidats qui ne se sont pas exprimés sur l'âge de départ à la retraite

Ni Benoît Hamon (PS), ni Jean Lassalle (Résistons !) ne font référence dans leur projet à l'âge de départ à la retraite. On suppose donc que les candidats maintiendraient l'âge légal à 62 ans s'ils accédaient à l'Elysée.

D'une manière générale, il faut savoir que Jean Lassalle ne propose aucune mesure concernant les retraites. C'est pourquoi, nous avons choisi de ne plus évoquer le député des Pyrénées-Atlantiques dans les items suivants.

 

Durée de cotisation

- Les candidats qui veulent réduire le nombre de trimestres exigé

Pour percevoir une pension de base complète (sans décote), il faut justifier d'un certain nombre de trimestres de cotisation à la retraite. Ce nombre varie en fonction de l'année de naissance. La durée d'assurance requise va ainsi passer de 166 trimestres (41,5 ans) pour les assurés nés en 1955 à 172 trimestres (43 ans) pour ceux nés à partir de 1973.

Jacques Cheminade estime préférable de la plafonner à 170 trimestres (42,5 ans). Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen veulent abaisser la durée d'assurance à 160 trimestres (40 ans). Nathalie Arthaud et Philippe Poutou proposent carrément de revenir à 150 trimestres (37,5 ans), soit la durée d'assurance d'avant la réforme Balladur de 1993.

- Les candidats qui veulent maintenir le nombre de trimestres exigé

François Fillon et Emmanuel Macron ne souhaitent pas toucher à la durée d'assurance. Il faudra donc disposer, si l'un des deux hommes est élu, d'au moins 172 trimestres de retraite à compter de 2035 pour bénéficier d'une pension de base sans minoration.

- Les candidats qui veulent augmenter le nombre de trimestres exigé

Aucun candidat à l'élection présidentielle de 2017 n'a proposé d'allonger la durée d'assurance au-delà de 172 trimestres.

Les candidats qui ne se sont pas exprimés sur le nombre de trimestres exigé

Benoît Hamon et François Asselineau ne parlent pas de la durée d'assurance dans leur programme respectif.

 

Compte pénibilité

- Les candidats qui veulent supprimer le compte pénibilité

François Fillon a fait du compte personnel de prévention de la pénibilité (C3P) l'un de ses chevaux de bataille. Instauré par la réforme Touraine de 2014, le dispositif est honni par le patronat et notamment par les dirigeants des petites et moyennes entreprises (PME) qui l'assimilent à une « usine à gaz ». Le C3P vise à permettre aux salariés exposés à des risques professionnels (travail de nuit, à la chaîne, en 3x8...) de notamment partir plus tôt à la retraite.

Marine Le Pen souhaite, elle aussi, la suppression du compte pénibilité. La leader frontiste propose toutefois de le remplacer par un nouveau dispositif « reposant sur une évaluation personnalisée ». En d'autres termes, la pénibilité serait appréciée au cas par cas.

Ni François Fillon, ni Marine Le Pen ne disent ce que deviendront les points cumulés sur les C3P. Au 31 décembre 2015, plus de 500.000 salariés français disposaient d'un compte pénibilité, selon des chiffres communiqués par la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav).

- Les candidats qui veulent amender le compte pénibilité

Jacques Cheminade propose de mettre en place une commission tripartite, réunissant des représentants de l'Etat, des salariés et des employeurs et destinée à examiner métier par métier ceux qui justifient, notamment en fonction de l'espérance de vie qui leur est attachée, un départ anticipé à la retraite.

Emmanuel Macron ne veut pas la suppression, mais la suspension du compte pénibilité. Si l'ex-banquier d'affaires n'aime pas le mot qu'il juge péjoratif de « pénibilité », il reconnaît l'importance de permettre aux actifs travaillant dans des conditions difficiles et dont l'espérance de vie est plus faible de partir à la retraite plus tôt. Le fondateur du mouvement En Marche ! préfèrerait un mécanisme de retraite anticipée pour certains postes, négociée dans chacune des branches professionnelles.

- Le candidat qui veut étendre le compte pénibilité

Benoît Hamon milite pour une extension du C3P. Il n'a pas précisé dans quel sens. Mais il semble que le député des Yvelines souhaite ajouter d'autres critères de pénibilité aux dix facteurs déjà en vigueur (travail de nuit, travail répétitif, travail en équipes alternées, travail en milieu hyperbare, manutention de charges lourdes, postures pénibles, bruit, températures extrêmes, vibrations mécaniques, exposition à des agents chimiques dangereux).

Les candidats qui ne se se sont pas exprimés sur le compte pénibilité

Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, Jean-Luc Mélenchon, François Asselineau et Nicolas Dupont-Aignan n'évoquent pas le C3P dans leur programme. Pour les candidats d'extrême gauche, l'âge légal à 60 ans et les 40 ou 37,5 années de cotisation doivent sans doute suffire pour compenser la moindre espérance de vie des actifs soumis à la pénibilité puisque le départ à la retraite sera plus précoce avec ces nouveaux paramètres qu'aujourd'hui.

 

Pensions de retraites

- Les candidats qui veulent revaloriser les retraites modestes

Quasiment tous les candidats à la présidentielle souhaitent augmenter les pensions peu élevées. Le problème, c'est que certains ne donnent pas de montant précis. C'est le cas de Benoît Hamon qui propose de revaloriser de 2% les « petites et moyennes retraites ».

Par ailleurs, le candidat socialiste veut instaurer le transfert de trimestres de cotisation à la retraite entre conjoints. Un mari qui aurait dépassé sa durée d'assurance pourrait donner à son épouse ses trimestres « en trop » pour permettre à celle-ci de ne pas subir de décote et toucher ainsi une meilleure retraite. L'ex-ministre de l'Education ne dit pas si cette mesure serait étendue aux partenaires de PACS, ni ce qui se passerait en cas de divorce.

François Asselineau veut, quant à lui, faire inscrire dans la Constitution le principe d'une retraite « convenable » pour tous. Nicolas Dupont-Aignan souhaite augmenter de 100 euros par mois les « pensions les plus modestes ». Une mesure qui bénéficierait à « 6 millions de retraités ».

François Fillon détaille nettement plus sa proposition puisqu'il parle d'augmenter de 300 euros les pensions inférieures à 1.000 euros par mois. On imagine qu'il s'agit ici de la retraite globale intégrant les pensions de base et complémentaires. La prime au pouvoir d'achat de 80 euros par mois pour les Français percevant moins de 1.500 euros de revenus mensuels promise par Marine Le Pen s'appliquerait aux retraités.

Nathalie Arthaud et Jean-Luc Mélenchon veulent instaurer une retraite plancher équivalente au Smic. Jacques Cheminade préconise, lui, de revaloriser d'abord les petites pensions de 200 euros par mois, puis de les aligner dans un second temps sur le Smic.

- Les candidats qui veulent plafonner les retraites

Jacques Cheminade est le seul candidat à vouloir limiter le montant des pensions de retraite. Il fixe le plafond maximum à 10 fois le Smic. Ce qui fait plus de 14.800 euros bruts par mois.

Les candidats qui ne sont pas exprimés sur la retraite minimale

Emmanuel Macron fait l'impasse sur les pensions modestes. Plus étonnant : Philippe Poutou est tout aussi silencieux sur le sujet.

 

Minimum vieillesse

- Les candidats qui veulent augmenter l'ASPA

L'allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) a remplacé en 2006 le minimum vieillesse. L'ASPA est fixé à 801 euros par mois au maximum pour une personne seule. Comme tous les minima sociaux, l'allocation va être revalorisée de 0,3% au 1er avril 2017. Elle devrait ainsi atteindre près de 803,50 euros par mois. Cinq candidats prévoient d'augmenter l'ASPA.

Benoît Hamon veut la revaloriser de 10%, soit environ 883 euros par mois. Emmanuel Macron et Jacques Cheminade souhaitent la majorer de 100 euros (aux alentours de 904 euros par mois). Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon proposent d'augmenter l'ASPA de 20% (environ 964 euros). L'objectif des deux députés européens est de porter à terme le minimum vieillesse à 1.000 euros par mois. Pour bénéficier de l'ASPA, il faut avoir liquidé l'ensemble de ses droits à la retraite, être âgé d'au moins 65 ans (62 ans dans certains cas) et justifier de ressources modestes.

- Le candidat qui veut réformer l'ASPA

Nicolas Dupont-Aignan souhaite réserver le minimum vieillesse aux assurés français et aux étrangers en situation régulière à condition, pour ces derniers, qu'ils aient cotisé au moins 10 ans à un régime de retraite en France.

Actuellement, il faut séjourner plus de 6 mois (180 jours) dans l'Hexagone pour percevoir l'ASPA. Il n'est pas obligatoire d'avoir la nationalité française pour en bénéficier. Les ressortissants de l'Espace économique européen (EEE) - les 28 Etats membres de l'Union européenne (UE), la Norvège, le Liechtenstein et l'Islande - et les Suisses ont droit à l'ASPA s'ils vivent plus de 6 mois en France. Les détenteurs d'un titre de séjour permettant de travailler en France octroyé il y a au moins 10 ans, les réfugiés, les apatrides et les étrangers ayant combattu pour le pays ont accès à l'ASPA.

Les candidats qui ne sont pas exprimés sur l'ASPA

François Fillon, François Asselineau et, plus étonnement, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud n'évoquent pas spécifiquement le minimum vieillesse.

 

Régimes de retraite

- Les candidats qui veulent la suppression des régimes « spéciaux »

François Fillon propose de supprimer les régimes dits « spéciaux », comme ceux de la SNCF ou de la RATP, pour les fondre dans le régime général de la Sécurité sociale, le régime des salariés du secteur privé. Emmanuel Macron milite pour la disparition des régimes spéciaux, mais aussi des régimes de retraite de la fonction publique et des régimes de retraite des parlementaires.

- Les candidats qui veulent l'instauration d'un régime unique

C'est la grande réforme soutenue par Emmanuel Macron : le remplacement des 37 régimes de retraite actuels par un seul et unique régime. L'objectif est d'aider à une meilleure compréhension et à une meilleure lisibilité du système français des retraites.

En outre, ce régime unique est considéré par l'ex-conseiller de François Hollande comme plus juste puisque tous les assurés, quel que soit leur statut professionnel (salarié, fonctionnaire, travailleur indépendant, profession libérale) auraient les mêmes droits (cotisations, âge de départ, règles de liquidation, calcul des pensions...).

Nicolas Dupont-Aignan souhaite lui-aussi la mise en place d'un régime de retraite unique en points mais uniquement pour les nouveaux cotisants. L'ancien système perdurerait pour les assurés actuels.

Les candidats favorables au statu quo

François Asselineau, Jacques Cheminade, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou n'ont pas abordé la question des régimes spéciaux ou de l'idée d'un régime unique. Ce qui insinue que ces candidats ne souhaitent pas bouleverser le système des retraites actuel.

 

Réversion

- Les candidats qui veulent améliorer les pensions versées aux veufs et veuves

Les conjoints survivants ont le droit de percevoir une partie de la pension que leur époux ou épouse défunt(e) touchait ou aurait dû toucher si il ou elle était parti(e) à la retraite. Le montant moyen de la pension de réversion s'élève à 643 euros par mois, selon le ministère des Affaires sociales.

François Fillon veut augmenter les « petites » réversion de 600 euros par an. Le candidat LR ne précise ce qu'il entend par « petites ». Jacques Cheminade veut porter la pension de réversion à au moins 75% du Smic, soit un peu plus de 862 euros nets par mois.

Nicolas Dupont-Aignan n'a pas de mesure sur la réversion. En revanche, il veut rétablir la demi-part fiscale supplémentaire pour les veufs et veuves, supprimée progressivement sous Nicolas Sarkozy.

Les candidats qui ne se sont pas exprimés sur les pensions versées aux veufs et veuves

Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, François Asselineau et Marine Le Pen ne font pas référence aux pensions de réversion dans leur programme.

 

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« La réforme des retraites d'Emmanuel Macron va être très difficile à appliquer »

 

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