Réforme des retraites : le rapporteur UMP Denis Jacquat dresse un premier bilan un an après


Spécialiste des questions de retraites depuis plus de vingt ans, le député UMP de Moselle Denis Jacquat était rapporteur du projet de loi portant réforme des retraites de 2010. Un an après la loi du 9 novembre 2010, il revient sur l'application de ces changements et sur ceux à venir.

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Toutsurlaretraite.com : Un an après la loi réformant les retraites, quel bilan tirez-vous de la mise en œuvre de cette réforme ?

Denis Jacquat : Quand on me pose la question, je réponds toujours : ramenez-moi un retraité qui n’a pas reçu le jour promis le montant de la pension qu’il devait avoir ! Nous avions un déficit de 12 milliards d’euros, qui grâce à cette réforme va être réduit à 5,8 milliards d’euros en un an. C’est plutôt pas mal. Cela fait aussi partie des facteurs pris en compte par les agences de notation. La réforme des retraites était un problème sensible auquel on ne pouvait pas échapper car il y aura de plus en plus de retraités. Beaucoup de gens étaient conscients de cela. L’essentiel était de parvenir à l’équilibre sans baisser le niveau des pensions.

L’emploi des seniors va-t-il être amélioré par ces mesures ?

Denis Jacquat : Nous étions très bons sur les 55-59 ans, mais moins bons sur les 60-65 ans. Avec le recul de l’âge légal de départ, il va y avoir une amélioration pour les 60-65 ans malgré la crise. Dans le cadre de la réforme, un tutorat au sein des entreprises doit aussi être mis en place. Nous nous sommes appuyés sur l’exemple de la Finlande et son tutorat vis-à-vis des apprentis. Les salariés impliqués combinent une partie de leur vie professionnelle active et une autre partie de tutorat. Certaines entreprises, comme Michelin, l’ont déjà expérimenté. Il y a une volonté globale d’améliorer l’emploi des seniors, d’autant que certains ne peuvent pas se contenter de leur retraite. C’est pour cette raison également que le cumul emploi retraite connaît un véritable engouement, qui traduit un changement des mentalités.

La réforme n’a-t-elle pas négligé la question des pensions de réversion ? Il y a eu des critiques, notamment de la part du Nouveau Centre à ce sujet…

Denis Jacquat : C’est vrai qu’il y a un véritable problème concernant les veuves et veufs. Pour pouvoir cumuler une pension de réversion avec la retraite, il y a un plafond à ne pas dépasser. Or aujourd’hui, il y a de moins en moins de réversion pure. Celle-ci concernait les femmes qui n’avaient jamais travaillé. Dans l’ensemble, aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus nombreuses à exercer une activité, elles sont donc parfois victimes de ce plafond et ne touchent pas l’intégralité de la pension de réversion. Il faudrait parvenir à relever ce plafond régulièrement. Il faut faire des efforts sur ce point mais ne pas non plus relever trop ce plafond tout de suite. Un rapport parlementaire sur le veuvage va être remis à la fin de cette année pour pouvoir réfléchir ensuite à des mesures.

Que pensez-vous de l’accélération du calendrier concernant l’âge légal de départ à 62 ans, que le gouvernement veut avancer en 2017 contre 2018 actuellement ?

Denis Jacquat : Toutes les catégories de population doivent faire des efforts. L’accélération porte sur quelques mois en plus, ce n’est pas un effort insurmontable. Ce qui compte c’est que la retraite soit versée au montant promis au moment voulu et qu’il n’y ait pas de baisse du niveau des retraites. Que le système soit mis à contribution pour arriver plus vite à l’équilibre, c’est très bien. Nous restons de toute façon l’un des pays où l’on arrête de travailler dans les plus jeunes.

En 2013, un débat national sur une réforme systémique des retraites doit être engagé. Qu’en pensez-vous ?

Denis Jacquat : Je suis un défenseur de la retraite par répartition. Mais éviter une remise à plat du système va être difficile. Le principe de la réforme systémique, c’est que chacun cotise pour soi. A côté de ça, l’Etat doit prévoir une autre ligne budgétaire notamment pour les personnes accidentées de la vie ou handicapées. Or le budget que l’Etat pourra prévoir sera aléatoire chaque année. Dans notre système qui repose sur le principe de solidarité, nous sommes assurés d’avoir des ressources stables à court, moyen et long termes. De plus, il faudrait 7 à 15 ans pour mettre en place un nouveau système des retraites en France.

En marge de la réforme des retraites, le gouvernement s’était engagé à réformer la prise en charge de la dépendance. Un projet reporté sine die…

Denis Jacquat : Je me suis battu pour la création d’une 5e branche, d’un 5e risque, pas d’un 5e trou ! On se dirigeait vers des « mesurettes ». Il vallait donc mieux attendre. Le système assurantiel ne peut pas remplacer le système actuel. Il faut trouver des ressources complémentaires pour financer les prestations et afin qu’il n’y ait pas d’exclusion. Certains disent que des cotisations supplémentaires vont nuire à la compétitivité. A titre personnel, je suis pour des cotisations nouvelles. Si elles sont clairement fléchées pour la perte d’autonomie et pour financer le reste à charge des familles, les salariés l’accepteront. C’est une conviction pragmatique.

Propos recueillis par Luce Margonty