Renaître après la retraite


Dans un livre à paraître ce 18 septembre 2013, la journaliste Danièle Laufer a recueilli le témoignage d'une vingtaine de jeunes retraités sur le passage ô combien difficile entre la vie professionnelle et une vie certes moins active, mais qui peut s'avérer tout aussi riche.

annee du phenix, retraite

 

Pas la peine de demander son âge à Danièle Laufer : elle ne vous répondra pas. Tout juste pourrez-vous apprendre que cette rousse pétillante fait partie de la génération bénie de mai 68. « La jeune garde, pas la vieille », se dépêche-t-elle de préciser. Aussi étrange soit-il pour quelqu’un qui ne s’imagine pas s’arrêter un jour de travailler, cette journaliste (elle collabore au magazine féminin Prima après avoir écrit pour Elle, Libération ou Marie-Claire), déjà auteur d’une vingtaine d’ouvrages (dont « 50 ans ? Vous ne les faites pas » chez Hachette Littératures), sort le 18 septembre 2013 (le jour de la présentation du projet de loi sur les retraites en conseil des ministres, ça ne s’invente pas) « L’année du Phénix ». Un livre sous-titré « Tout ce qu’on ne vous a jamais dit sur la première année de la retraite. »

« J’ai des amis qui sont plus vieux que moi et qui sont partis à la retraite. Je voyais bien qu’ils ne le vivaient pas bien. Le pire, c’est qu’ils n’en parlaient jamais », explique Danièle Laufer. Mais le déclic va venir de son compagnon, chercheur en sociologie au CNRS. « Jusqu’au dernier moment, il n’a pas voulu penser à son départ à la retraite. Il disait qu’il n’avait pas le temps. Il était en plein déni. » Cette attitude ne pouvait qu’intriguer cette adepte de la psychanalyse.

 

Se définir autrement

Lui vient alors l’idée d’interroger des personnes qui venaient de partir à la retraite et d’en faire un livre. Avec l’aide de son compagnon, elle définit des profils sociologiques. « Il n’était pas question de faire un livre sur les retraités bobos », lance-t-elle. Car, Danièle Laufer le reconnait, certains « papy-boomers » peuvent passer pour des privilégiés. « Ils n’ont pas connu le chômage. Ils ont généralement tous leurs trimestres et les trois-quarts sont propriétaires de leur logement ». Pour autant, tous ne roulent pas sur l’or. A l’image de Muriel qui s’est arrêtée de travailler pour élever ses trois enfants et qui se retrouve aujourd’hui à vivre, après son divorce, avec une petite pension.

Au total, Danièle Laufer a interviewé dix hommes et dix femmes qui ont exercé des métiers aussi variés qu’infirmier, professeur, banquier, publicitaire, psychologue, ingénieur agronome ou encore éducateur spécialisé. De ces rencontres qui se sont étalées sur près de deux ans, l’écrivain-journaliste en a tiré une certitude : il est impératif de se préparer psychologiquement à la fin de sa vie professionnelle. « Nous vivons dans une société où l’on est ce que l’on fait. Une fois devenu inactif, il faut apprendre à se définir autrement. » Et cette transition n’est facile ni pour les hommes, ni pour les femmes. « Avant l’écriture du livre, je pensais naïvement que les femmes éprouvaient moins de difficulté, qu’elles étaient moins impliquées dans leur travail, étaient davantage habituées au changement avec le départ des enfants ou la ménopause. Je me trompais. »

 

Une crise salvatrice

Danièle Laufer n’avait également pas imaginé à quel point la retraite peut être synonyme de « mort sociale ». « Dans le mot « retraite, » il y a retrait. On est mis à l’écart du monde. D’ailleurs, il arrive souvent que les retraités n’arrivent pas à prononcer ce mot. Ils préfèrent dire qu’ils sont « partis ». » Autre découverte : l’importance des petits-enfants. « Pour certains retraités, devenir grands-parents leur a permis de se sentir utiles et de ne pas sombrer dans la dépression. » L’amour, tout court, a également sa place. « La retraite ne signifie pas forcément la fin du couple. Au contraire, cela peut être l’occasion de se redécouvrir l’un et l’autre. »

Quoi qu’il en soit, Danièle Laufer en est sûre : il faut accepter le passage à vide qu’entraîne l’arrêt brutal de la vie active. « Tout le monde vit mal cette période. Autant l’avouer. Les crises sont souvent salvatrices. Elles obligent à se poser des questions. » Et ainsi renaître de ses cendres, tel le Phénix. D’où le titre du livre. « J’ai recontacté les personnes que j’ai interviewées. Un an après, elles vont bien. » Quel que soit leur niveau social ou leur état de santé, tous pratiquent la marche assidûment, a remarqué Danièle Laufer, Une façon, comme une autre, d’avancer…